Premiers regards à la Maison Tavel

Les débuts de la photographie en Suisse romande sont à découvrir grâce à la Fondation Auer Ory

La photographie n’a pas encore fêté son bicentenaire, mais l’aisance avec laquelle nous enregistrons et diffusons quotidiennement des images pourrait nous laisser croire qu’elle est vieille de plusieurs siècles. En revenant aux prémices de l’invention, Pionniers de la photographie en Suisse romande à la Maison Tavel propose de retourner sur ces lieux du passé que nous croyons connaître et qui ont pourtant encore bien des merveilles à révéler.

Sébastien Straub, Vue du port du commerce et du Jardin anglais Genève, vers 1854
Calotype, 202 x 285 mm © Fondation Auer Ory, inv. FAO 49129

Cette exposition n’aurait pu voir le jour sans la précieuse collaboration de Michèle Auer Ory et Michel Auer: collectionneurs au long cours, ils ont réuni un fonds exceptionnel et préservé nombre de trésors. À travers une sélection d’oeuvres tirées exclusivement de leur fondation et datées de 1840 à 1865, le public pourra retrouver la précision des daguerréotypes – ces pièces uniques, réservées à une élite – et la douceur des tirages sur papier, dont la duplication est rendue possible grâce à la mise au point du support négatif. Autant d’empreintes du réel qui auront pourtant suscité aussi bien réticence qu’enthousiasme. En suivant les pas de quelques-uns des pionniers qui, en Suisse romande, ont saisi tout l’intérêt de la nouveauté, l’exposition rend aussi hommage à un métier. Issus pour la plupart des domaines de la science comme de l’art, les photographes créent une discipline dont le dilemme est alors qu’elle ne peut – ni ne veut – se distinguer des beaux-arts. Tout en ajoutant une pierre essentielle à l’édifice d’une ère industrielle qui prône le progrès, c’est à travers la richesse de leurs sujets qu’ils vont, petit à petit, gagner le respect de leurs contemporains.

Auguste Garcin, Place du Molard Genève, vers 1865
Tirage albumine, 134 x 225 mm © Fondation Auer Ory, inv. FAO 59156

À Genève par exemple, ils font la part belle à l’élégance de la rade, mais rendent compte aussi des mutations urbaines qu’entraîne la disparition des fortifications. Ailleurs, ils parcourent la campagne à la recherche d’un pittoresque qui pourrait se perdre. Explorateurs endurants, ils gravissent les pentes enneigées des alpes et visitent les ruines antiques en Grèce. Enfin, ils ne cessent d’encourager leurs contemporains à venir poser pour eux, seuls ou en famille, déguisés ou vêtus de leurs plus beaux habits. Dans leurs annonces commerciales, ils vantent les rapides progrès de leurs appareils, la luminosité de
leur atelier, la réduction des temps de pose et, bien sûr, le charme naturel que cette image d’eux-mêmes laissera à leur descendance, parce qu’elle est, tout simplement, vraie.

Auguste Garcin, Enfant sur son cheval de bois, vers 1850
Daguerréotype demi-plaque © Fondation Auer Ory, inv. FAO 38848

L’histoire qui s’est écrite au cours des vingt-cinq premières années d’existence de la photographie est à la fois vertigineuse et intemporelle et si, depuis de nombreuses années, la Maison Tavel met en valeur la photographie et le patrimoine historique de la ville, elle offre ici de réunir ces deux thèmes en un seul et même élan.

Commissariat de l’exposition: Alexandre Fiette et Mayte Garcia en collaboration avec Michèle Auer Ory et Michel Auer
Pionniers de la photographie en Suisse romande, Maison Tavel, du 27 septembre 2019 au 29 mars 2020
Nocturne le 28 septembre, dans le cadre du festival No’Photo 2019, jusqu’à 23h.
Cette exposition bénéficie du généreux soutien de Sept Finance
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l Catégorie: Blog, Expositions.

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