Johann Jakob Meyer

Un héros suisse de la guerre d’indépendance grecque

Avez-vous déjà entendu parler de Johann Jakob Meyer? Ou déjà lu quelque chose à son sujet? Non, très probablement. Rien d’étonnant à cela. À moins que vous ne soyez grec ou helléniste. Ou que vous ayez déjà visité Missolonghi ou l’exposition actuellement présentée au MAH, Genève et la Grèce. Une amitié au service de l’Indépendance, en vous arrêtant devant la vitrine le concernant; ou bien que vous ayez lu la notice qui lui est consacrée dans le catalogue qui accompagne l’exposition.

Un héros suisse de la guerre d’indépendance grecque

Avez-vous déjà entendu parler de Johann Jakob Meyer? Ou déjà lu quelque chose à son sujet? Non, très probablement. Rien d’étonnant à cela. À moins que vous ne soyez grec ou helléniste. Ou que vous ayez déjà visité Missolonghi ou l’exposition actuellement présentée au MAH, Genève et la Grèce. Une amitié au service de l’Indépendance, en vous arrêtant devant la vitrine le concernant; ou bien que vous ayez lu la notice qui lui est consacrée dans le catalogue qui accompagne l’exposition.

Un mouton noir devenu l’ami de Grecs

Johann Jakob Meyer, le philhellène (1798-1826) – et non son homonyme et contemporain, le peintre – est peu et mal connu en Suisse, son propre pays. Pour ne pas dire rejeté. Néanmoins, il a fait l’objet d’une biographie par Emil Rothpletz (Der Schöfflisdorfer Philhellene Johann Jakob Meyer, 1931) et il a eu droit de cité dans le Dictionnaire historique de la Suisse. Plus récemment, en 2019, Alex Capus s’est intéressé à lui en tant que révolutionnaire en lui dédiant quelques pages littéraires dans son «Himmelsstürmer. Über Madame Tussaud, Jean-Paul Marat und andere Revolutionäre», alors qu’en juin 2020, la journaliste Katrin Brunner a brossé le portrait de Meyer dans son blog, non sans un brin d’ironie et de condescendance, sous le titre: «Le faux docteur Meyer. Coureur de jupons, imposteur et couvert de dettes, la biographie du Zurichois Johann Jakob Meyer se lit comme un roman d’aventures. Comment un tel homme a-t-il pu devenir un héros du peuple grec?»

Car il est vrai que le jeune pharmacien, fils de médecin, originaire de Schöfflisdorf, près de Zurich, a réussi en quatre ans seulement (1817 à 1821) à accumuler toutes les frasques enregistrées par Katrin Brunner et à devenir le mouton noir de sa  famille. Marié à l’âge de 19 ans pour divorcer une année plus tard, Johann Jakob Meyer partit étudier la médecine à l’université de Tübingen, études  qu’il abandonna bientôt sans avoir jamais payé les frais d’écolage. Alors que l’université allemande réclamait son dû à la Confédération (!), le jeune révolté réussissait à se faire envoyer, en décembre 1821, en Grèce insurgée contre les Ottomans, par le Comité philhellène de Berne en tant que médecin. Son imposture fût découverte peu après… Mais si ses détracteurs diront que son motif était de fuir ses dettes et la mauvaise réputation acquise dans son pays, le jeune Suisse s’est révélé un vrai ami des Grecs, déployant toutes ses compétences de pharmacien et de médecin pour soigner les victimes de la guerre, dépensant toute son énergie à la cause grecque jusqu’à sacrifier sa propre vie. Tant il est vrai qu’il est mort en héros aux côtés des habitants de Missolonghi en avril 1826.

Fig. 1 Monument en l’honneur de J.-J. Meyer (1991) dans le Jardin des héros, à Missolonghi

Un Suisse qui a su s’adapter au caractère grec

En Grèce, qui en 2021 célébrait le 200e anniversaire du début de sa Guerre d’indépendance, Johann Jakob Meyer compte parmi les plus connus des philhellènes partis combattre aux côtés des Grecs insurgés, dont une quarantaine de Suisses.

Dès son arrivée au cours de 1822 à Missolonghi, assiégé par les Ottomans, Meyer s’est engagé non seulement à la gestion de la pharmacie et de l’hôpital, qu’il a organisé lui-même, mais il a pris une part active à la lutte, défendant avec sa troupe le bastion Guillaume Tell, ainsi nommé en l’honneur du héros mythique de son pays. Son dévouement à la cause de l’indépendance grecque l’a amené à apprendre la langue, à se convertir à l’orthodoxie, à épouser la belle Altani Igglezou, fille de commerçant, avec laquelle il a eu deux enfants – tout ce qui lui a valu la citoyenneté de Missolonghi. Et lorsque, fin 1823, le général britannique Leicester Stanhope apporta une presse typographique, Johann Jakob assuma la direction de la rédaction d’Ellinika Chronika, «Chroniques Grecques», le premier journal indépendant imprimé en Grèce.

