Un Osiris végétant sous la loupe 3/10

L’identification et la datation du bois du cercueil

L’Osiris végétant acquis par le MAH en 2017 est une figurine rituelle de l’Égypte ancienne confectionnée lors de cérémonies en l’honneur du dieu Osiris. Il se compose d’un cercueil en bois mesurant 50,4 x 16,8 x 14,7 cm sur lequel est représentée une tête de faucon. À l’intérieur gît le simulacre de la momie d’Osiris muni d’un masque en cire peinte de 18,7 x 8 x 9 cm. En complément à l’étude publiée dans la revue Genava, n°65, voici le troisième article d’une série relative aux traitements de conservation-restauration et aux études matérielles réalisés.

La méthode d’identification

L’essence d’un bois peut être déterminée par l’examen microscopique de son anatomie selon trois différents plans de coupe. Le plan transversal (CT), le plan longitudinal tangentiel (CLT) et le plan longitudinal radial (CLR) (Fig. 1) présentent des caractéristiques propres à chaque bois. On prélève un échantillon d’environ 0,5 mm2 (Fig. 2) que l’on enrobe d’une résine pour le consolider, puis que l’on coupe en très fines tranches.

Ces coupes peuvent être ensuite examinées de différentes manières: au microscope avec un grossissement variable, allant habituellement de 5x à 400x, ou avec le microscope électronique à balayage (MEB), bien plus puissant.
L’éclairage joue un rôle important dans la mise en évidence de caractéristiques anatomiques différentes, selon qu’il provient d’une lumière réfléchie (reflétée) ou d’une lumière transmise (traversante). Dans ce dernier cas, les tranches du bois laissent partiellement passer la lumière et les détails anatomiques sont vus en transparence. On peut aussi déceler certains composés par coloration des coupes. Ici, nous avons utilisé la safranine qui colore en rouge les tissus lignifiés.

Un Osiris végétant sous la loupe 3/10

Le bois du cercueil, ancien, sec et dégradé, ne nous a pas permis de faire de très bonnes coupes. Elles avaient tendance à se désagréger sous la lame. Malgré cette difficulté, nous avons pu obtenir quelques fragments exploitables qui ont été examinés au microscope en lumière transmise (Fig. 4 et 7), tandis que l’étude des plans en lumière réfléchie s’est faite sur l’échantillon tel quel (Fig. 3 et 6). D’autres images à très fort grossissement ont été obtenues au microscope électronique à balayage (Fig. 6, 8 et 9).

Ces examens nous ont permis de réunir des observations sur toutes les caractéristiques nécessaires à l’identification du bois, qu’une spécialiste en xylologie (étude du bois) a confirmé à partir des photographies: le Tamarix type aphylla (Fig. 10).

La datation du bois

En complément à une datation stylistique réalisée par deux égyptologues, Jean-Luc Chappaz et Katia Novoa, une datation par radiocarbone a été effectuée. Cette méthode s’applique aux objets en matière organique, comme le bois, qui contiennent du carbone à partir duquel la datation est réalisée.

Les matières organiques ne sont que rarement conservées dans les contextes archéologiques. En dehors de conditions climatiques exceptionnelles, leur décomposition est généralement très rapide. C’est le cas en Égypte où l’environnement extrêmement sec a permis à des milliers d’objets en bois, textiles et autres vanneries d’être conservés jusqu’à nos jours.

La méthode de datation au radiocarbone utilise les propriétés radioactives du carbone 14, un isotope de carbone qui se désintègre au fil du temps. Au moment de la mort des cellules, par exemple d’une plante, le carbone 14 absorbé par cet organisme cesse d’être renouvelé. Avec les années, la quantité de carbone 14 dans la plante diminue progressivement alors que celle du carbone 12 et du carbone 13, des éléments qui ne sont pas radioactifs, reste inchangée. En calculant le rapport entre la quantité de carbone 14 et celle de carbone 12 et 13 présents dans le matériau, on peut mesurer le temps écoulé depuis la mort de la plante.

Un échantillon de bois prélevé sous le socle du cercueil (Fig. 11), de même qu’un prélèvement de textile (Fig. 12) ont été envoyés à un laboratoire spécialisé de l’École polytechnique fédérale de Zurich. Les résultats obtenus pour les deux échantillons sont identiques. Leur datation est située avec une probabilité de 95% dans une période allant de 371 à 339 av. J.-C. et de 328 à 204 av. J.-C., autrement dit au IVe et IIIe siècles av J.-C.

Sommaire

1/10 Introduction
2/10 Le cercueil, une pièce de bois restaurée dans l’antiquité
3/10 L’identification et la datation du bois
4/10 Les décors du cercueil I
5/10 Les décors du cercueil II: les motifs figuratifs
6/10 La conservation-restauration du masque
7/10 Les couleurs du masque
8/10 Les textiles
9/10 Le contenu de la momie
10/10 Les amulettes

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