détail d'un sarcophage en plomb en cours d'analyse

Un sarcophage en plomb sous les instrument du laboratoire du MAH

À l’occasion de l’exposition Fascination du Liban, un sarcophage en plomb a été restauré dans les ateliers du MAH. Une opération qui a permis de dévoiler de nouvelles informations sur la composition du plomb utilisé.

En effet, au cours de la restauration, l’aspect mat blanchâtre et gris de la surface a disparu pour laisser place à des zones grises et rouges. Si les corrosions blanches et grises de plomb métallique sont courantes et bien connues des scientifiques, la coloration rouge sur une si grande surface, en revanche, intrigue. Nous savons en effet que le plomb est sensible à l’air et aux acides organiques et que les émanations entraînent rapidement une corrosion blanche: de l’acétate ou du carbonate de plomb, ce dernier appelé blanc de plomb 2PbCO3.Pb(OH)2. La restauratrice a alors demandé à l’équipe du laboratoire et de la conservation préventive du MAH d’entreprendre des analyses pour mieux comprendre le phénomène.

Quelques grains de cristaux rouges ont donc été prélevés du sarcophage et fixés sur une mini-tige de verre. L’échantillon est ensuite passé aux rayons X à l’aide d’une caméra Gandolfi. Cette opération a provoqué une diffraction selon l’arrangement cristallin, imprimant un film comme sur une radio. Le film développé et comparé à d’autres références scientifiques a révélé de l’oxyde de plomb PbO : la litharge. Ce minéral est particulier car il peut être obtenu en chauffant du blanc de plomb et il peut aussi se transformer en PbO jaune appelé massicot dans certaines conditions climatiques.

Echantillon prélevé sur un sarcophage en plomb durant sa restauration, afin d’être analysé par le laboratoire

Un précédent au musée

En cherchant dans les archives, l’équipe a découvert qu’un autre sarcophage, appartenant au MAH depuis 1989, avait cette même spécificité. Provenant également du Liban, il portait lui aussi des taches rouges, qui avaient été analysées et qui avaient donné le même résultat.

Côté histoire de l’art et archéologie, la présentation de Nathalie Wuthrich Les pratiques funéraires dans le Proche-Orient romain met en évidence que ces sarcophages en plomb proviennent de Tyr, sur la côte phénicienne. Ils ont été fabriqués avec la technique extraordinaire du sable mouillé, dans lequel les motifs sont imprimés en creux pour recevoir le plomb en fusion qui, une fois refroidi, reproduit précisément le dessin. Ceci n’explique pourtant pas, à première vue, la transformation du plomb métallique en minéral rouge.

Si nous ne connaissons pas le procédé métallurgique exact de ce plomb, nous connaissons en revanche bien le phénomène naturel des métaux retournant à leur état minéral – à l’exception de l’or pratiquement inaltérable. Il est donc fort probable que les conditions climatiques auxquelles l’objet a été soumis – c’est-à-dire le type de sol, la température et l’hygrométrie – sont à l’origine de cette transformation du plomb métallique en litharge rouge.

Télécharger l'article au format PDF
l Catégorie: Blog, Collections, Expositions
Mots clés: , , , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>