Un petit bain dans l’Arve ? 2/2

La baignade, une tradition genevoise

Légué au Musée d’art et d’histoire en 1950, Baigneurs au bord de l’Arve du peintre genevois Léon Gaud (1844-1908) nous invite à aborder la thématique du bain au tournant du XXe siècle.

Léon Gaud (184-1908), Baigneurs au bord de l’Arve, entre 1899-1904. Huile sur toile, 73 x 104 cm Legs, Louise Gaud, 1950 ©MAH, photo: B. Jacot-Descombes, inv. 1950-44

Étonnamment, le bain dans l’Arve a longtemps été préféré pour ses vertus vivifiantes à celui des eaux «mortes» et adoucissantes du lac. L’eau de cette rivière qui vient directement du Mont-Blanc est même promue au niveau international pour ces vertus thérapeutiques… La station thermale de Beau-Séjour construite en 1874 –le fameux «Champel-des-bains»–, où des célébrités séjournent, notamment l’écrivain Guy de Maupassant (en 1891), André Gide (1894, cure prescrite par un médecin genevois) et le compositeur Camille Saint-Saëns, constitue un témoin de cet engouement pour l’eau de montagne. Dans un registre plus populaire, on se baigne aussi dans un établissement à l’angle de la rue des Bains ou à Carouge sur la Plage de Noie-tes-Puces.

Genève, ville de bains

Genève. Bains de la Coulouvrenière, 1870 – 1882. 
Gélatino-bromure, sur papier collé, sur carton fort, 15,7 x 16 cm
© Bibliothèque de Genève, inv. VG P 1993

Le lac et le Rhône sont eux aussi depuis toujours des lieux de baignade. D’ailleurs, la toute fin du XIXe siècle a vu la pratique du bain se doter d’un cadre légal et la construction de lieux dédiés. Depuis 1878, il est par exemple interdit de se baigner en public sans porter un caleçon. Les enfants peints par Gaud ont ainsi gardés leur caleçon ou leur culotte, à défaut de porter de vrais maillots.

L’eau à Genève étant au centre de la ville, le spectacle des corps nus qui y font trempette gêne la pudeur de certains de ses habitants. Charles de Constant, propriétaire des terres au bord du Rhône à Saint-Jean (au lieu-dit Sous-Terre) se plaint à ce propos déjà en 1826: «Suis-je sur les bords du Rhône auprès de Genève, ville citée pour ses bonnes mœurs, l’urbanité, la décence et l’éducation perfectionnée de ses habitants (…) ou bien suis-je encore dans les forêts de Java, entouré de sauvages et de bêtes féroces ?¹» .

Dans un premier temps, des palissades accompagnées de structures légères (radeau, flotteurs) sont montées pour ne pas gêner les passants par la vue de corps dénudés: ces premiers types de bains publics sont ceux de la Demi-lune, situés dans les fossés des fortifications de la ville (à l’emplacement de l’actuel Quartier des Banques), puis ceux de les bains de la Colle à la Coulouvrenière (de 1871 jusqu’en 1888, date de construction des Forces motrices au même endroit) ou encore ceux de la Petite Fusterie. Enfin, les Bains des Pâquis sont construits en 1889, alors que la natation en tant que sport mais aussi loisir se développe !

Genève, Bains de Neuve.
©Bibliothèque de Genève, inv. 29P Bains Ne 01

Les enfants dépeints par Gaud, eux, se baignent certainement dans l’Arve pour se rafraîchir lors d’une balade un après-midi d’été. Et d’ailleurs, ils semblent hésiter face à la température de l’eau. Aujourd’hui, ce n’est certainement pas de ce côté de la Jonction, devenue un lieu dangereux de trafic fluvial, que l’on retrouverait des préadolescents tenter un bain estival…

Ces dernières années, le lac et le Rhône ont d’ailleurs vu naître de nouveaux aménagements pour faciliter l’accès à la baignade, à l’exemple de la plage des Eaux-Vives qui vient d’ouvrir ses portes ou du nouveau projet de parc pour cette même pointe de la Jonction… Une chose est sure : Genève a toujours été et restera une ville d’eau.

1. Cette citation de Charles de Constant est tirée de l’ouvrage Champel-les-bains, sous la dir. de David Ripoll, Infolio, 2011 et en plus particulier du chapitre du même auteur « Les bains genevois au XIXe siècle » qui m’a beaucoup appris sur la pratique du bain au XIXe siècle et ses lieux, pp. 122-145.

 

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