La peau de léopard, entre prestige et popularisation

Une fourrure hautement symbolique

Aujourd’hui, le motif léopard se voit partout, sur les pantalons, les T-shirts, les sacs, les lunettes … D’où vient cette grande popularité, alors que la fourrure du léopard était jadis réservée à une élite? L’exposition Pour la galerie. Mode et portrait met en lumière de tels phénomènes, esthétiques, sociaux et culturels, en confrontant portraits et vêtements du XVe siècle à nos jours.

Une fourrure hautement symbolique

Aujourd’hui, le motif léopard se voit partout, sur les pantalons, les T-shirts, les sacs, les lunettes … D’où vient cette grande popularité, alors que la fourrure du léopard était jadis réservée à une élite? L’exposition Pour la galerie. Mode et portrait met en lumière de tels phénomènes, esthétiques, sociaux et culturels, en confrontant portraits et vêtements du XVe siècle à nos jours.

Dans l’histoire du portrait et du costume occidental, la peau de léopard est certainement l’un des éléments les plus caractéristiques des changements symboliques. Selon les époques, différentes significations sont données à ce félin qui a toujours fasciné: signification tour à tour négative lorsqu’elle est liée à la bestialité, et positive lorsqu’elle est associée à la puissance, mais aussi à l’exotisme et à l’érotisme. Dans les représentations des bacchantes enivrées et des amazones, terribles femmes guerrières, de l’Antiquité se couvrent d’une peau de léopard, considéré comme un prédateur cruel. C’est l’image d’une certaine sauvagerie qui domine alors. Le naturel rusé et le pouvoir de l’animal supplantent peu à peu cet aspect négatif au cours du XVIe siècle. Par exemple, les amazones, devenues des figures admirées, confèrent au léopard une dimension positive voire héroïque. Puis, le pelage fauve et moucheté de noir à la brillance exceptionnelle séduit les élites. Ainsi dès le début du XVIIIe siècle, il devient synonyme de grand luxe et revêt uniquement les classes dirigeantes.

Atelier de Louis Tocqué (Paris, 1696-Paris, 1772), Portrait du baron Auguste Maurice de Donop portant l’Ordre royal suédois des Séraphins, vers 1748. Huile sur toile. Achat, 1996. ©MAH, photo: N. Sabato, inv. 1996-0028 (avec son cadre d’origine)

Le baron Auguste Maurice de Donop (1696-1772), seigneur de Sulbeck (Basse-Saxe) et autres lieux, ministre d’État et des affaires étrangères de Hesse-Cassel, fait partie des hauts dignitaires. À la suite d’un long séjour à Genève, il épouse en 1747 Françoise de Vasserot, née Turrettini (1693-1771), et se laisse portraiturer l’année suivante en homme puissant. Sa cuirasse étincelante, son épée et son casque rappellent son grade de lieutenant-général. Il porte le grand cordon bleu moiré de l’ordre des Séraphins et se fait connaître comme chevalier de cet ordre suédois prestigieux. À ces signes de prééminence sociale, il joint le léopard: sur sa veste de velours, il endosse en effet un manteau doublé de cette fourrure, qui symbolise son autorité. Estimée alors pour son élégance, elle participe donc de la distinction sociale et joue un rôle important dans le système codé d’affirmation des hautes classes. En Angleterre, de jeunes hommes appelés Macaroni s’habillent à l’italienne ou à la française, en réaction à la mode austère anglaise et arborent le motif animalier. Celui-ci se voit alors brodé sur textile ou tissé en brocard. En même temps, les nombreuses représentations de femmes en tenue léopard ou couchées sur une peau de bête – bacchante, amazone ou Diane – mettent souvent en scène la nudité et la sensualité.

Le félin reste très apprécié jusqu’au XXe siècle. Dans les années 1960, l’engouement pour sa fourrure, associée au pouvoir, culmine lorsque Jacqueline Kennedy, première dame des États-Unis, la porte. Également symbole d’exotisme ou d’érotisme, il connaît un succès tel que les animaux africains, en voie d’extinction, sont interdits d’importation en 1973 et la loi est mise en application en 1975. La fourrure synthétique prend alors le relais. Par ailleurs, son remarquable motif tacheté inspire la haute couture et les nouvelles techniques d’impression textile permettent de mettre au point l’imprimé léopard.

Robe du soir en soie, John Galliano (Gibraltar, 1960-) pour la Maison Dior (fondée en France en 1946), Paris, 2005. Fondation Alexandre Vassiliev, inv. 2019.5.26.2.CW.DR.C2005.FR

Pour cette robe du soir, John Galliano, directeur artistique de la Maison Dior de 1999 à 2011, le pose sur une soie haut-de-gamme, délicate et aérienne. La forme simple et subtilement évasée met ici parfaitement en valeur le motif.

Reproduit sur diverses matières (textile, laine, PVC…), l’imprimé léopard se retrouve dans le vestiaire féminin mais également masculin (on pense aux tenues militaires de camouflage). Il fait fureur, orne également sacs et accessoires et se popularise de plus en plus. D’ailleurs, il se présente cet hiver sous diverses variantes: forme des taches plus grandes, couleurs diverses. Un tel enthousiasme touchant toutes les classes sociales s’explique à coup sûr grâce à la riche symbolique donnée à cet animal aux siècles précédents.

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