Un Osiris végétant sous la loupe 2/10

Le cercueil : une pièce de bois restaurée dans l’Antiquité

L’Osiris végétant acquis par le MAH en 2017 est une figurine rituelle de l’Égypte ancienne confectionnée lors de cérémonies en l’honneur du dieu Osiris. Il se compose d’un cercueil en bois mesurant 50,4 x 16,8 x 14,7 cm sur lequel est représentée une tête de faucon. À l’intérieur gît le simulacre de la momie d’Osiris muni d’un masque en cire peinte de 18,7 x 8 x 9 cm. En complément à l’étude publiée dans la revue Genava n°65, voici le deuxième article d’une série relative aux traitements de conservation-restauration et aux études matérielles réalisés.

Le cercueil dans lequel repose le simulacre de la momie d’Osiris a été sculpté dans une seule et même pièce de bois. Les deux parties qui le composent, le couvercle et la cuve, s’emboîtent au moyen de six fausses languettes amovibles (Fig. 2-1, 2a à c). Une fois fermé, il pouvait être posé verticalement grâce à sa base quadrangulaire.

À l’origine, le bois du cercueil comportait un défaut qui a été restauré dans l’Antiquité pour être rendu invisible.

La restauration antique

Sur la gauche du couvercle, au niveau de la perruque, se trouve une étonnante réparation: un trou de 8 cm x 2 cm, artificiellement creusé, a été bouché au moyen de deux pièces taillées dans du bois (Fig. 3a, 3b). La facture et la composition de la peinture appliquée sur le bouchon étant identique à celle du cercueil on peut supposer que ces réparations ont été faites au moment de sa fabrication. Mais pourquoi cette ouverture sur un objet dont la réalisation a été si soignée?

Un Osiris végétant sous la loupe 2/10

Un défaut du bois

Un élément de réponse a été donné par la prise de vue radiographique (Fig. 4).On y voit un mouvement dans la structure du bois, avec un changement de direction exactement là où se situe le trou. À cet emplacement, en effet, le bois comportait un nœud. Au même niveau, sur la cuve (Fig. 5), les perturbations visibles à la surface semblent dues au même défaut.

Difficile, voire impossible à sculpter, le nœud a ainsi dû être retiré par l’artisan. Celui-ci a ensuite taillé un bouchon qui a été inséré dans l’ouverture et peint. Faite avec précision, la réparation était alors presque invisible. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, à cause de l’usure générée par les manipulations du bouchon (Fig. 3a).

Le colmatage

Sur une toute petite zone de 5 x 15 mm, le trou est creusé à travers toute l’épaisseur du bois (Fig. 6a et 6b). Son masticage a été réalisé depuis le côté intérieur du couvercle. On y a pressé une pâte faite à base de craie. Le spectre infrarouge (FTIR) montre que cette dernière a été mélangée à de la gomme ainsi qu’à une colle protéinique (comme de la gélatine ou de la colle de peau) et peut-être une résine. Un surplus de cette masse blanche s’est déposé à l’intérieur du trou (Fig. 3b). Le colmatage a peut-être été réalisé en même temps que toutes les autres petites restaurations destinées à lisser la surface du bois. Ces dernières sont les comblements retouchés, sur quelques millimètres de profondeur, de nombreux trous qui proviennent de galeries d’insectes ou de fissures (zones d’effondrements du bois) et qui sont visibles uniquement sur les images prises au scanner (Fig. 7a à 7f).

Un autre défaut est situé au pied du cercueil, sur le devant du socle. Des variations de retrait lors du séchage du bois ont causé une grosse fissure, avec des zones d’éclatement (Fig. 8). Étonnamment, et contrairement au défaut décrit ci-dessus, ce dégât-là n’a pas été retouché dans l’Antiquité.

 

Sommaire

1/10 Introduction
2/10 Le cercueil, une pièce de bois restaurée dans l’antiquité
3/10 L’identification et la datation du bois
4/10 Les décors du cercueil I
5/10 Les décors du cercueil II: les motifs figuratifs
6/10 La conservation-restauration du masque
7/10 Les couleurs du masque
8/10 Les textiles
9/10 Le contenu de la momie
10/10 Les amulettes

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