Divagations

Joséphine de Weck et Perrine Berger en résidence

Le MAH souhaite soutenir et encourager les artistes, dont l’activité a été suspendue à cause de la pandémie, en les accueillant le temps d’un projet. Après Brigitte Rosset en février, l’écrivaine et comédienne Joséphine de Weck et la musicienne Perrine Berger ont passé une semaine dans les salles au début du mois d’avril. Au cours de cette résidence, elles ont réalisé une série de six podcasts, où le texte et la musique se répondent et parlent des œuvres de manière inédite.

Joséphine de Weck et Perrine Berger en résidence

Le MAH souhaite soutenir et encourager les artistes, dont l’activité a été suspendue à cause de la pandémie, en les accueillant le temps d’un projet. Après Brigitte Rosset en février, l’écrivaine et comédienne Joséphine de Weck et la musicienne Perrine Berger ont passé une semaine dans les salles au début du mois d’avril. Au cours de cette résidence, elles ont réalisé une série de six podcasts, où le texte et la musique se répondent et parlent des œuvres de manière inédite.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots?

Perrine Berger: Je suis musicienne, ayant évolué dans des formations classiques comme dernièrement le groupe genevois Adieu Gary Cooper. Après plusieurs collaborations avec des musiciens de divers horizons, parmi lesquels Laure Betris, je mène depuis l’an dernier un projet solo, Perrine 3000.
Joséphine de Weck: Je suis écrivaine et comédienne. Formée à l’interprétation dramatique à Bruxelles, je suis revenue en Suisse où j’ai commencé à écrire pour un journal, puis un livre intitulé Ambassadrice de la marque, qui parle d’une jeune hôtesse au Salon de l’Auto. J’aime bien le processus d’immersion pour travailler – en réalisant des installations pour des festivals, dans des lieux éloignés de mon quotidien. Ce projet au MAH est un peu la suite logique de tout ce travail.

Joséphine de Weck et Perrine Berger au MAH ©MAH, photo: D.R.

Comment est né ce projet?

JdW: Cela s’est fait très simplement. En janvier dernier, j’ai eu le privilège de visiter le musée durant la fermeture. J’ai alors proposé cette idée d’un audioguide non-scientifique, fictionnel voire onirique. Pour la réalisation, j’avais envie d’être accompagnée et c’est là que Perrine m’a rejointe. Il s’agit de notre première collaboration.
Le concept de cet audioguide n’est pas très éloigné de l’exposition qui se tient actuellement (Marcher sur l’eau): quand on visite un musée d’art et d’histoire, on a l’impression d’être en terrain familier, de connaître les différents domaines, notamment à cause de nos souvenirs d’enfance. Mais en sortant les œuvres et les objets de leur contexte, en leur donnant un point de vue plus singulier, on s’y intéresse différemment. On s’y attarde, chose que l’on n’aurait pas forcément faite devant un simple cartel détaillant des dates ou à la lecture d’un commentaire factuel. Cet audioguide ne s’oppose pas à l’approche scientifique, il s’y ajoute.

D’où vient ce titre, Divagations?

JdW: J’aime les titres qui sont au plus proches du projet. Ces six morceaux sont des divagations liées à six œuvres choisies dans le musée. C’est un titre qui me plaît aussi parce qu’il fait un clin d’œil à d’autres titres de tableau tels que «rêverie».

Comment avez-vous abordé cette tâche?

PB: Finalement, il y a eu deux approches. Dans un premier temps, j’ai envisagé ma musique comme un accompagnement des textes rédigés par Joséphine. J’ai voulu soutenir ce propos le mieux possible et tenter de transcrire les émotions. Et dans un second temps, on s’est demandé ce que l’observation des œuvres pouvait inspirer sur le plan musical. La voix vient alors s’intégrer rythmiquement, comme une deuxième couche.
JdW: Il y a clairement ces deux variantes: soit le texte est mis en avant et la musique joue le rôle de soutien; soit le texte est noyé dans l’ambiance musicale, ce qui m’a valu d’ailleurs de retravailler et d’adapter certains passages, pour obtenir une meilleure compréhension, une plus grande fluidité.
PB: Je trouvais intéressant d’avoir cet équilibre, cette variété de schémas. Certaines choses sont très narratives, d’autres relèvent plus des sensations.

Qu’avez-vous choisi ? Des œuvres, une période historique, un style en particulier?

JdW: J’ai choisi des œuvres et des salles. La Salle d’honneur du château de Zizers, par exemple, où j’ai imaginé une visiteuse qui se remémore des souvenirs d’enfance. Dans la salle qui regroupe les paysages suisses, avec Alexandre Calame et François Diday, je fais parler un visiteur au plus mal, en y insufflant un esprit romantique très actuel. J’ai également choisi la Pierre-aux-Dames (EPI 0906), la vitrine montrant des bagues romaines en verre coloré, et Le Sommeil de Félix Vallotton (1967-0066). Enfin, je me suis amusée à donner la parole à Nancy Mérienne, peinte par Firmin Massot (1886-0033), qui trépigne en se demandant ce qu’elle fait là…

Comment la rédaction s’est-elle faite?

JdW: J’ai effectué deux visites, guidée à chaque fois par une personne différente. À ces informations récoltées en amont et aux recherches menées de mon côté, s’est ajoutée l’inspiration dans les salles, où j’ai pris grand plaisir à écrire. Puis, au fur et à mesure du travail avec Perrine, j’ai adapté mes textes. Je pourrais presque écrire un recueil de nouvelles! Il suffit de regarder et de se laisser porter par l’inspiration… J’ai rédigé chaque texte à la première personne, pour permettre à l’auditeur et l’auditrice de ressentir une proximité avec l’œuvre.
PB: On a voulu autant que possible réduire cette distance qui sépare les personnes des œuvres qu’elles regardent. Pour leur faire comprendre que les émotions que celles-ci contiennent sont intemporelles.

Et comment la musique est-elle née?

PB: La musique est d’abord née de mes émotions, de mes réflexions. Cela pouvait venir d’un élément, d’un mot, d’une couleur… À chaque fois, je déroule le fil de ma pensée. Puis le texte fait que l’on trouve un terrain d’entente, où chacune adapte sa création. Le plus gros travail a été de garder en tête l’œuvre et le texte au moment de la composition. J’ai tenté de créer le liant entre l’œuvre et le texte. J’ai pu installer un petit studio dans un local attenant aux salles, avec guitares (dont un lapsteel qui se joue sur les genoux et donne un son très cristallin), claviers, micros et mon ordinateur. Des réécoutes ont été nécessaires pour se mettre dans la peau du visiteur et s’assurer des effets souhaités. Sortir des sentiers battus et expérimenter de nouvelles choses est toujours réjouissant. Et tout le travail réalisé jusqu’ici nous plaît beaucoup.

Les podcasts du projet Divagations sont à retrouver sur le SoundCloud du MAH.

 

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