Rendez-vous avec les œuvres du musée

Le speed dating au MAH: quinze minutes pour convaincre…

Lancées en octobre 2015, les Afterworks sont devenus un rendez-vous incontournable de la vie du Musée d’art et d’histoire. Dès le 22 septembre, une nouvelle saison débute avec une soirée placée sous le thème du noir et blanc. Suivront, le 17 novembre, une invasion de héros et de chevaliers dans le cadre de l’exposition Châteaux forts et Chevaliers, et, le 20 janvier, un rendez-vous avec les artistes Serval et Kalonji et leurs invités.

Clé de voûte des Afterworks, les séances de speed dating – un commentaire d’une quinzaine de minutes consacré à une œuvre ou à un ensemble d’œuvres – remportent toujours un franc succès. Cet engouement nous conforte dans l’idée d’en faire le fil rouge de nos futures manifestations de fin de journée! Mais pourquoi cette formule?

Permettre la (re)découverte de nos collections à un public élargi, et notamment à celles et ceux dont l’activité professionnelle ne permet pas de se rendre au musée durant les heures d’ouverture, compte parmi les motivations principales des soirées Afterwork. Dans ce contexte, l’idée d’une présentation courte, enlevée, parfois décalée, d’une œuvre attachée à un thème précis s’est imposée d’elle-même. La formule a ensuite été développée en faveur de l’une des intentions majeures de l’événement: la délectation du public. Et ses trois caractéristiques principales sont: la diversité des sujets abordés, la répétition des rendez-vous de speed dating durant la manifestation et l’élaboration d’un contenu adapté.

Rendez-vous devant l’Apollon Sauroctone (1er quart du IIe siècle), lors de la soirée Voyage en Italie, le 1er octobre 2015 © MAH, photo : Mike Sommer

Rendez-vous devant Le Triomphe de David (v. 1645-1650) d’Andrea Vaccaro, lors de la soirée Voyage en Italie,
le 1er octobre 2015 © MAH, photo: Mike Sommer

La diversité des sujets

Lors de chaque Afterwork, quatre à cinq sujets différents sont au programme. Le choix des œuvres concernées n’est évidemment pas dû au hasard. Il découle du thème de la soirée, lui-même déterminé en lien avec l’actualité du musée et les activités culturelles du moment. La pluridisciplinarité des fonds est ainsi mise en valeur, grâce à une approche transversale des collections d’archéologie, d’arts appliqués et de beaux-arts. Lors de l’Afterwork Voyage en Italie, qui suivait un réaccrochage de plusieurs salles de peinture, ont ainsi été présentées des œuvres peintes et sculptées par les artistes de la péninsule italique, ou découvertes là-bas: Le Triomphe de David d’Andrea Vaccaro, Vénus et Adonis d’Antonio Canova, et deux statues romaines, la copie d’époque impériale de l’Apollon Sauroctone de Praxitèle, ainsi que le Trajan représenté en Diomède, mis au jour à Ostra Vetere, non loin d’Ancône.

Rendez-vous devant l’Apollon Sauroctone (1er quart du IIe siècle), lors de la soirée Voyage en Italie, le 1er octobre 2015 © MAH, photo : Mike Sommer

Rendez-vous devant l’Apollon Sauroctone (1er quart du IIe siècle), lors de la soirée Voyage en Italie,
le 1er octobre 2015 © MAH, photo: Mike Sommer

Durant la Nuit de l’Horreur, le choix s’est d’une part porté sur des œuvres aux scènes violentes – Déploration du Christ et saints, peint par Alvise ou Luigi de Donati, Judith tenant la tête d’Holopherne de Marco Palmezzano, et enfin la Décollation de saint Jean-Baptiste de Juan de Flandres – et d’autre part sur des pièces emblématiques d’un sujet délicat parmi tous mais évidemment de circonstance: la présentation de restes humains dans les musées. Ce thème était évoqué à travers le squelette gaulois de saint Antoine et la dame Tchesmoutpert, noble thébaine momifiée. Arrivée à Genève au début du XIXe siècle, elle est aujourd’hui exposée dans la salle égyptienne, reposant à l’intérieur de son cercueil.

