Lorsque Byzance brillait de mille feux

L’art de l’éclairage dans l’exposition Byzance en Suisse

Nous n’avons pas conservé de cierges ou de bougies provenant de Byzance en raison de la fragilité de leur matière, même si les sources écrites indiquent que la cire figurait parmi les matières précieuses pour lesquelles on n’hésitait pas à franchir de longues distances. En effet, ce produit était importé du nord de la Russie et de la Scandinavie actuelles, de même que les fourrures, en échange de la soie, de monnaies ou d’objets d’argent. Cependant, les Byzantins pratiquaient l’apiculture et pouvaient se procurer de la cire locale, mais sans doute celle-ci était-elle insuffisante pour palier à leurs besoins. Pourtant, la principale source d’éclairage artificiel n’était de loin pas la cire, mais bien l’huile d’olive dont on remplissait les simples lampes de terre cuite, mais aussi celles en bronze ou en verre, comme les coupelles de verre qui garnissaient les polycandela de bronze ou même d’argent qui éclairaient les palais et les églises.

Le marché florissant du luminaire à Byzance

Les fabricants de lampes et de luminaires ont rivalisé de fantaisie et d’ingéniosité pour créer des formes et des systèmes les plus divers. Le décor des lampes de terre cuite offre de nombreuses variantes et leur aspect évolue dans l’espace et dans le temps, nous permettant assez aisément de les attribuer à un lieu et une époque. Les manières d’accrocher les instruments d’éclairage diffèrent également; on connait les lampes ou les lustres suspendus à des chaines, les lampes s’encastrant sur des supports ou des plaques reliées à des tenons qui devaient être fichés dans un mur. Tel est le système composé de quatre bras à mains schématisées dans lesquelles se placent quatre plaques ajourées ornées de griffons, qui a été légué au Musée d’art et d’histoire de Genève par Janet Zakos.

 

Dispositif de support de luminaire, Empire byzantin, Constantinople (?), XIe-XIIIe siècle. Bronze coulé.  Mains fermés: h. 32cm, l. 6cm; Plaques décorées : h. 18cm, l. 12cm ©MAH, inv. AA 2004-215 et inv. AA 2004-217

Dispositif de support de luminaire, Empire byzantin, Constantinople (?), XIe-XIIIe siècle. Bronze coulé.
Mains: h. 32cm, l. 6cm; Plaques décorées: h. 18cm, l. 12cm ©MAH, inv. AA 2004-215 et inv. AA 2004-217

 

La lumière comme symbole dans les églises byzantines

Les églises importantes possédaient de nombreux luminaires qui demandaient des moyens financiers non négligeables. En témoigne la novelle 67 de Justinien qui, en 558, préconisait de prévoir une ligne budgétaire consacrée à l’éclairage. Huile et cierges coûtaient d’autant plus cher que les églises multipliaient les luminaires, évoquant ainsi la lumière divine. Les auteurs décrivent les lustres qui pouvaient être en or, les polycandela qui pouvaient réunir plus d’une vingtaine de coupelles contenant l’huile ainsi que les lampes d’or, d’argent, de bronze, de cristal de roche, ou de verre.

 

Polycandelum, Empire byzantin, VIIIe siècle ou postérieur.  Bronze, vert de gris, d.: 19cm, longueur des chaînes: 41cm  ©MAH, photo: A.F. Voegelin, inv. AA 2004-201/199

Polycandelum, Empire byzantin, VIIIe siècle ou postérieur.
Bronze, vert de gris, d.: 19cm, longueur des chaînes: 41cm
©MAH, photo: A.F. Voegelin, inv. AA 2004-201/199

 

La description par Paul le Silentiaire (562) du système d’éclairage de Sainte-Sophie de Constantinople nous informe à la fois sur l’importance de celui-ci et sur son rôle symbolique. Ce texte usant de métaphores permet cependant de reconstituer le dispositif des nombreux lustres, lampes, dont l’éclat était rehaussé non seulement par leur propre matériau (or, argent), mais encore davantage par les revêtements d’or et d’argent des instruments du culte, ainsi que par les marbres polis des murs de l’édifice.

De cela, il ne nous reste plus rien, sinon quelques exemples de polycandela et lampes d’argent miraculeusement sauves. En revanche, de nombreux témoignages de bronze, aux formes variées, nous permettent d’avoir une image assez précise de l’éclairage de lieux de culte plus modestes. Certains portent une inscription attestant une donation d’un fidèle, soucieux de pourvoir à l’éclairage de son église.

 

Texte extrait du catalogue de l’exposition Byzance en Suisse, qui se tient au Musée Rath jusqu’au 13 mars 2016.

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