Une histoire de fouilles archéologiques (I)

Veyrier, un site emblématique de l’archéologie dans la région genevoise

L’histoire des découvertes effectuées sur le site paléolithique de Veyrier permet d’évoquer bon nombre de savants et de chercheurs impliqués non seulement dans la mise au jour et l’étude de ce site et des objets qui y ont été trouvés, mais également dans l’ensemble des découvertes réalisées dans la région genevoise au XIXe siècle. Beaucoup d’objets qui constituent les collections archéologiques du Musée d’art et d’histoire en sont issus.

L’historique des recherches à Veyrier proposé ici est tiré pour l’essentiel de la thèse de doctorat de Laurence-Isaline Stahl Gretsch, Les occupations magdaléniennes de Veyrier, histoire et préhistoire des abris-sous-blocs, publiée en 2006.

On y apprend que la découverte et la collecte des principales séries d’objets de Veyrier sont le fait d’un groupe d’érudits genevois qui fréquentaient les mêmes cercles scientifiques et étaient bien souvent membres des institutions politiques genevoises – Grand Conseil ou Conseil municipal. La plupart étaient également professeurs à l’Université et une bonne partie d’entre eux ont eu à s’occuper des collections d’un musée d’archéologie. Les recherches à Veyrier se déroulèrent en quatre phases: les pionniers, la deuxième vague du XIXe siècle, la surveillance du site et les dernières tentatives de fouilles (1928-1976).

La première phase fait l’objet de cet article, les autres suivront dans de prochaines publications.

Les pionniers (1833-1838)

En 1833 paraît dans le Journal de Genève un article du Docteur François Isaac Mayor (1779-1854) annonçant sa découverte d’objets «travaillés par la main de l’homme» dans les carrières au bas du Salève. Obstétricien renommé, politicien actif, homme curieux de tout et notamment d’archéologie, nommé adjoint à la direction du Musée académique en 1820, c’est à lui que l’on doit donc la première mention du site de Veyrier.

Dans le courant de l’été 1834, un étudiant en théologie à la recherche de fossiles, Louis Taillefer (1814-1878), récolte dans un autre abri une caisse d’objets reconnus comme des «instruments humains et des ossements fossiles», qui seront examinés au Musée académique. Aux yeux de ses contemporains et successeurs proches, Taillefer passe pour l’«inventeur» du site de Veyrier. Mais les objets collectés furent hélas en grande partie perdus: la mère de Taillefer les jeta à la rue, profitant pour cela d’un séjour de son fils à l’étranger!

Mayor retournera plus tard sur le site, peut-être à la suite des indications de Taillefer, et trouvera alors d’autres objets, notamment deux bâtons percés en bois de renne, dont l’un est considéré comme la première manifestation d’art paléolithique mise au jour en Europe. La représentation gravée sur la pièce ne sera identifiée qu’une trentaine d’années après sa découverte; interprétée successivement comme une tête d’oiseau, une ébauche d’animal à museau pointu, puis comme le ventre et les pattes d’une otarie. Les hypothèses les plus récentes proposent d’y voir un mustélidé, plus précisément une loutre.

Bâton perforé en bois de renne, Paléolithique supérieur (Magdalénien), © MAH, don F. I. Mayor, déposé par la Société d’histoire et d’archéologie de Genève en 1864), photo: N. Sabato, inv. A-2222

Bâton perforé en bois de renne, Paléolithique supérieur (Magdalénien),
© MAH, don F. I. Mayor, déposé par la Société d’histoire et d’archéologie de Genève en 1864), photo: N. Sabato, inv. A-2222

Au printemps 1834, le physicien Elie-François Wartmann (1817-1886) découvre de son côté, dans «diverses carrières du pied du Salève», des objets anciens parmi lesquels des silex taillés, des os, dont certains travaillés, et enfin un harpon à double barbelure dont nous n’avons hélas pas trace dans nos collections. Spécialiste des questions d’électricité, professeur à Lausanne puis à Genève, savant ouvert à toutes les disciplines et lui aussi membre du Grand Conseil, Wartmann va récolter des objets sur le site alors qu’il n’a pas encore dix-huit ans! C’est par une lettre qu’il adresse à Gosse – qu’il fréquente parce que tous deux sont membres de la Société de physique et d’histoire naturelle – qu’on possède les indications relatives à ses découvertes. Waldemar Deonna émet l’hypothèse qu’une partie de la collection Wartmann aurait été rachetée à Paris par Hippolyte Jean Gosse (1834-1901), chercheur qui jouera un rôle important dans la deuxième partie de l’histoire des fouilles.

Le géologue Guillaume Antoine Deluc, dit William, aurait quant à lui trouvé un foyer où il y avait du charbon, des ossements et du noir de fumée, apparemment à proximité des lieux de recherche de Taillefer et de Mayor, vers la fin des années 1830.

Les premiers repérages sont faits.

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