Du crépuscule à l’aube

Quatre œuvres en détail

Le MAH a le plaisir d’inviter la Galerie nationale d’art de Kyiv à présenter Du crépuscule à l’aube dans le cadre du centenaire de sa fondation.  Gros plan sur quatre œuvres de cette exposition, à voir au Musée Rath jusqu’au 23 avril 2023.

Quatre œuvres en détail

Le MAH a le plaisir d’inviter la Galerie nationale d’art de Kyiv à présenter Du crépuscule à l’aube dans le cadre du centenaire de sa fondation.  Gros plan sur quatre œuvres de cette exposition, à voir au Musée Rath jusqu’au 23 avril 2023.

Nuit au bord du fleuve Don, 1882

Le vibrant paysage nocturne d’Arkhyp Kuindzhi, Nuit au bord du fleuve Don, tient une place particulière dans l’histoire de l’art ukrainien. L’artiste était fasciné par les possibilités que lui offraient les expériences avec la peinture, la texture et la lumière. Né à Karasivka, un village aujourd’hui intégré à la ville de Marioupol, Kuindzhi s’est particulièrement intéressé à la beauté de la nuit. L’eau éclairée par la lune est devenue un trope récurrent dans son travail, après l’énorme succès obtenu par son tableau Nuit au bord du fleuve Dniepr (1882).

Kuindzhi est devenu la coqueluche des amateurs d’art grâce à sa façon aussi iconoclaste qu’intéressante d’exposer sa peinture. Tout d’abord, il a placé Nuit au bord du fleuve Dniepr seul dans une salle d’exposition. Celle-ci était tapissée d’un tissu sombre et dense pour bloquer toute lumière extérieure, tandis que le tableau était éclairé par une torche électrique – une innovation pour ses contemporains –, dissimulée dans le décor. Le rai de lumière dirigé sur la toile donnait à l’image d’un chemin lunaire un aspect presque phosphorescent. Le public fut émerveillé et le succès instantané a incité Kuindzhi à réaliser une série de paysages nocturnes sur le thème des berges de rivière. Nuit au bord du fleuve Don est l’une de ces peintures emblématiques qui ont amené les gens à remettre en question leur vision de la réalité.

Arkhyp Kuindzhi (1841-1910) Nuit au bord du fleuve Don, 1882 Huile sur toile, 165 x 116 cm © Galerie nationale d’art de Kyiv, photo : Mykhailo Andreyev

 

Scène de vie au Caire, 1881

En 1869, Ivan Aivazovsky participe à une mission officielle pour assister à l’inauguration du canal de Suez. Il fait partie de l’immense afflux de voyageurs européens qui créent leurs propres récits sur l’Égypte et ses habitants. Les artistes, les écrivains et les scientifiques du XIXe siècle étant les principaux producteurs des descriptions de l’Orient pour le public européen, envoyer un peintre reconnu dans ce pays lointain tombe sous le sens. De plus, Aivazovsky étant originaire de Crimée, plaque tournante du commerce multiculturel, il est habitué à la diversité et embrasse volontiers la nouveauté et l’insolite.

L’artiste se sert de ses souvenirs lumineux et des croquis réalisés lors de sa visite pour créer une image séduisante du Caire au coucher du soleil : des hommes se détendent sur une belle terrasse et profitent d’un spectacle d’acteurs de rue, tandis qu’à l’extérieur s’étend une vue grandiose sur le dôme de la mosquée, un minaret et d’innombrables maisons de ville. Au loin, on aperçoit les pyramides de Gizeh, à l’état de silhouette. Le motif d’un paysage crépusculaire baigné par les rayons du soleil couchant est assez courant dans l’œuvre d’Aivazovsky. Ses marines montrent des villes côtières endormies, dans le calme de la nuit, baignées par des couchers de soleil éclatants ou lors des batailles navales où l’on aperçoit des navires brûlant comme des torches. Peinture de figures dans un cadre urbain nocturne, Scène de vie au Caire est un paysage de rêve né de l’esprit du voyageur du XIXe siècle au Moyen-Orient.

