Un cabinet italien à la loupe

Un cabinet d’apparat ou le reflet de la théâtralité baroque

Entré dans les collections du Musée d’art et d’histoire par legs en 1943, ce cabinet italien aux lignes architecturales figure en bonne place dans la présentation Le cabinet: de l’écrin précieux au meuble d’apparat. De forme imposante, il ne laisse rien deviner de la complexité de son intérieur, dissimulé derrière deux vantaux. Le cœur du meuble découvre en effet, à l’instar d’une petite scène de théâtre, un décor inattendu de miroirs, un sol à chevrons marqueté et, nichée dans le fond, une alcôve ornementale. Ces éléments, qui jouent sur les lois de l’optique et de la perspective, reflètent le goût de l’époque baroque pour l’illusion théâtrale, ainsi que pour les jeux d’ombre et de lumière.

Cabinet‚ Naples ?, vers 1650
Bâti de sapin, placage d’ébène, de bois exotique et d’écaille de tortue, ivoire,
laiton doré, laiton, miroir au mercure, papier marbré‚ H. 88 ; L. 137,5 ; Pr. 73 cm
Legs Mme Théodore Lullin, 1943 © MAH, photo B. Jacot-Descombes, inv. 18180

Au XVIIe siècle, les cabinets produits en Italie témoignent d’un degré d’élaboration sans égal, tout comme le piètement sur lequel ils reposent. L’allure sculpturale de ces meubles s’inspire des façades des palazzi et atteste l’influence d’artistes baroques tels que Gian Lorenzo Bernin (Naples, 1598 – Rome, 1680). Quant à leur caisson central, il cache couramment l’accès à des mécanismes ouvrant sur des compartiments secrets. Assurance d’une protection optimale, ces cachettes incitent parfois au transport clandestin de marchandises de contrebande, telles que les diamants.

Cabinet‚ Naples ?, vers 1650 (détail)
©MAH, photo F. Bevilacqua, inv. 18180

Fruits de contributions multiples alliant les savoir-faire du sculpteur, de l’ébéniste, du doreur, du bronzier ou encore du lapidaire, les cabinets baroques affichent un luxe de matériaux rares et coûteux. Ainsi l’écaille de tortue, introduite en Europe au milieu du XVIe siècle et couramment employée en placage – c’est-à-dire collée en fines plaques sur un bâti d’un bois local (du sapin dans le cas présent). Ses chaudes tonalités d’ambre, dont l’éclat est renforcé par une feuille de teinte rouge ou or, contrastent élégamment avec le bois d’ébène et les garnitures dorées. Ce matériau exotique répond aussi parfaitement au goût d’alors pour la polychromie et permet aux cabinets qui en sont parés de s’imposer dans les intérieurs chargés et opulents.

Si la notion de meuble de rangement ne s’applique pas foncièrement à ces cabinets – l’ensemble sacrifie plutôt à l’esthétique architecturale qu’à la commodité –, il faut invoquer celle de pièces d’apparat. De fait, ces cabinets exhibent une richesse ostentatoire qui exprime parfaitement l’esprit de paraître propre à l’époque baroque.

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