Stanhope dit de lui: «un Suisse exceptionnel, ayant les qualités de ses compatriotes mais qui a su s’adapter au caractère grec».

Pendant deux ans d’activité intense, entre janvier 1824 et le 22 février 1826, date à laquelle l’imprimerie fut détruite par des missiles franco-égyptiens, Meyer a réussi à publier ses  Chroniques à raison de deux fois par semaine, tout en partageant le sort dramatique des assiégés. Diffusée aussi en Europe, la gazette faisait connaître les victoires et les malheurs des assiégés, ce qui a su entretenir la flamme philhellène en Occident. Mais elle relayait aussi des nouvelles de l’Europe ou exposait des considérations et des conseils d’ordre religieux et politique destinés à entretenir le moral des combattants, adressés aussi aux factions politiques du Péloponnèse, dont les divisions ont eu un impact fatal sur le sort de Missolonghi.

Fig. 2 Stèle commémorative en l’honneur de J.-J. Meyer (1926), à Missolonghi

C’est aussi dans les pages des Chroniques que le poète Dionysios Solomos publia pour la première fois, en 1824, son Hymne à la Liberté, qui devint plus tard l’hymne national grec.

Dans sa tâche d’importance majeure, Meyer a eu à collaborer quelque temps – et non sans quelque rivalité semble-t-il − avec le poète anglais Lord Byron, un autre «fugitif» des critiques que ses excentricités soulevaient dans son pays. Arrivé à Missolonghi en janvier 1824 en tant que représentant du Comité philhellène de Londres, l’aristocrate fut emporté par la maladie trois mois plus tard sans avoir réussi à remédier au désordre de l’armée, comme il l’avait espéré, ni à avoir un impact sur les dissensions politiques au sein du gouvernement grec. Sa mort à Missolonghi a eu cependant le mérite de raviver l’intérêt de l’Europe pour la cause grecque et de sublimer sa mémoire, si bien que son nom reste immuablement lié à l’histoire tragique de cette ville.

Fig.3  « Le pays de Tell envoya Meyer armé d’une épée et d’un crayon »
Détail de la stèle gravée des vers du poète grec Costis Palamas

Quant à Johann Jakob Meyer, il y a trouvé la mort avec 7000 autres assiégés lors de leur «Sortie» héroïque et désespérée de la ville, dans la nuit du 22 au 23 avril 1826. Quelques jours auparavant, conscient de l’issue inéluctable qui approchait, il écrivait  à un ami: «Quant à moi, penser que le sang d’un Suisse, descendant de Guillaume Tell, se mêlera à celui des héros de la Grèce m’emplit de fierté.»

Une figure célébrée

Meyer aura sa place de droit dans les Orientales (1829) de Victor Hugo, inspirées par la lutte inégale livrée par les Grecs contre les Ottomans:

«Voilà tous nos héros!

……………………..

Et cet enfant des monts, notre ami, notre émule,

Mayer, qui rapportait aux fils de Thrasybule
La flèche de Guillaume Tell!»

À Missolonghi, outre une rue à son nom – comme d’ailleurs à Athènes et à Thessalonique –, deux monuments ont été érigés à la mémoire de Meyer, dont l’un dans le Jardin des héros (fig. 1). L’autre, qui se dresse sur l’ancien emplacement de son imprimerie,  a été offert par l’Association des journalistes grecs à l’occasion du centenaire de la «Sortie», en 1926, pour l’honorer, ainsi que l’inscription l’affirme, en tant que combattant et journaliste (fig. 2 et 3). En 2015, les Postes Helléniques ont édité une série commémorative de timbres-poste en l’honneur des pionniers du journalisme grec: Johann Jakob Meyer y a trouvé sa juste place (fig. 4 et 5).

Fig.4 : Timbre poste grecque à l’effigie, à gauche, de J.-J. Meyer. Série commémorative pour les 100 ans du Syndicat des journalistes du quotidien grec d’Athènes, 2015

 

Fig. 5 « La publication est l’âme de la justice /J. J.Meyer ». Série commémorative pour les 100 ans du Syndicat des journalistes du quotidien grec d’Athènes, 2015

 

Nos remerciements vont, pour les photos, à la mairie de la Ville sacrée de Missolonghi et son maire, M. Constantin Lyros, et à la Société philatélique grecque, ainsi qu’à Madame Eleni Vachari pour la précieuse documentation mise à notre disposition.

 

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