Ivan Aivazovsky (1817-1900) Scène de vie au Caire, 1881 Huile sur toile, 66,5 x 98,2 cm © Galerie nationale d’art de Kyiv, photo : Mykhailo Andreyev

Satyre, s.d.

La biographie de Wilhelm Kotarbinsky illustre les mouvements tectoniques qui ont secoué les arts et la culture à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Né en Pologne, il mûrit en tant qu’artiste à Rome et passe une partie considérable de sa vie à Kyiv. C’est là qu’il reçoit une invitation à créer des fresques pour la cathédrale Saint-Vladimir, dont la construction revêt une grande importance sur la scène culturelle de Kyiv. L’artiste gagne en popularité, tant auprès des élites locales que du grand public et son art devient aussi éclectique qu’il est possible de l’être face au triomphe du modernisme. Kotarbinsky témoigne de son intérêt pour le symbolisme, modulé par une formation académique raffinée, pour créer des peintures énigmatiques sur des sujets religieux, mythologiques et historiques. On retrouve ses œuvres sur les murs des maisons de citoyens fortunés, sur des cartes postales et même dans un hôpital de la ville. Aux yeux de ses contemporains, il est le poète de l’amour tragique et de la mort, avec un arrière-goût légèrement décadent. Cette étiquette l’a rendu vulnérable à la critique lorsque la Révolution de 1917 et la guerre civile ont radicalement changé le discours politique et la culture populaire. Tombé dans l’oubli, Kotarbinsky a été redécouvert récemment, son œuvre ayant attiré l’attention des professionnels de l’art.

La mythologie classique est largement représentée dans l’art de Kotarbinsky, fasciné par l’héritage gréco-romain, et ce, à différentes périodes ; aussi ce Satyre n’a pas pu être précisément daté. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la figure du satyre fait l’objet d’une révision majeure dans le discours philosophique et littéraire. L’analyse de Friedrich Nietzsche a porté un autre regard sur la culture grecque, en attirant l’attention sur ses aspects pessimistes et problématiques. De ce point de vue, les pulsions dionysiaques étaient tout aussi importantes que les caractéristiques apolliniennes largement louées de l’art grec. Cette thèse avait trouvé de nombreux prédicateurs parmi les élites culturelles de toute l’Europe. Le satyre s’est frayé un chemin dans la littérature et les beaux-arts de l’époque comme symbole de la protestation contre la civilisation, ou comme image de quelque chose de refoulé.

Wilhelm Kotarbinsky (1849-1921) Satyre, s.d. Huile sur toile, 70 x 122 cm © Galerie nationale d’art de Kyiv, photo : Serhiy Trytynychenko

 

Une nonne, 1887

Connu pour son excellence dans les portraits, les scènes historiques et religieuses, Illiia Repin se distingue comme un phénomène assez unique de l’art ukrainien du XIXe siècle. Bien qu’il soit fidèle au principe du réalisme, même lorsqu’il travaille sur des sujets fictifs ou sacrés, il est considéré comme inconstant dans son choix de sujets : la vie de village, les cafés parisiens, les portraits des élites culturelles et intellectuelles ou encore la répression de l’opposition politique au régime tsariste. À ses détracteurs, il répond généralement qu’il dépeint tout ce qui suscite en lui un vif intérêt.

Sa cousine Emilia fait partie des personnages singuliers qui ont retenu l’intérêt de ce portraitiste attentif. La jeune nonne est représentée dans son modeste habit noir, qui se confond avec le décor sombre d’une cellule. Par contraste, son visage pâle et son regard perçant ressortent, donnant au tableau sa grande beauté. Une nonne (1887) décrit de façon magistrale l’atmosphère de dévotion religieuse et d’ascétisme d’un monastère orthodoxe.

Illiia Repin (1844-1930) Une nonne, 1887 Huile sur toile, 124 x 90 cm © Galerie nationale d’art de Kyiv, photo : Mykhailo Andreyev

 

 

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