détail de "Sabina Poppaea", Ecole de Fontainebleau, © MAH, inv. 1841-1

Sabina Poppaea s’est fait refaire une beauté!

Retiré des salles beaux-arts au mois de mars dernier, le tableau Sabina Poppaea a fait l’objet d’un traitement de restauration-conservation mené au sein des ateliers du Musée d’art et d’histoire avant d’être ré-accroché à la mi-octobre. À (re)découvrir dans les salles et à travers les propositions de la médiation culturelle.

Peinte à mi-corps, Sabina Poppaea, l’épouse de Néron, défie le spectateur de son regard franc, de sa beauté saisissante et de son sourire légèrement ironique. Jouant de ses mains et de ses bras pour feindre un geste de pudeur, elle révèle sa nudité et son corps voilé, contrastant avec un fond uni et sombre.

Le tableau a suscité de nombreuses interprétations quant à l’attribution, la datation et le modèle consacré. Daté généralement vers 1550-1560, il fait partie d’un groupe de compositions de maîtres anonymes, dépendant de l’École de Fontainebleau, qui s’inspirent du thème de la Dame à sa toilette et de la Dame au bain. Il s’agit probablement d’un portrait de Diane de Poitiers: un portrait idéalisé sous les traits d’une courtisane inspirée d’une version nue de la Joconde de Léonard de Vinci ou dérivant directement des portraits sculptés antiques.

Minutieux travail de conservation et de restauration

La peinture est réalisée sur un panneau en chêne constitué de trois planches verticales assemblées à joint vif. Le support d’origine a été aminci dans les années 1940 à une épaisseur d’environ 2 mm, pour être collé sur un contre-plaqué. Un dessin sous-jacent, réalisé à sec (à base de carbone), indique les contours du cartouche et de la figure féminine. La couche picturale se caractérise par une matière fine et translucide. Le modelé du visage, délicat et coloré, est traité par estompe, contrastant avec un arrière-plan opaque et sombre.

L’intervention de conservation et restauration a permis le retrait des vernis oxydés et jaunis ainsi que du repeint noir appliqué sur le fond, révélant une subtile harmonie des couleurs et la mise au jour d’une facture de grande qualité où le visage traité par de fins glacis contraste avec un traitement plus libre du corps, des mains et du voile.

Sous le repeint couvrant l’arrière-plan, une fine couche brune, très dure et insoluble, a été retrouvée. Celle-ci a été conservée en raison de la fragilité de la couche picturale originelle. Des mastics ont par la suite été posés sur les lacunes et le long des joints, pour permettre une réintégration à l’aquarelle.

Une fine couche de vernis naturel a été appliquée au pinceau et de fins glacis, réalisés avec des pigments purs et une résine synthétique, ont été employés pour finaliser le travail. La peinture a finalement été protégée par une légère couche de vernis, appliquée par pulvérisation, conférant à l’œuvre un effet de surface satiné.

 

Sabina Poppaea en mars 2013, avant le début des travaux de conservation-retauration

Le tableau après le nettoyage des vernis et le retrait du surpeint du fond

Sabina Poppaea retrouve sa beauté, après la pose des bases à l’aquarelle et de la couche de protection intermédiaire.

Un riche programme de médiation

Réaccrochée dans le cabinet 18, dans l’attente du réaménagement de la salle 1 où elle devra reprendre sa place au cours du printemps 2014, la Sabina Poppaea entretient un dialogue muet, mais riche, avec Femme à la toilette, un pastel de Degas. À plusieurs siècles d’écart, nous retrouvons le souci commun, quoique radialement différent, de dévoiler l’intimité de la femme.

Pour accompagner son retour en salle, un programme de médiation spécifique a été élaboré. À côté d’une journée d’étude, le vendredi 28 février 2014, qui révélera les dessous de sa restauration, l’œuvre servira de point de départ à une série de propositions sur la thématique plus large du portrait.

La figure de la Sabina Poppaea concentre en effet des caractéristiques favorisant des visites transversales entre les collections beaux-arts et les collections archéologiques. Portrait imaginaire, l’œuvre soulève la question de l’idéal de beauté, de la mise en scène du modèle et du détournement des codes de représentation traditionnels: une dame de la Cour de François Ier, peut-être Diane de Poitiers, a prêté ses traits à l’impératrice, réputée quinze siècle auparavant pour sa beauté et ses intrigues. Ainsi, Sabina Poppaea sera-t-elle mise à l’honneur lors de deux dimanches thématique: le 2 février 2014, autour de la problématique de la mise en image des récits antiques au fil du temps et le 2 mars 2014, sur la référence à l’antique dans la représentation du corps.

Mais dès cet automne et durant toute l’année scolaire 2013-2014, c’est essentiellement sur le jeune public dans et hors cadre scolaire que l’accent est mis. Moments familles, visites spécifiques pour les écoles des degrés primaires, secondaires et post-obligatoires, dossier d’aide à la visite pour les enseignants ou encore parcours-découverte, autant de rendez-vous sur mesure, dans les pas de Sabina, pour explorer les collections du Musée d’art et d’histoire.

Ce texte a été rédigé par Isabelle Burkhalter, Victor Lopes, Laurence Madeline et Helena de Melo

Cette opération autours de la Sabina Poppaea est réalisée grâce au généreux soutien de la Fondation BNP Paribas Suisse.

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Une réponse à Sabina Poppaea s’est fait refaire une beauté!

  1. avatar LAGACHE dit :

    Magnifique travail de restauration autour d’une oeuvre majeure du musée laquelle suscite bien des commentaires auprès d’un public de jeunes qui nous rappelle que les critères sur la notion de beauté continuent d’évoluer de génération en génération.

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