Serval & Kalonji de retour au MAH

Le peintre et l’artiste graffiti genevois vous donnent rendez-vous pour une nouvelle saison

Lancés en avril 2016, les Rendez-vous d’artistes rempilent pour une seconde saison au Musée d’art et d’histoire. Le peintre et auteur illustrateur de bandes dessinées Kalonji et l’artiste graffiti Serval se remettent au travail un dimanche par mois à partir du 5 mars, en élargissant cette fois leur domaine d’intervention aux différents sites (Maison Tavel, Musée Rath, etc.) et aux expositions temporaires. D’ici là, le MAH fera (re)découvrir le travail mené au cours de la première saison à l’occasion d’un Afterwork le 20 janvier. Une soirée qui permettra de souligner le rôle d’inspirateur tenu par le musée et ses collections auprès des artistes d’aujourd’hui. En guise d’amuse-bouche, revoici l’entretien accordé par Kalonji et Serval en juin 2016.

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots?

Kalonji: Jean-Philippe Kalonji, auteur illustrateur et peintre de bandes dessinées depuis une vingtaine d’années sur la scène internationale et locale. Avec à mon actif des albums de bandes dessinées, des collaborations avec des auteurs étrangers sur des projets spécifiques…

Serval: Serval, dans le milieu du graffiti et de l’illustration depuis une vingtaine d’années à Genève et à l’étranger.

Kalonji et Serval au MAH

Kalonji et Serval au MAH

Que représente une collaboration avec une institution genevoise pour vous qui menez une carrière internationale?

Kalonji: Genève est la ville où l’on a tous les deux grandi, où l’on a débuté nos explorations artistiques, en dehors de tout parcours académique conventionnel… Cela fait longtemps que nous aspirions à une telle collaboration.

Quels souvenirs de jeunesse gardez-vous du MAH?

Serval: L’exposition de Jacques-Laurent Agasse [en 1988], la seule à laquelle mon père m’ait emmené.
Kalonji: La momie! Le bâtiment, qui est un lieu culte, avec ses immenses colonnes, la salle des Armures… Le parquet de l’étage des beaux-arts et les tableaux qui, lorsque l’on est enfant, semblent gigantesques. À l’époque, je me posais déjà des questions sur la manière dont les artistes travaillaient. Mes premiers souvenirs datent du cadre scolaire, puis je suis revenu de moi-même ou poussé par des mentors: «vas-y, pose-toi, comprends, apprends, recherche, observe, prends ton temps, prépare ton œil, regarde bien les choses avant de dessiner…» Il n’y a pas meilleure école qu’un musée.

Au travail dans les salles d'archéologie

Au travail dans les salles d’archéologie. RDVA Beau comme un dieu, avec Guy Mérat, le 1er mai 2016

Et que représente ce musée pour vous aujourd’hui?

Kalonji: C’est un lieu sacré mais accessible. Le MAH est devenu ma maison; je m’y retrouve lorsque je bloque sur des scénarios ou des compositions. Une fois dans les salles à observer les œuvres, des solutions apparaissent. Tant sur le plan artistique que sur celui de la culture générale, c’est un lieu fantastique.
Serval: Le MAH a aussi un côté intimidant, car on peut se retrouver face à des monstres de 4 ou 5 mètres de long de facture très classique, sur lesquels on peut s’attarder pendant des heures pour tenter de comprendre la technique. Avec Kalonji, on s’est rendu compte, au fil dans nos échanges depuis une quinzaine d’années autour de la peinture, à quel point le contact physique avec les tableaux était indispensable. Ici, tout est «vrai». Même dans la salle des Armures, il ne manque que le sang sur les armes!

Comment ce projet des Rendez-vous d’artistes est-il né?

Serval: L’idée m’est venue car j’ai l’habitude de venir ici avec mes enfants, pour dessiner le dimanche. Les gens s’arrêtent, regardent, tandis qu’avec mes enfants on discute de nos créations. J’ai beaucoup appris de ces séances et j’ai réalisé que cette démarche était surprenante aux yeux des visiteurs alors qu’elle est, pour moi, des plus naturelles – en tant que grapheur, j’ai l’habitude de peindre en public. Je trouvais intéressante l’idée de créer une dynamique autour de ces recherches. L’activité artistique est devenu mythique au cours du siècle dernier, or ce n’est pas de la magie noire, c’est du travail! La rencontre avec le MAH s’est fait en toute simplicité. Cela a donné lieu à des échanges d’idées intéressants sur la manière de procéder, pour élaborer la liste des invités, les salles à investir, les intentions à donner… Le musée est devenu notre atelier avec une facilité déconcertante.
Kalonji: C’est une vraie collaboration, une construction qui a pris plusieurs mois. On est tous les deux été impressionnés par l’accueil, le soutien et l’enthousiasme hors de commun dont fait preuve le Musée d’art et d’histoire.

Kalonji inspiré par les frises des salles grecques

Kalonji inspiré par les frises de la Grèce antique

Comment avez-vous élaboré le contenu de ces rendez-vous?

