Un Claude Monet en voyage

La Cabane de Sainte-Adresse est partie en tournée américaine

La Cabane de Sainte-Adresse, huile sur toile de Claude Monet que l’on pouvait admirer il y a peu de temps encore sur les murs de la salle impressionniste du Musée d’art et d’histoire, est partie en voyage. Dans quelques jours, elle figurera dans Monet: The Early Years au Kimbell Art Museum à Fort Worth, près de Dallas (16 octobre 2016-29 janvier 2017), exposition qui sera ensuite proposée au Fine Arts Museums de San Francisco (25 février 2017-29 mai 2017).

Peu voire pratiquement jamais prêté ces dernières années – nous comptons une seule apparition hors les murs à Brescia en 2006/2007 -, ce tableau sera ainsi dévoilé pour la première fois au public américain, dont le goût pour la peinture des impressionnistes ne s’est jamais démenti depuis que leur marchand Paul Durand-Ruel a ouvert sa filiale à New York en 1886.

La relative «sédentarité» de cette œuvre pendant ces dernières années contraste singulièrement avec la pratique adoptée par l’artiste lui-même, qui l’a envoyée à au moins quatre expositions en 1868, 1877, 1880 et 1889.

Le fief normand de Claude Monet

Claude Monet, Jeanne-Marguerite Lecadre au jardin du Coteau, 1867. Huile sur toile, 82 x 101 cm ©Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

1. Jeanne-Marguerite Lecadre au jardin du Coteau, 1867.
Huile sur toile, 82 x 101 cm ©Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

La Cabane fut créée pendant la première décennie de la carrière de l’artiste, en 1867, sur la côte normande. Au début de l’année, Monet a subi un échec cuisant: le jury du Salon a refusé son Femmes au jardin. À cette amère déception s’ajoutent de grandes difficultés financières et les pressions incessantes de sa famille, en particulier de son père, qui voit d’un très mauvais œil sa liaison avec son modèle préféré, Camille-Léonie Doncieux (1847-1879), enceinte du peintre. Malgré ces tensions, Monet est invité à passer quelques semaines – seul – dans la demeure familiale appelée Le Coteau, à Sainte-Adresse. La beauté du lieu, l’univers maritime et ses protagonistes – pêcheurs, villageois, oisifs sur la plage – ravissent et inspirent Monet qui mettra ce séjour à profit pour créer une dizaine d’œuvres (fig. 1-5).

Claude Monet, Claude-Adolphe Monet lisant dans le jardin du Coteau, 1867. Huile sur toile ©Collection particulière

2. Claude-Adolphe Monet lisant dans le jardin du Coteau, 1867. Huile sur toile ©Collection particulière

Claude Monet, La Plage de Sainte-Adresse, temps gris, 1867. Huile sur toile, 75,8 x 102,5 cm ©The Art Institute of Chicago

3. La Plage de Sainte-Adresse, temps gris, 1867. Huile sur toile, 75,8 x 102,5 cm ©The Art Institute of Chicago

La Cabane de Sainte-Adresse en est un très bel exemple. Nous apercevons au premier plan un jardin à l’anglaise, situé à l’arrière de la cabane dont l’on aperçoit uniquement le toit. La végétation exubérante, rendue par des tâches plus ou moins grandes jouant sur une large palette de verts, parsemés de points jaunes et bleus, est inondée de lumière. Monet aura toujours un faible pour les jardins et la végétation – une de ses fameuses séries sera consacrée à son jardin et aux nymphéas – et il dira en résumant sa vie: «Qu’y a-t-il à dire de moi? Que peut-il y avoir à dire, je vous le demande, d’un homme que rien au monde n’intéresse que sa peinture et aussi son jardin et ses fleurs.»

Claude Monet, La Cabane de Saint-Adresse, 1867. Huile sur toile, 53 x 62,5 cm.  Ancien dépôt de la Fondation Garengo, 1990 ©MAH, photo: A. de Yesrin, inv. 1990-0045

La Cabane de Sainte-Adresse, 1867. Huile sur toile, 53 x 62,5 cm.
Ancien dépôt de la Fondation Garengo, 1990 ©MAH, photo: J.-M. Yersin, inv. 1990-0045

Le deuxième plan est brossé à coups rapides, juxtaposant différents tons de bleu. Le blanc de l’écume des vagues trahit la présence du vent: voiliers, bateaux à vapeur et embarcations de plaisance mettent à profit ces conditions favorables. Le ciel, en bande parfaitement parallèle à l’eau, forme le troisième plan. Des nuages, s’accumulant de droite à gauche, semblent également traduire une atmosphère mouvementée. Le mât rouge et blanc ancre le tableau dans la verticalité et, par le contraste, rend les bleus et les verts plus vifs.

Une toile emblématique de l’impressionnisme

Claude Monet, Jardin à Sainte-Adresse, 1867. Huile sur toile, 98,1 x 129,9 cm ©The Metropolitan Museum of Art, New York

4. Jardin à Sainte-Adresse, 1867. Huile sur toile, 98,1 x 129,9 cm ©The Metropolitan Museum of Art, New York

Comparé au Jardin de Sainte-Adresse, qui présente une élaboration plus finie du sujet et en particulier du jardin et de ses fleurs clairement reconnaissables, La Cabane de Sainte-Adresse fait la part belle aux caractéristiques du mouvement impressionniste qui «naîtra» en 1874, à l’occasion de la première exposition de la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs, dans les locaux du photographe Nadar à Paris: les effets de lumière, l’(apparente) rapidité de l’exécution, les impressions, le flou plutôt que la précision du détail. Il constitue ainsi une étape importante dans le cheminement de l’artiste vers le style qui fera sa renommée.

Claude Monet, Régate à Sainte-Adresse, 1867.  Huile sur toile, 75,2 x 101,6 cm ©The Metropolitan Museum of Art, New York

5. Régate à Sainte-Adresse, 1867. Huile sur toile, 75,2 x 101,6 cm ©The Metropolitan Museum of Art, New York

 

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