Un Osiris végétant sous la loupe 7/10

Les couleurs de masque

L’Osiris végétant acquis par le MAH en 2017 est une figurine rituelle de l’Égypte ancienne confectionnée lors de cérémonies en l’honneur du dieu Osiris. Il se compose d’un cercueil en bois mesurant 50,4 x 16,8 x 14,7 cm sur lequel est représentée une tête de faucon. À l’intérieur gît le simulacre de la momie d’Osiris muni d’un masque en cire peinte de 18,7 x 8 x 9 cm. En complément à l’étude publiée dans la revue Genava, n°65, voici le septième article d’une série relative aux traitements de conservation-restauration et aux études matérielles réalisés.

Une peinture de cire sur un masque de cire

Le visage de cire déposé sur la momie est l’un des éléments déterminants pour l’identification de l’Osiris végétant. Il présente en effet les caractéristiques et les attributs du dieu Osiris, avec sa peau verte, sa couronne Atef et sa barbe postiche (Fig. 1 et 2).

La surface est peinte avec des couleurs de consistance et d’épaisseur variables. Leur liant, analysé par spectrométrie infrarouge (FTIR ), est fait de cire d’abeille additionnée d’une substance s’apparentant aux bitumes. Elle a peut-être été diluée avec un solvant de type hydrocarbure, aujourd’hui évaporé, qui aurait laissé ce résidu bitumeux (Fig. 3 et 4).

Peu d’analyses des couleurs ont pu être réalisées par FTIR car il est difficile de prélever de la matière sur de si petites surfaces sans faire de dégâts. Des analyses par fluorescence de rayons X (FRX), qui ne nécessitent pas de prélèvement, ont en revanche été menées lorsque la surface colorée était de dimension suffisante pour que le résultat ne soit pas perturbé par les couleurs adjacentes (tableau).

Un Osiris végétant sous la loupe 7/10

Les couches de fond

La couleur vert foncé de la peau du visage est opaque mais appliquée par touches ; la fine couche est irrégulière (Fig. 5). Avec un éclairage placé derrière le masque, on perçoit bien, en transparence, les variations d’épaisseur (Fig. 6, 15d et 15e). De très petits grains de pigment verts sont visibles à faible grossissement. Ils sont accompagnés de fines particules noires qui servent à foncer la couleur (Fig. 7). La couleur rouge présente sur le cou, en particulier en-dessous du collier, est translucide et posée de manière uniforme (Fig.7). Là où les deux couleurs sont présentes ensemble, le vert se superpose au rouge. Leur adhérence au support est forte et elles servent de couches de fond.

La couronne

La couronne (hormis les plumes latérales) présente une couche jaune (Fig. 9), uniforme et opaque, plutôt épaisse et très craquelée, dont l’unique pigment est l’orpiment. Ce dernier servait à imiter l’aspect de l’or (Fig. 9, 10, 11).

Les détails

Les détails du visage sont peints sur les couleurs de fond.

Le cou est orné d’un collier vert pâle (Fig. 5, 12 et 15c). Cette couleur sert aussi à souligner les contours du visage, des yeux (Fig. 13) et des sourcils, à dessiner l’intérieur des oreilles (Fig. 14a et 14b) et la fente de la bouche (Fig. 15d), à marquer les narines (Fig. 15b) et à décorer les plumes de la couronne (Fig. 9 et 16). La pâte est épaisse, opaque, matte, grumeleuse. Elle n’adhère pas bien à la couche sous-jacente et, là où elle se surélève, elle laisse apparaître un espace vide (Fig. 13, 17). Cette peinture contient quelques gros grains de pigments bleus et verts (Fig. 16). La clarté de la teinte aurait pu provenir d’un pigment blanc qu’aucun examen n’a cependant détecté, ni par observation visuelle, ni par FRX. C’est alors vraisemblablement le liant même qui apporte la blancheur. Les Égyptiens connaissaient le procédé pour obtenir une cire blanche à partir de cire d’abeille : on pouvait la mettre au soleil ou utiliser une méthode que Pline l’Ancien décrit dans le livre XXI de son Histoire naturelle: «la cire d’abeille est mise à bouillir avec de l’eau puisée en haute mer et additionnée de salpêtre, à la suite de quoi l’on refroidit le tout et l’on récupère en surface la partie la plus blanche. Cette «fleur» de cire est de nouveau mise à bouillir dans de l’eau de mer, le même procédé s’apparentant à une saponification est répété trois fois ou plus, jusqu’à ce que la cire soit on ne peut plus blanche».
Étrangement, on retrouve cette couleur disséminée sur le visage sans qu’il soit possible de savoir si cela est dû à une maladresse de l’artisan ou si elle a été posée volontairement pour la réalisation d’un motif (Fig. 15a à 15e).

Les sourcils, le contour des yeux et les pupilles (Fig. 22 et 23) sont noirs. La couleur est dense, opaque, matte, plutôt épaisse avec une surface irrégulière (bosselée) comportant quelques craquelures. Le pigment est vraisemblablement un noir de carbone, qui provient de la combustion de matières organiques .
La barbe noire est ornée d’un large trait vertical bleu sur son côté droit (Fig. 19).

Le contour des yeux et les sourcils sont rehaussés d’un trait bleu-vert de consistance épaisse contenant de gros grains de pigments bleus dans une matrice jaune de cire (Fig. 22 et 24).

La jugulaire, d’un bleu clair intense, est constituée d’une couche épaisse, opaque et matte contenant de gros grains de pigments bleus et blancs. Elle est bordée d’une fine ligne rouge vif. L’aspect de cette ligne est fluide, opaque, matte, la couleur est concentrée et uniforme, sans grains de pigments visibles (Fig. 6, 12 et 18).

Notons que la coulure noire visible sur le côté droit du visage n’est pas une trace de peinture (Fig. 1 et 2). Elle est liée à une flaque noire déposée sur le fond du cercueil .

Les yeux

La peinture la plus sophistiquée est sans nul doute celle de l’intérieur des yeux car elle présente une multitude de couleurs savamment posées (Fig. 21a et 21b).

Le contour intérieur de l’œil est souligné d’un trait marron foncé (Fig. 21a et 21b) plus large sur la partie inférieure (Fig. 24) que supérieure (Fig. 25). La couleur, opaque, matte, épaisse, craquelée et bosselée, est vraisemblablement constituée d’un mélange de rouge et de noir. Notons la présence d’une substance brillante, qui apparaît également sur la pupille noire (Fig. 22) et qui provient de l’intérieur des craquelures (Fig. 24). Elle pourrait être due à la dégradation de l’un de ses composants.

Le blanc de l’œil passe du rosé (Fig. 22 et 24) au verdâtre clair (Fig. 25). Il est onctueux, mat, un peu plus translucide que les marrons. Aucun grain n’est visible. Vraisemblablement à base de cire blanchie, il se mélange aux couleurs environnantes (rouge, vert et marron) pour former des nuances en dégradé (Fig. 21a et 21b).

Tableau
Identification des pigments

Sommaire

1/10 Introduction
2/10 Le cercueil, une pièce de bois restaurée dans l’antiquité
3/10 L’identification et la datation du bois
4/10 Les décors du cercueil I
5/10 Les décors du cercueil II: les motifs figuratifs
6/10 La conservation-restauration du masque
7/10 Les couleurs du masque
8/10 Les textiles
9/10 Le contenu de la momie
10/10 Les amulettes

Télécharger l'article au format PDF
l Catégorie: Blog, Collections
Mots clés: , , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *