Remise en beauté du salon de Cartigny

Les boiseries du XIXe siècle ont été nettoyées et restaurées

Dans le cadre de la présentation Le Salon de Cartigny à l’heure néoclassique qui, depuis octobre dernier, met en valeur une sélection d’objets d’inspiration antique des collections d’arts appliqués du musée, les boiseries originales du salon du château de Cartigny ont bénéficié d’un chantier de restauration durant l’été 2019.

Intégrées par l’architecte Marc Camoletti dans une salle du Musée d’art et d’histoire à sa création en 1910, ces boiseries proviennent de la maison Duval, appelé aussi château de Cartigny, sise dans la campagne genevoise. Elles sont l’œuvre de Jean Jaquet (1754-1839), ornemaniste genevois réputé qui fit valoir ses talents de maître d’œuvre et de sculpteur d’ornements dans de nombreuses demeures de la ville et du canton à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. L’ensemble décoratif déposé au MAH consiste en une cheminée et deux consoles surmontées de trumeaux de glace; de colonnes et pilastres de style corinthien; de panneaux finement sculptés évoquant la science, la musique, l’agriculture et les armes; quatre portes et quatre fenêtres.

Nettoyage en profondeur

Le traitement a débuté par un dépoussiérage au moyen de pinceaux de tailles et de duretés différentes pour traiter les parties sculptées ou plates, et de deux aspirateurs à filtres de particules fines pour éviter le rejet de poussières dans la pièce, le tout aidé d’un pont mobile pour accéder aux parties hautes (fig.1).

Fig. 1 Le salon de Cartigny prêt pour une opération de nettoyage en profondeur

Certaines parties salies ont nécessité un nettoyage sélectif plus poussé, notamment toutes les zones de contact avec le public comme les encadrements de portes sur le cheminement de visite et les marbres, ainsi que les zones manipulées par le personnel du musée comme les fenêtres (fig.2). Les parties moulurées horizontales à hauteur de main comme les bases des pilastres et des colonnes, étaient assombries probablement à cause du dépoussiérage régulier de ces zones qui, avec le temps, avait fini par incruster plus profondément certaines particules grasses de poussière (fig.3).

Fig. 2 & 3 Les zones de contact en cours de nettoyage

Les plinthes qui font le tour de la pièce étaient particulièrement encrassées par les opérations de cirage du parquet qui, à force, ont masqué leur finition peinte imitant un marbre blanc veiné de gris. Leur nettoyage a nécessité l’usage d’un solvant apolaire capable de dissoudre les vieilles cires. Relevons qu’une peinture initiale imitant également le marbre a pu être observée sous la couche actuelle, celle-ci datant probablement de la mise en place des boiseries dans la salle du musée (fig.4). Les salissures ont été enlevées à l’aide d’une solution tampon de pH 7.

Fig. 4 Les plinthes révélant une ancienne couche de peinture imitant le marbre

Opération restauration

La restauration a ensuite permis de stabiliser les fentes présentes dans les boiseries et les corniches en plâtre par leur masticage. Si les panneaux des boiseries doivent pouvoir s’élargir ou se rétrécir dans leur logement au gré des fluctuations climatiques, ceux-ci ont sans doute été contraints par les couches de peinture successives. Les fentes anciennes ont donc été comblées avec un mastic réversible à base aqueuse. Pour une meilleure consolidation, les dégâts dans la corniche en plâtre ont été traités avec ce même mastic mais additionné de colle animale. Un pied de console endommagé a, quant à lui, nécessité une restauration plus complexe: deux des quatre griffes étaient cassées et désolidarisées et il a fallu reconstituer une griffe manquante avec du bois neuf et la repeindre (fig.5).

Fig. 5 Restauration d’un pied de console

Enfin, il a fallu repositionner un cadre de panneau de boiserie trop étroit, défaut qui provient probablement déjà de la mise en place du décor en 1910. Un jour important apparaissait entre le cadre et le montant, et tout le panneau s’était déplacé vers l’intérieur de la paroi, une situation pouvant s’aggraver lors de pressions volontaires ou non d’un visiteur. Comme il était impossible de consolider la structure par l’arrière, un système de fixation a été inséré sur la face sous forme de petites équerres métalliques faites sur-mesure. Ce repositionnement n’ayant pas permis de supprimer le jour entre les parties, des bandelettes de gaze ont été collées sur la toute la longueur pour ensuite pouvoir combler l’ouverture par un joint de mastic. La couleur de celui-ci a été retouchée pour intégrer la réparation dans les teintes des boiseries (fig.6 et 7).

Fig. 6 Repositionnement d’un panneau de boiseries

Fig. 7 Schéma du système de repositionnement du panneau de boiseries

Heureux hasard d’une restauration

Une information importante sur la datation de la finition actuelle des boiseries est apparue lors de ces opérations de repositionnement. En effet, d’anciens feuillets de journal ont pu être extraits de la longue fente entre le montant et le cadre du panneau qu’ils servaient à colmater. La lecture de ces fragments recouverts d’un joint de mastic peint a permis d’identifier des articles traitant de questions politiques à Cuba et en Irak remontant à 1958 (fig.8). Il est donc possible d’imaginer que tout ou partie des boiseries a été repeint cette année-là au musée, sachant que l’ensemble du décor l’avait certainement déjà été en 1910, lors de son intégration dans la salle.

Fig. 8 Fragments d’un journal datant de 1958

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