Mozart I: l’enfant prodige et l’impératrice

Après un cycle consacré à Schubert et un Voyage musical en Europe, le Quatuor de Genève revient au Musée d’art et d’histoire. Avec un programme dévolu à Mozart et une sélection de pièces de chambre «à emporter sur une île déserte» selon les mots d’André Wanders, violoncelliste du quatuor.

Le premier concert permettra ainsi d’entendre le quatuor avec piano KV 478 en sol mineur, tandis que le vingt minutes, une œuvre introductif invite à faire connaissance avec Marie-Thérèse d’Autriche à travers un pastel du Genevois Jean-Étienne Liotard.

Le quatuor avec piano, une forme nouvelle et rare

C’est le 16 octobre 1785 que Mozart (1756-1791) achève la composition du premier de ces deux quatuors avec piano, sur commande de l’éditeur Hoffmeister qui voulait publier un recueil de trois pièces. Le peu de succès rencontré par les deux premières fit néanmoins abandonner l’entreprise. Née en Angleterre au milieu du XVIIIe siècle, cette forme associant un instrument à clavier avec un trio à cordes (violon, alto, violoncelle) était nouvelle dans la sphère germanique et ne connaissait aucun précédent majeur quand Mozart s’y attela.

Le quatuor avec piano s’apparente chez Mozart à une version miniature du concerto pour piano. Comme un concerto, le quatuor avec piano en sol mineur ne comporte que trois mouvements, et se termine par un rondo. Ainsi que de nombreuses compositions de la même année – celle durant laquelle il devint franc-maçon –, la pièce semble évoquer le passage de l’ombre à la lumière. En effet, l’allegro est sombre, tourmenté, avec des bouffées de légèreté. Il débute par un unisson puissant, suivi d’un thème impérieux, puis par une tension harmonique croissante qui ramène au motif de tête jusqu’à l’unisson final fortissimo. L’andante, tout en douceur, introspectif, contraste fortement. Temps d’apaisement, il n’est pas dépourvu de quelques zones plus sombres et graves. L’allegro-rondo plein d’allégresse et de vivacité boucle ce parcours dans un jaillissement mélodique lumineux.

Plus de vingt ans auparavant, Mozart avait connu le passage de l’ombre familiale à la lumière des Cours d’Europe. En 1763, les Mozart entreprirent en effet un long périple d’exhibition des deux jeunes prodiges de la famille, Wolfgang et sa sœur Maria Anna, dite Nannerl. L’accueil reçu à Munich et à Vienne l’année précédente avait motivé cette tournée.

Mozart sur les genoux de l’impératrice

C’est en effet le 13 octobre 1762 que la famille Mozart est invitée à la Cour de Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780). Dans une lettre datée du 16 octobre, Léopold Mozart écrit que Wolferl (un des surnoms du garçonnet de six ans) a sauté sur les genoux de l’impératrice, lui a passé les bras autour du coup et l’a embrassée. La souveraine ne semble pas s’être formalisée des tendresses peu protocolaires de l’enfant, qui repart avec un costume de cour ayant appartenu à l’un des fils de son hôtesse.

Le biographe de Mozart, Eric Blom, brodant sans doute un peu sur le thème de la rencontre entre la famille Mozart et la famille impériale, rapporte que Wolfgang, ayant glissé sur le parquet, reçut l’aide de Maria Antonia, de deux mois son aînée, et que, charmé par sa gentillesse, il lui aurait dit vouloir l’épouser quand il serait grand. On ignore quelle fut la réponse de celle qui, par mariage, devint Marie-Antoinette, reine de France.

Jean-Étienne Liotard, Portrait de Maria Antonia (Marie-Antoinette), archiduchesse d’Autriche, future reine de France, filant une frivolité, 1762, dépôt de la Fondation Gottfried Keller, © Cabinet d’arts graphiques des Musées d’art et d’histoire, , photo: B. Jacot-Descombes, inv. 1947-42

Liotard et Marie-Thérèse

Jean-Étienne Liotard (1702-1789)  séjourne à Vienne pour la seconde fois à peu près en même temps que les Mozart, entre juin et décembre 1762. Vingt ans plutôt, entre 1743 et 1745, il était devenu le peintre attitré de la famille impériale et de la noblesse autrichienne. Il avait alors noué avec la souveraine une relation personnelle: elle devint marraine d’une des filles du portraitiste.

Durant son séjour, il dessine aux trois crayons les onze enfants impériaux et réalise plusieurs portraits de la souveraine, dont celui du Musée d’art et d’histoire.

Jean-Étienne Liotard, Portrait de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, 1762, © Cabinet d’arts graphiques des Musées d’art et d’histoire, Genève, photo: B. Jacot-Descombes, inv: 1839-10

Marie-Thérèse pose en bourgeoise, de trois-quarts face, sans le moindre attribut de son rang alors qu’elle est, avec Catherine II de Russie, une des deux femmes les plus puissantes d’Europe.

L’artiste prouve, s’il le fallait, qu’il est parfaitement possible de faire un beau portrait d’une femme laide. Sans complaisance, méritant son étiquette de «peintre de la vérité», il ne cache pas la taille épaisse, le double menton ou les joues qui s’affaissent. Mais la gorge est fraîche, presque juvénile, tout comme les bras potelés. Le rendu des tissus, les dentelles et la robe ornée de pensées bleues sont d’un réalisme aussi saisissant que celui de la peau.
Il est aisé d’imaginer le petit Mozart se jetant au cou de cette femme au teint rose et au demi-sourire bienveillant.

Dimanche 9 février à 11h
Musée d’art et d’histoire
Quatuor de Genève avec Didier Puntos, piano
Mozart: Quatuor avec piano K 478
Dvorak: Quintette avec piano opus 81
Prix: CHF 20.- et CHF 15.-, libre jusqu’à 18 ans
Réservation: Espace Ville de Genève, Maison des arts du Grütli, Cité Seniors, Genève Tourisme et sur place une heure avant le concert

Vingt minute, une œuvre , à 10h30
autour du Portrait de Marie-Thérèse d’Autriche de Jean-Étienne Liotard
Entrée libre, sans réservation

Télécharger l'article au format PDF
l Catégorie: Blog, Vie du Musée
Mots clés: , , , , , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *