Vallotton, Hodler et Amiet en vedette

Legs exceptionnel de 4 tableaux au MAH

Jean Clostre, décédé en juin 2016, avocat au barreau de Genève, grand mélomane, membre de la Société des Amis du Musée d’art et d’histoire (SAMAH) et du Bureau de la Société des Arts de Genève, a légué quatre tableaux de sa collection au Musée d’art et d’histoire. De la main de trois artistes suisses qui ont marqué le tournant du XXe siècle – Ferdinand Hodler (1853-1918), Cuno Amiet (1868-1961) et Félix Vallotton (1865-1925) – ces œuvres constituent un enrichissement significatif des collections des beaux-arts.

Ferdinand Hodler

Marronniers au bord du chemin témoigne de l’intérêt de Ferdinand Hodler pour le motif de l’arbre. En fleurs, chargés de fruits ou complètement dépouillés de leur feuillage, les arbres, isolés ou en petits groupes, jalonnent l’œuvre de Hodler dès le début de sa carrière. Le Musée d’art et d’histoire conserve  plusieurs  de ces véritables «portraits», à l’image du Lilas, du Petit Platane ou du Cerisier présenté dans la salle adjacente.

Les arbres aux troncs fins et élancés permettent à l’artiste d’illustrer  le «parallélisme», son fameux postulat qu’il définit non seulement comme la répétition de formes et de couleurs semblables, mais qu’il considère aussi comme une loi de la nature.

Ferdinand Hodler (1853-1917), Marronniers au bord du chemin, vers 1889, retravaillé vers 1905. Huile sur toile, 41,3 x 33,4 cm ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes

Ferdinand Hodler (1853-1917), Marronniers au bord du chemin, vers 1889, retravaillé vers 1905
Huile sur toile, 41,3 x 33,4 cm ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. BA 2016-0010

Marronniers au bord du chemin, au cadrage apparemment spontané, a été créé vers 1889 et les nuages d’inspiration symboliste ajoutés vers 1905. Une étude dessinée et mise au carreau a permis à l’artiste d’étudier les formes des arbres et de la haie.

Cuno Amiet

Petit Cognassier de Cuno Amiet est une œuvre tardive de l’artiste qui s’est essayé à plusieurs expressions et styles. Après des années passées à l’étranger ‒ Munich, Paris et Pont-Aven, où il se familiarise avec l’œuvre de Van Gogh et de Gauguin ‒, l’artiste s’installe avec sa famille dans le petit village bernois d’Oschwand  et se consacre dès 1920 à la peinture de son entourage familial. Son jardin forme désormais l’un de ses sujets de prédilection. Il se montre ici à la belle saison, soigneusement garni de fleurs entourant le petit arbre fruitier. Une image idyllique et joyeuse qui doit son charme avant tout à l’utilisation de couleurs vives et contrastées. La mise en valeur de la couleur est en effet la majeure contribution d’Amiet à la peinture suisse de cette époque

Cuno Amiet (1868-1961), Petit cognassier, 1936. Huile sur toile, 65,1 x 54,2 cm ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes

Cuno Amiet (1868-1961), Petit Cognassier, 1936. Huile sur toile, 65,1 x 54,2 cm
©MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. BA 2016-0011

Les collections du Musée d’art et d’histoire contiennent plusieurs tableaux qui témoignent de sa recherche. Dans Deux jeunes filles nues, Amiet brosse le jaune à grands traits rapides qui rappellent la manière de Van Gogh. Dans son Autoportrait en blanc (1907), acquis par le MAH il y a un an, et dans le Portrait d’Auguste de Niederhäusern, il utilise des couleurs pures dont la juxtaposition augmente encore la luminosité, selon le principe élaboré par les défenseurs du divisionnisme, Georges Seurat et Paul Signac.

Félix Vallotton

Anémones et Mandarines, une nature morte de Félix Vallotton, surprend par la modestie des objets qui la composent. Des mandarines, des anémones, un pot rustique au décor naïf, probablement de la faïence produite à Thoune (canton de Berne), et une nappe grise à rayures. La nature morte n’est plus ici l’exercice classique qui permet à l’artiste de démontrer son habileté à rendre des matières et des surfaces. Le souci de Vallotton n’est pas de reproduire un extrait de la réalité, mais de trouver un équilibre entre différentes formes placées sur une surface à deux dimensions, aux dépens de la perspective. L’arrière-plan et la table semblent ainsi se trouver à la même distance de l’œil du spectateur.

Félix Vallotton (1865-1925), Anémones et mandarines, 1914. Huile sur toile, 54,3 x 65,1 cm ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. BA 2016-0012

Félix Vallotton (1865-1925), Anémones et Mandarines, 1914. Huile sur toile, 54,3 x 65,1 cm
©MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. BA 2016-0012

Cette même nappe, ce pot et des fleurs aussi simples que ces anémones peuplent les natures mortes créées à la même époque par Vallotton et sont les témoins de sa quête inlassable d’une nouvelle forme d’expression. Le choix des couleurs contredit également les règles classiques: l’orange des mandarines apporte une note grinçante à la gamme rosée des fleurs.

Félix Vallotton (1865-1925), La Cagne et le Baou, 1922. Huile sur toile, 54,3 x 73,3 cm ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. BA 2016-0013

Félix Vallotton (1865-1925), La Cagne et le Baou, 1922. Huile sur toile, 54,3 x 73,3 cm
©MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. BA 2016-0013

Après avoir fréquenté pendant de longues années la côte atlantique, Félix Vallotton découvre le sud de la France et sa lumière éblouissante. Pendant l’hiver 1920-1921, il se rend pour la première fois à Cagnes-sur-Mer qui doit son nom au petit fleuve côtier, la Cagne, qui traverse la commune. La Cagne et le Baou est l’un des premiers tableaux qu’il y peint. Ce paysage vide de toute présence humaine, qui se déploie en bandes horizontales, entre le bleu intense et lumineux du ciel et celui plus foncé de la Cagne au premier plan, semble étrange, surréel. La profondeur est peu marquée, car ici aussi, l’artiste néglige la perspective au profit d’une vue à deux dimensions. Cette bidimensionnalité et la simplification des formes qui rend méconnaissables les végétaux aquatiques et les buissons, sont un lointain souvenir des principes chers aux Nabis, dont Vallotton s’est inspiré pendant une courte période de sa vie.

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