Un marathon de concertos

Les concertos de Vivaldi prennent vie au musée

Un concert au musée doit s’affranchir des codes traditionnels de jeu et de réception de la musique. Sinon, pourquoi ne pas l’organiser dans une salle prévue à cet effet? Un concert au musée intègre les possibilités extraordinaires offertes par les différentes ambiances des salles et de dialogues avec les œuvres qui y sont exposées. Mais il doit aussi tenir compte des contraintes du lieu. Avec le Geneva Camerata, le Musée d’art et d’histoire a trouvé un partenaire qui ne les craint pas et qui se nourrit avec délice du cadre et des potentialités qu’il offre. Ainsi, après les ballades brandebourgeoises et autres rencontres magiques du troisième type, GECA revient cette année au musée pour un marathon. La distance, non pas quarante kilomètres mais quelques volées d’escaliers et quelques salles de peinture; le rythme, celui tantôt effréné de l’allegro, tantôt contemplatif du largo; le nom… Antonio Vivaldi!

Bijoux vénitiens au programme

Dans l’œuvre d’Antonio Vivaldi (Venise, 1678- Vienne, 1741), les concertos constituent la part la plus importante – il en aurait écrit plus de cinq cents. Et c’est lui qui en a fait l’un des piliers de la musique classique occidentale.

Le programme des concerts du musée illustre l’extraordinaire diversité des instruments utilisés et de leur combinaison: violon, violoncelle, flûte, luth, basson ou encore viole d’amour. Mais la variété réside également dans la musique, entre brillante dominance mélodique, écriture contrapuntique et un style imitatif quasi pictural des Quatre Saisons ou de pièces comme Il Rossignuolo, la Notte etc. Les instruments solistes, tels des chanteurs d’opéra, se confrontent à l’orchestre pour mieux mettre en avant leur virtuosité.

De la Pietà au musée

Vivaldi est engagé en 1703 comme professeur de violon par les autorités du Pio Ospedale de la Pietà et il y enseigne la composition de concerto à partir de 1705. Cette institution de bienfaisance prenait en charge l’éducation d’orphelines ou d’enfants abandonnées. La musique occupait une place prépondérante dans leur formation. Ces jeunes filles animaient les cérémonies religieuses et donnaient des concerts payants très appréciés qui contribuaient à financer le fonctionnement de l’établissement. Il existait une hiérarchie bien établie parmi celles-ci, et c’est aux virtuoses, les maestre di coro qui pouvaient prétendre à instruire leurs compagnes, que le prêtre roux destinait les parties solistes. Les musiciennes, disposées sur des loggias en surplomb de la salle régalaient le tout Venise et de nombreux visiteurs de passage, attirés par la réputation de ces concerts. En écho à leur contexte d’origine, nous exploiterons l’architecture de la cage d’escalier et ses loggias, pour restituer l’expérience des auditeurs du début du XVIIIe siècle.

Dialogue avec les œuvres

Les concertos seront bien évidement joués sur des instruments d’époque, en dialogue avec la collection d’instruments du MAH.

Mais il sera aussi question de dialogue avec les œuvres de la collection beaux-art. En effet, en guise de mise en bouche au sublime concerto pour luth en ré majeur, quoi de plus approprié que d’admirer le Portrait de Felicia Sartori en costume turc de Rosalba Carriera (Venise, 1675- Venise, 1757).

Portrait de Felicia Sartori en costume turc de Rosalba Carriera (Venise, 1675- Venise, 1757)

Portrait de Felicia Sartori en costume turc de Rosalba Carriera (Venise, 1675- Venise, 1757)

Révélateur du goût de la Venise du XVIIIe siècle pour un orientalisme de fantaisie et les bals costumés fastueux, ce beau portrait rayonne d’autant plus aux lueurs du feu d’artifice de l’allegro introducteur, d’une virtuosité à couper le souffle pour l’instrument soliste d’origine orientale. Puis le côté songeur et un peu mélancolique du modèle s’accentue à l’écoute du largo…

De nouvelles rencontres magiques en perspective!

Programme

Avec Anaïs Chen, Anna Faber, Yuki Kasai, Matthias Müller, Simos Papanas & Betina Pasteknik, violons ; Caroline Donin & Katya Polin, altos & flûte à bec; Ira Givol, Patrick Langot & Mara Miribung, violoncelles; Massimo Pinca, contrebasse; Gabriele Gombi, basson; Jacopo Raffaele, clavecin; Bor Zuljan, luth

Vendredi 13 mars 2015 à 19 heures

Concerto pour 2 violons en la mineur RV 522

Concerto pour basson en sol mineur RV 495

Concerto pour 2 violoncelles et 2 violons en ré majeur RV 564

Concerto pour petite flûte à bec en do majeur RV 443

Concerto pour 2 violoncelles en sol mineur RV 531

Dimanche 15 mars 2015 à 16 heures

Concerto pour violoncelle en si mineur RV 424

Concerto pour luth en ré majeur RV 93

Concerto pour viole d’amour en la majeur RV 396

Concerto pour 4 violons et violoncelle en si mineur RV 580

Sur réservation au +41 22 418 25 00 ou adp-mah@ville-ge.ch

Entrée : CHF 20.-/ 15.-

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