L’Afterwork du Monde imaginaire a quant à lui été marqué par l’installation audiovisuelle Niche, mise en place dans le cadre du festival Présences Électroniques Genève. Le dispositif sonore en octophonie, doublé de jeux de lumières synchronisés, proposaient une expérience multi-sensorielle, destinée à extraire les visiteurs de la réalité de l’endroit et du moment. Les séances de speed dating, dont les sujets ont été choisis pour la part d’imaginaire qu’ils contiennent, se sont inscrites dans cette lignée. Elles se sont ainsi intéressées à la Fontaine personnifiée (1837), figure intrigante s’il en est, de Jacques-Laurent Agasse, ainsi qu’au duel mythologique qui oppose le héros grec Persée à un terrible monstre, représenté par Félix Vallotton sous la forme d’un crocodile ridicule. D’autres rendez-vous s’interrogeaient sur les possibilités oniriques infinies que suscitent les nuages peints par Ferdinand Hodler; sur les richesses inépuisables des croyances dans l’Au-delà des Égyptiens; et sur l’effort d’imagination demandé aux admirateurs des sculptures antiques, presque par essence fragmentaires, pour comprendre à quoi ressemblaient les originaux.

Rendez-vous devant Persée tuant le dragon (1910) de Félix Vallotton,  lors de la soirée Monde de l’imaginaire, le 26 novembre 2015 © MAH, photo : Mike Sommer

Rendez-vous devant Persée tuant le dragon (1910) de Félix Vallotton,
lors de la soirée Monde de l’imaginaire, le 26 novembre 2015 © MAH, photo: Mike Sommer

La répétition des rendez-vous

Une fois le «vocabulaire» choisi, il est primordial de penser à la «grammaire». Toujours dans la perspective d’offrir au public un moment de détente, chaque visiteur doit pouvoir naviguer dans le menu proposé. La répétition de chaque rendez-vous (entre 4 et 6 fois dans la soirée), permet à chacun d’y assister à sa guise. De cette manière, les visiteurs peuvent en suivre plusieurs durant la même soirée tout en profitant des autres propositions, elles-aussi préparées en résonance avec les thèmes précités: assister à une performance musicale, théâtrale ou de danse; découvrir une installation; participer à un atelier de sérigraphie, ou encore retrouver ses amis autour d’un verre, dans un cadre inattendu.

Le propos du speed dating

Le propos du speed dating fait l’objet d’une préparation particulière: comme son nom l’indique, il s’agit d’un rendez-vous. Mais une rencontre de quinze minutes pour faire la connaissance d’une œuvre, c’est peu…Car les pièces choisies le sont précisément en raison de leur intérêt artistique et historique, ainsi que de leur capacité à cristalliser une riche problématique. Mais c’est en même temps beaucoup, dans la mesure où il n’est pas question de s’adresser ici à un groupe dont la venue est programmée, et qui connaît les modalités précises de la proposition – la visite en une heure d’une exposition temporaire, par exemple. Au-delà d’informer, le speed dating doit convaincre, intéresser et séduire. L’intention est aussi de donner des clés au visiteur afin de prolonger librement sa (re)découverte des collections, en suivant un autre rendez-vous de speed dating ou, pourquoi pas, en revenant au MAH en dehors des Afterworks – ce qui est souvent le cas.

En guise de conclusion

Pour finir sur une touche personnelle, il faut souligner que, vu de l’intérieur, se prêter à l’exercice du speed dating est passionnant. Parmi les autres propositions qui rythment la vie du musée, cette formule démontre à coup sûr la passion qui guide les médiateurs quotidiennement dans la mise en valeur de collections.

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l Catégorie: Blog, Vie du Musée.

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