« Saint Jérôme dans son étude » I

Des confins au confinement

Ce tableau représentant Saint Jérôme et attribué au peintre anversois Hendrick II van Steenwijk (1580-1649) met en scène un vieil homme attablé dans le fond d’une salle, dont le chapeau cardinalice est accroché au dossier de la boiserie (fig.1).

Cet homme à la barbe blanche, absorbé dans l’étude et l’écriture, s’est placé sous une grande fenêtre – constituée de pièces de verre en cul-de-bouteille – laissant filtrer la clarté du jour et modulant la lumière de la pièce de teintes pâles et colorées.

Fig. 1. Hendrick II van Steenwijk (1580-1649),  Jérôme dans son étude, 1634
Huile sur toile, 32,5 x 50 cm, état avant traitement ©MAH, inv. 1942-24

Ce vieillard est entouré d’objets qui font allusion d’une part à sa dignité intellectuelle, comme les livres et les boîtes de documents disposés sur les étagères, et d’autre part à la vanité de l’existence humaine, comme le miroir convexe noir où se réfléchit sa silhouette, les sabliers, l’horloge ou le triptyque représentant un  Jugement dernier placé au mur, face à la fenêtre. Sur la paroi du fond, une porte gothique mène à une chapelle ornée d’un retable.

Aux pieds de l’homme, un lion domestiqué est allongé au centre de l’espace. Il veille sur son maître, tout en nous invitant du regard à suivre cet exemple vertueux.

La composition repose sur une invention eyckienne, relayée au début du XVIsiècle par Albrecht Dürer (1471-1528) qui insuffle au thème de l’intellectuel au travail une dimension métaphysique, en insistant sur la brièveté de l’existence, contre laquelle la production humaine doit lutter pour lui survivre. Elle dérive en particulier d’une gravure de 1514 (fig.2), dont elle propose une lecture adaptée au goût du début du XVIIsiècle, attestant également de la persistance du succès commercial connu par le grand maître allemand.

Fig. 2. Albrecht Dürer (1471-1528), Saint Jérôme dans sa cellule, 1514
Gravure au burin, 247 × 188 mm © Photo: DR

Les attributs et la mise en scène permettent aisément de reconnaître l’un des quatre Pères de l’église latine: Jérôme de Stridon (vers 347-420) – moine devenu ermite dans le désert syrien de Chalcis (375-378) – nommé secrétaire du pape Damase 1er en 383, qui lui confiera la traduction d’une Bible en latin.

Des confins du désert, Jérôme choisit le confinement d’un monastère double, qu’il fonde en 386 à Bethléem, regroupant moines et moniales sous une même autorité. Durant les trente-quatre dernières années de sa vie, Jérôme va se consacrer à son grand œuvre: la composition de cette Bible latine à partir des textes hébreux et grecs de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Cet ouvrage, connue sous le nom de Vulgate – essentiellement diffusé en Occident –deviendra le premier livre imprimé en 1455 par Johannes Gutenberg (vers 1400-1468).

 

La suite dans : « Saint Jérôme dans son étude » II

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