Un brûle-parfum d’Iran en forme de dromadaire

Traitement de conservation-restauration et étude technique d’une oeuvre de la collection Revilliod

Un splendide brûle-parfum en forme de dromadaire a récemment été restauré dans les ateliers du Musée d’art et d’histoire. Réalisé en laiton, il est finement décoré d’ajours, de scènes ciselées et de pierres semi-précieuses. Une ouverture aménagée au niveau de la bosse de l’animal permettait d’insérer des encens dont les senteurs pouvaient s’échapper par les nombreux trous.

Brûle-parfum, Iran, XVIIe siècle, dim. 37 x 16,5 x 42 cm. Après traitement
©MAH, photo : F. Bevilacqua, inv AA 2017-0253.

L’objet a été remis au secteur de conservation-restauration pour le collage d’une patte cassée et était destiné à retrouver les réserves une fois sa stabilité structurelle rétablie. Devant la beauté de l’objet, il parut justifié de proposer un traitement un peu plus approfondi, et redécouvrir cette œuvre encore mystérieuse.

À son sujet, aucune information n’était apparemment disponible, si ce n’est un papier glissé à l’intérieur du corps de la bête, sur lequel était inscrit «Brûle-parfum, Iran, XVIIs». Le département des arts appliqués s’est alors attelé à chercher les traces du dromadaire dans les archives pour finalement découvrir, dans un registre d’inventaire de 1905, que l’objet provenait d’un don de Gustave Revilliod (1817-1890). Ce dernier a en effet légué l’ensemble de ses collections à la Ville de Genève en 1890.

Un traitement accompagné d’une étude technique

Un nettoyage long et minutieux a été réalisé pour débarrasser la surface des résidus de combustion et de produits d’entretien anciens qui obstruaient bien des détails du décor. Les surfaces lisses ou gravées ont été brossées à sec tandis que chaque espace ajouré a dû être dégagé individuellement par l’insertion d’une fine pointe.

Détail, avant traitement. La surface est couverte de dépôts blanchâtres et de débordements de colle

Détail, après traitement. La même scène nettoyée a acquis une meilleure lisibilité
©MAH, photo : F. Bevilacqua

L’intérieur du brûle-parfum a volontairement été laissé en l’état afin de conserver les traces matérielles de son usage, des restes carbonisés principalement. Les excédents disgracieux de la matière servant à coller les pierres semi précieuses ont été retirés. Un fragment ainsi récolté nous a servi d’échantillon pour une analyse par FTIR qui a permis d’identifier de la gomme ammoniaque, une matière collante issue d’une plante originaire d’Iran et d’Inde, le Dorema ammoniacum.

Détail, avant traitement. Autour de l’œil et des pierres bleues, on distingue les amas de gomme ammoniaque en excès ©MAH, photo : F. Bevilacqua

L’examen des cabochons sous la lumière UV a permis de confirmer que les pierres bleues et vertes étaient des turquoises. Quant aux pierres rouges des yeux, l’examen a permis d’écarter la possibilité qu’elles soient constituées d’ambre ou de verre. L’étude encore en cours nous permettra de déterminer s’il s’agit de rubis, de grenats ou de spinelles.

L’analyse du métal par FRX a permis d’identifier les éléments constitutifs de l’alliage. Le corps est un laiton contenant du cuivre, du zinc, de l’étain et du plomb. Les pattes, le cou et la tête, qui sont des parties rapportées, sont faits d’un alliage moins riche en zinc, mais contenant plus d’étain et de plomb. Ces parties sont d’ailleurs aussi d’une facture différente de celle du corps: elles ne présentent aucun ajour ni de grande plage avec des scènes historiées. Elles sont soudées au corps de manière assez grossière avec un alliage de plomb et d’étain.

Dès novembre 2018, ce magnifique dromadaire devrait prendre place dans l’exposition que le musée de l’Ariana prépare actuellement pour rendre hommage à Gustave Revilliod.

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