L’art-thérapie au musée – 2

Résonances, ou écouter avec le corps

Le MAH développe actuellement trois grands projets autour de l’art-thérapie. Chacun permet de mieux cerner les tenants et les aboutissants de cette discipline aux bienfaits méconnus. Cette série de trois blogs les abordent un à un: le premier d’entre eux est le projet Ferdinand, en partenariat avec l’association du même nom, à destination des malades d’Alzheimer et de démences associées. Intitulé Résonances, le second est un projet musical, lancé en 2020 en collaboration avec un duo d’artistes genevois et l’Université technique du Danemark. Le troisième s’inscrit dans le programme de rééducation cardio-vasculaire des Hôpitaux universitaires genevois (HUG).

Résonances, ou écouter avec le corps

Le MAH développe actuellement trois grands projets autour de l’art-thérapie. Chacun permet de mieux cerner les tenants et les aboutissants de cette discipline aux bienfaits méconnus. Cette série de trois blogs les abordent un à un: le premier d’entre eux est le projet Ferdinand, en partenariat avec l’association du même nom, à destination des malades d’Alzheimer et de démences associées. Intitulé Résonances, le second est un projet musical, lancé en 2020 en collaboration avec un duo d’artistes genevois et l’Université technique du Danemark. Le troisième s’inscrit dans le programme de rééducation cardio-vasculaire des Hôpitaux universitaires genevois (HUG).

Le projet Résonances – Octobre 2020

En octobre 2020, dans une salle des Beaux-Arts dévolue aux paysagistes du XIXe siècle François Diday et Alexandre Calame, ont pris place plusieurs plateformes en bois. Caché sous ces socles au confort rudimentaire, un dispositif constitué de transducteurs minutieusement placés. Ces petits haut-parleurs vibrant traduisent en fréquences les notes jouées en direct par des musiciens. Chaque jour pendant deux semaines, était proposé un concert live que les personnes allongées sur les plateformes ont pu ressentir avec tout leur corps.

Les publics en situation de handicap ont été les premiers invités: aveugles et malvoyants, en situation de handicap mental, sourds et malentendants ainsi que des personnes à besoins éducatifs spécifiques. Le résultat fut surprenant et particulièrement thérapeutique. En effet, tout commençait par une découverte des tableaux avec une médiatrice culturelle qui, tour à tour, décrivait cascades, orages, montagnes et végétation luxuriante. Puis, les publics s’installaient et se laissaient porter par la musique dans ces paysages romantiques.

©MAH, photos: J.-P. Picciolo

L’expérience se concluait par un choix de mots-clés, présélectionnés par les deux artistes porteurs de ce projet, Charlotte Nordin et Raphaël Ortis. Quels sont ceux qui ont eu le plus de succès? «Thérapeutique», «réconfortant», «calme», «onirique» et «expérience étonnante».

Cette série de concerts a été marquée par plusieurs moments forts. Un jeune élève autiste, arrivé au MAH extrêmement figé, chaque muscle contracté, la main devant le visage, s’est finalement endormi pendant le concert, le corps entièrement relâché. Un homme en situation de handicap mental, en fauteuil roulant, a été porté jusqu’à un socle vibrant lors d’une autre visite. Il lui a ensuite été demandé de décrire son ressenti. Livrer ici ses mots paraît absolument essentiel:

Le projet Résonances – 2022

Aujourd’hui, le public du MAH profite de ces vibrations à tout moment! Un jeudi par mois, depuis le mois de janvier 2022, de jeunes artistes guidés par Charlotte Nordin et Raphaël Ortis proposent deux sessions d’un concert inspiré par une semaine de résidence au musée. Le nombre de places étant limité (15 personnes), ces séances se font le plus souvent à guichet fermé, avec des habitués et des curieux attirés par la programmation. Chaque concert étant enregistré puis retransmis en son et en vibrations pendant les heures d’ouverture du musée, et ce, jusqu’au concert suivant, les visiteurs sont également nombreux à profiter des chaises en dehors des sessions live.

Ce projet à la fois thérapeutique et sensible permet de faire vivre des œuvres; le public peut les ressentir, en faire une expérience en profondeur. De fait, le choix de la salle ne s’est pas fait par hasard: le public «habituel» du MAH connaît si bien ces paysages qu’il ne les regarde presque plus. Les tableaux de Calame ou Diday sont si forts, réalistes et vivants que les faire découvrir à un public amateur de musiques expérimentales et contemporaines paraît essentiel. Ce projet est une manière originale d’approcher la collection du MAH, une porte d’entrée nouvelle et inspirante.

©MAH, photos: J.-P. Picciolo

Une collaboration helvético-danoise

Ces performances, désormais proposées avec des nouvelles assises aux courbes bien plus confortables, sont le fruit du travail des artistes Raphaël Ortis et Charlotte Nordin, de l’Université Technique du Danemark et du Musée d’art et d’histoire.

À Copenhague, c’est le professeur Jeremy Marozeau qui en charge de ce projet. Avec ses étudiants, il cherche des moyens capables de restituer des émotions musicales via des vibrations, afin notamment d’aider les sourds et les malentendants à mieux ressentir la musique. En effet, la zone du cerveau qui traite les sons se situant juste à côté de celle traitant le toucher, leur proximité permet à ces deux sens de communiquer. Le chercheur et son équipe travaillent ainsi à la recherche de la qualité vibratoire du son la plus adéquate selon le dispositif qu’ils mettent en place. Ensemble, ils réfléchissent au type de mobilier qui diffusera au mieux les vibrations, en prenant en considération les critères acoustique, ergonomique et de fiabilité. Le premier prototype développé en collaboration avec Charlotte Nordin et Raphaël Ortis est basé sur un instrument de musique traditionnel du Zimbabwe (la kalimba), composé d’une caisse de résonance et de multiples lamelles métalliques accordées à des fréquences spécifiques. Les chaises longues vibratoires, second prototype plus ergonomique, et donc propice à une écoute confortable, permet de stimuler harmonieusement les différentes parties du corps, grâce à sa fabrication à base de fines lamelles de bois découpées au laser, assemblées et collées. Une meilleure imprégnation sensorielle de la musique est ainsi assurée dans le corps de l’usager, indépendamment de ses pertes auditives.

Le second prototype de la chaise vibrante réalisée par les étudiants de l’Université technique de Copenhague ©DR

Les artistes

La vibration sonore peut-elle apaiser les malades de Parkinson et d’Alzheimer? Que se passe-t-il lorsque le corps est investi dans la réception de l’expérience sonore? Ces questions travaillent le couple d’artistes musiciens depuis de nombreuses années. Cette expérience multisensorielle totale et inédite redistribue les cartes de l’accessibilité de la musique, en l’ouvrant à des publics atteints de déficience auditive, en situation de polyhandicap ou à des enfants évoluant dans le spectre autistique. Mais pas seulement. Les séances menées au MAH en 2020 par Charlotte Nordin et Raphaël Ortis, adeptes d’improvisations et des voyages aux lisières du son, ont montré que ce mobilier acoustique favorise la réceptivité esthétique et le bien-être intérieur. C’est pourquoi, fin 2022, l’expérience se poursuivra avec des sessions pour les personnes aveugles et malvoyantes, en situation de handicap mental et atteints de la maladie d’Alzheimer, leurs soignants et proche-aidants.

 

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