La ferronnerie d’art à l’honneur au MAH

La donation Wanner et autres trésors

 À la faveur du geste prodigue des descendants d’Edmond Wanner (1898-1965)1, un ensemble remarquable de ferronneries de style Art déco, qui meublait la demeure familiale de l’entrepreneur genevois, est venu enrichir, en 2021, la collection du Musée d’art et d’histoire.

La donation Wanner et autres trésors

 À la faveur du geste prodigue des descendants d’Edmond Wanner (1898-1965)1, un ensemble remarquable de ferronneries de style Art déco, qui meublait la demeure familiale de l’entrepreneur genevois, est venu enrichir, en 2021, la collection du Musée d’art et d’histoire.

C’est désormais dans l’une des galeries, éclairée par d’élégantes baies semi-circulaires aux châssis métalliques, que ces œuvres ont avantageusement trouvé place. Elles trônent aux côtés de réalisations plus anciennes, sorties des mêmes ateliers de ferronnerie et conservées de longue date au musée.

François Bocquet (1874-1955), L’Aigle du casque, v. 1900. Bronze, argent repoussé, H. 66 cm. Dépit de la Fondation Gottfried Keller, Berne, 1909 © MAH, photo: F. Bevilacqua, inv. 1909-0064

La maison Wanner

Installée dans le quartier genevois des Eaux-Vives de 1853 à 1974, l’entreprise familiale Wanner a vu trois générations se succéder à sa tête. Chacune s’est illustrée dans cet art relevant de l’artisanat jusqu’à évoluer, sous l’impulsion d’Edmond, vers la construction métallique industrielle.

Du modeste atelier qui tournait à l’origine avec trois ouvriers, l’entreprise est devenue florissante jusqu’à compter une centaine d’employés sous la direction de Louis (1859-1916) et de Félix Wanner (1861-1936). Le renouveau spectaculaire qui s’est opéré dans ce champ artistique au cours du dernier tiers du XIXe siècle et du premier du XXe siècle a largement favorisé ce succès. Grâce au génie créatif de ses dessinateurs et à la bienfacture de ses ferronneries d’art et d’architecture, l’entreprise genevoise s’est taillée une solide réputation en Suisse comme à l’international, où elle a décroché de nombreux contrats.

Différents exemples de rampe d’escalier © MAH, photo: F. Bevilacqua

Un savoir-faire reconnu

Départs de rampes d’escalier, grille d’ascenseur, consoles ou encore meuble-vitrine, telles sont les pièces qui s’offrent aux yeux du visiteur. Si certaines rampes de style historiciste, forgées à la seule force du marteau, ont été remarquées et auréolées de médailles lors des grandes Expositions nationales ou universelles qui ont jalonné le tournant du XXe siècle, d’autres pièces ont plus modestement été exposées au Musée Rath. Ainsi ces magnifiques cache-radiateur et miroir psyché présentés à l’occasion des Salons de L’Œuvre2, une association artistique dont les deux frères Wanner étaient membres.

Wanner Frères, console (détail), v. 1918-1920 © MAH, photo: F. Bevilacqua, inv. M 1010

Edgar Brandt, Louis Majorelle, Jean Dunand et Clement Heaton

Relevant de ce même savoir-faire, des réalisations d’artistes français paradent également dans cet espace: ainsi cette élégante grille d’intérieur exécutée en 1924 par le ferronnier Edgar Brandt (1880-1960), ou encore cette époustouflante rampe Monnaies-du-pape signée Louis Majorelle (1859-1926). Toute en lignes souples et ondulantes, elle est un témoin iconique du style Art nouveau. Ses motifs de fleurs dorés font d’ailleurs écho avec ceux, nacrés, ornant un vase de Jean Dunand (1877-1942) présenté non loin.

Jean Dunand, Vase à anses, Sorbier, 1910 et Wanner & cie, cache-radiateur, v. 1925 © MAH, photo: F. Bevilacqua, inv. M 1004 et AA 2010-0100

Enfin, une œuvre monumentale égaie de ses couleurs franches cette salle réunissant  ces trésors de ferronnerie et de dinanderie. Il s’agit d’un panneau en mosaïque de pâte de verre, cuivre émaillé et bronze patiné signé de l’artiste britannique Clement Heaton (1861-1940). Maître verrier et inventeur d’applications décoratives diverses, Heaton est notamment l’auteur de l’imposant vitrail éclairant le hall d’entrée du MAH (1909), comme celui du décor monumental de la cage d’escalier ornant le Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel (1895-1908). C’est là d’ailleurs qu’il s’établit en 1893, et qu’il fonde un atelier amené à devenir le foyer d’un mouvement artistique important. Ce décor mural est présenté pour la première fois à l’Exposition universelle de 1900 à Paris, associé à un vase aux belles proportions que l’on retrouve aujourd’hui dans cette même salle.

Clement Heaton (1861-1940), Vase et Décor mural, vers 1900 © MAH, photo: F. Bevilacqua, inv. M0715 et C0526 © MAH, photo: F. Bevilacqua

Demeurées longtemps dans l’ombre des réserves du musée, certaines pièces ont nécessité un sérieux, et parfois complexe, travail de nettoyage ainsi que de remise en état. Grâce à l’expertise des conservateurs-restaurateurs qui ont déployé tout leur savoir-faire, quasi-toutes ont retrouvé leur lustre d’antan. Une présentation riche en découvertes qui vaut le détour!

1 Edmond Wanner fut notamment le promoteur et constructeur de l’immeuble Clarté (1932) commandité à l’architecte Le Corbusier.
2 Créée en 1913, L’Œuvre est une association romande de l’art et de l’industrie qui a pour but d’encourager la collaboration entre artistes, architectes et industriels.

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