Serval: En se promenant dans le musée, en repérant toutes les œuvres qui nous plaisaient et les bonnes conditions d’éclairage. Nos envies et celles du musée ont pu diverger au moment de la sélection : la mise en place d’un projet où se rencontrent nos goûts et nos passions et les œuvres importantes du musée était justement très intéressante. Au final, rien ne nous a été imposé. Le retable de Konrad Witz, par exemple, était un passage obligé aux yeux du MAH. Nous avons fini par accepter au terme de discussions enrichissantes. À l’inverse, la salle européenne, dont les pièces ne sont pas les plus célébrées, nous touche particulièrement. Pour ce qui est de la liste des invités, on a puisé dans nos cercles de connaissances.
Kalonji: Curieusement, plusieurs personnes ont décliné l’offre par crainte de travailler en public, chose qui justement nous enthousiasme. Parce que nous ne venons pas des circuits traditionnels où l’on apprend l’art dans des milieux fermés entre élèves.

Que recherchez-vous lors de ces séances?

Serval: On a souvent entre nous des discussions techniques, que le public ne soupçonne pas. Nous souhaitons partager la notion de « processus d’élaboration »: avant d’être une représentation, une œuvre d’art figurative est un objet. Et nous voulons faire naître un regard critique, pour montrer qu’un artiste n’est pas infaillible. Agasse, par exemple, est célèbre pour la perfection de ses chevaux. Son Orang-outang est en revanche complètement disproportionné! L’histoire de l’art parle principalement de ce qui est représenté, pas de l’acte créatif. Nous, on aime le son du crayon.

Serval inspiré par le retable de Konrad Witz. RDVA Le Lac des signes, avec Victor Lopes, le 17 avril 2016

Serval devant le retable de Konrad Witz. RDVA, Le Lac des signes, avec Victor Lopes, le 17 avril 2016

Que bilan tirez-vous de vos premières séances?

Kalonji: Le Lac des signes, autour du retable de Konrad Witz, était la première, et donc la plus difficile. On ne savait pas trop comment s’y prendre et si on apprécie cette pièce pour des raisons techniques et historiques, elle est loin d’être notre préférée. Le public a eu la chance de profiter de la présence de Victor Lopes, conservateur-restaurateur du MAH. Lui et le médiateur ont permis à la séance de gagner en interactivité en expliquant l’opération aux visiteurs.
Serval: Le principe est qu’il n’y a pas de public. On est tous le public de ces œuvres et on est tous là pour en faire quelque chose. Les gens arrivent avec leurs carnets, dessinent ou posent tout simplement des questions. Lors de la deuxième séance, 25 ou 30 personnes dessinaient tandis que plusieurs groupes discutaient entre eux au sujet des vases grecs et de l’Antiquité. Il y avait une véritable émulation. Le MAH nous permet de partager des émotions, des interrogations, des recherches. C’est un grand shoot d’adrénaline qui nous inspire pour le reste de notre travail car, quels que soient les codes contemporains, on finit toujours par revenir à la source.

Les soldats de La Délivrance de Saint Pierre par Konrad Witz, vus par Kalonji

Les soldats de La Délivrance de Saint Pierre par Konrad Witz, vus par Kalonji

La séance varie-t-elle en fonction de l’invité?

Kalonji: C’est la salle qui donne le ton, et nous avons choisi les intervenants en fonction.
Serval: Jusqu’à présent, chaque invité nous a apporté ce qu’il nous manquait. Victor Lopes nous a tout dit de la restauration du retable de Konrad Witz; en salle Grèce antique, Guy Mérat, ancien directeur de l’École des arts décoratifs à Genève et spécialiste de l’esthétique, a enrichi nos échanges sur la notion de beauté; au milieu des œuvres contemporaines, Raphaël Pasquali, directeur d’une agence de communication mais aussi peintre et sérigraphe, a animé une discussion à bâtons rompus qui donnait tout son sens à notre présence dans cette salle. De l’enfant à l’amateur éclairé aux questions très pointues, tout le monde ressort grandi de ces séances.

Fruit de la session sur la peinture contemporaine avec Raphaël Pasquali. RDV White cube, le 5 juin 2016

Fruit de la session sur la peinture contemporaine avec Raphaël Pasquali. RDVA White cube, le 5 juin 2016

Qu’attendez-vous des prochaines sessions de travail?

Kalonji: On se réjouit de chaque séance car c’est l’inconnu. La spontanéité est de rigueur; j’aime partir sans idée préconçue, avec des outils dont je n’ai pas l’habitude. Pour ce dimanche 3 juillet, Noir de momie en salle Égypte avec Alyaa Kamel, j’ai envie d’arriver avec des Néocolors bien gras que je n’utilise jamais. Le but est aussi de se donner des défis.
Serval: Il est important pour nous de jouer le jeu. À la première session, j’avais acheté une boite de pastels durs, un médium que je n’avais jamais utilisé non plus. Et sachez que nous sommes tous les deux très anxieux avant chaque rendez-vous! Cela dit, le MAH nous a mis dans une position tellement confortable que, quoi qu’il arrive, on sait que cela se passera bien.

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l Catégorie: Blog, Vie du Musée.

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