Linteau brisé décoré d'un sphinx, Egypte, règne d'Akhénaton, vers 1350 av. J.-C. © MAH, Inv. 027804, photo: J.-M. Yersin

«Qui prête, empruntera»

Dans le monde des musées d’aujourd’hui, où les expositions temporaires ont pris une place décisive, le fait de posséder des collections riches et abondantes est un atout important pour développer une politique internationale.

Ainsi, le Musée d’art et d’histoire, qui conserve près de 700’000 œuvres d’arts et objets d’histoire, est sollicité au quotidien pour des prêts. C’est donc une des tâches majeures du personnel scientifique que de préparer des dossiers techniques sur la faisabilité ou non de ces prêts. Il appartient ensuite au directeur de trancher, sur proposition des chefs de pôle scientifique (Beaux-arts et Histoire) et après consultation des conservateurs de collection.

Mais attention, car «qui prête, empruntera»: refuser un prêt à un musée qui comporte toutes les garanties sans une réelle motivation n’est pas professionnel et expose à des refus lorsque, à son tour, le musée sera demandeur. Il faut donc peser les arguments du demandeur avec soin. Le premier d’entre eux est la nature de l’institution. En général, on ne prête qu’à des musées et fondations de droit public ou privé comportant toutes les garanties de sécurité, de transport, d’assurance et de convoiement… Tout ceci étant attesté par un document de présentation de l’institution et de ses conditions d’accueil (facility report).

Certaines œuvres, par leur importance pour le musée et/ou à cause de leur fragilité extrême, ne sont jamais prêtées. C’est le cas du célèbre retable de Konrad Witz et de quelques très rares œuvres.

Le prêt doit se justifier et chaque demande doit être accompagnée d’un projet scientifique qui montre que l’œuvre demandée a sa place dans le scénario de l’exposition. Il ne saurait être question de déplacer des œuvres pour des raisons mercantiles ou dénuées de réflexion autour d’un thème clairement défini.

Des remplacements à prévoir

De plus, on ne doit pas consentir à des prêts importants sans prévoir des œuvres de substitution pour éviter au public la désagréable surprise de trouver une étiquette mentionnant le lieu et la durée de l’exposition emprunteuse.

Ainsi, à l’occasion de la grande rétrospective consacrée à Vallotton qui se tiendra successivement au Grand Palais à Paris puis à Amsterdam et Tokyo, le Musée d’art et d’histoire sera le principal prêteur. Il a donc fallu imaginer, pour une année, une présentation tout à fait originale, puisant dans les réserves. Le public pourra la découvrir à partir du mois de septembre 2013.

Enfin, il est un aspect du prêt que l’on évoque peu: c’est l’apport scientifique qu’il peut apporter. Si certaines œuvres sont constamment demandées – et souvent refusées – par des commissaires d’exposition peu inventifs, d’autres requêtes sont l’occasion de réévaluer une œuvre trop longtemps restée en réserve. Celle-ci fait alors l’objet d’une étude complémentaire avant de partir. Le processus de prêt est un moment privilégié dans la vie d’une œuvre d’art pour la voir «vivre» dans un autre contexte et comprendre les motivations de l’emprunteur. C’est le cas notamment de certains de nos objets partis au Mucem ce printemps.

Outre l’évident intérêt des prêts en matière de communication, l’œuvre fait l’objet d’une nouvelle approche et l’emprunteur sera davantage bienveillant lorsque, à son tour, le Musée d’art et d’histoire deviendra emprunteur.

On le voit, ce type d’opération fait non seulement partie de la vie scientifique du musée mais en assure sa notoriété.

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