Qu’est-ce qu’un musée d’histoire aujourd’hui?

L’historien français Lucien Febvre définissait l’histoire comme une «science de l’homme étudiant, dans le temps et dans l’espace, les changements qui ont différencié et qui continuent à différencier les uns des autres, les divers groupes de l’humanité. Et comme l’homme est un tout vivant, elle n’exclut de sa recherche aucune des fonctions, aucune des manifestations de ce tout vivant».

Le musée n’est pas le lieu où s’élabore l’histoire; il restitue au public – à tous les publics – l’acquis de la recherche, en s’appuyant sur des collections forcément lacunaires et qu’il n’a pas choisies. Alors, comment exprimer cette mémoire collective, qu’elle soit celle d’une communauté ou d’un peuple, sans la trahir et en la rendant intelligible au plus grand nombre? L’histoire de la muséologie démontre qu’il n’y a pas de discours immuable et que la présentation doit accompagner son temps avec l’aide des technologies de l’information, sans jamais céder à la facilité.

Qu’on le veuille ou non, un musée se définit par ses collections. On doit certes les enrichir sans cesse, mais elles constituent aussi ses limites. Je crois que cette fragilité évidente des musées d’histoire est l’une des causes de leur succès. On vient dans les salles pour apprendre des fragments d’histoire qui s’inscrivent dans un savoir global.

L’identification par la collection

On mesure bien ainsi la complexité de la tâche et la difficulté à tenir un discours historique cohérent avec certaines collections constituées sur des critères esthétiques, typologiques ou au hasard des donations. Là où le discours de l’historien de l’art s’impose, celui de l’historien de la société se construit patiemment. La notion de musée des beaux-arts est tout de suite claire, celle de musée de société n’est pas encore passée dans le langage courant car elle n’exprime pas immédiatement le type de collections. Ce phénomène vient de l’origine même du musée où l’identification d’un établissement se fait suivant la nature typologique des collections: archéologie, histoire naturelle, ethnologie…

L’archéologie comme exemple

Destinés aux spécialistes, les musées, au moins jusqu’au milieu du XXe siècle, sont classés suivant leurs capacités à présenter des séries typologiques les plus complètes possible sans autre souci scénographique que la lisibilité scientifique et technique de l’objet.

Prenons ainsi l’exemple de l’archéologie. En tant que discipline scientifique, l’archéologie est considérée comme une science auxiliaire de l’histoire dont l’unique finalité est d’apporter des matériaux nouveaux aux historiens dans tous les champs de la connaissance historique. Le concept, apparu dans les années 1980, d’archives du sol exprime très bien cette fonction première de l’archéologie.

La démocratisation des musées au cours des dernières décennies a clairement montré qu’un musée d’archéologie strictement typologique, et d’une certaine manière non historique, n’intéressait qu’une faible partie du public. On pourrait étendre ce raisonnement aux musées d’histoire naturelle qui ont connu le même cheminement ainsi qu’à une large part des musées d’ethnologie. Ainsi ces spécialisations fondées sur la classification des objets-témoins de l’activité humaine s’avèrent, au fil du temps, de moins en moins compatibles avec les demandes du public et doivent repenser leur rôle dans la diffusion de la culture.

C’est sur ce substrat muséal à caractère plus idéologique que pédagogique que repose la genèse des musées d’histoire tels que nous tentons de les envisager. Le musée d’histoire compris au sens moderne est d’abord celui d’un lieu, d’un espace social et politique défini. Une communauté humaine va décider de la construction ou de la rénovation d’un musée pour faire connaître son histoire à ses enfants, à l’étranger-touriste ou au nouveau résident.

Oser la reconceptualisation!

À Genève, ce travail est en cours avec, pour contrainte, le lien organique qui doit unir l’art et l’histoire en un même lieu. Pour mieux répondre à l’attente du public de demain, la construction et l’application d’un concept original de musée d’art et d’histoire est indispensable.

La dimension historique doit trouver son propre champ d’action muséographique pour mieux affirmer sa place aux côtés des beaux-arts. Un projet de rénovation du Musée d’art et d’histoire de Genève sera une occasion unique de reconceptualiser ce discours général et de réaliser un musée exemplaire.

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