L’esprit de Hodler en images

Les héritiers du maître suisse en trois œuvres marquantes

Dans le sillage des multiples événements célébrant tout au long de l’année l’oeuvre et la vision artistique de Ferdinand Hodler, la Maison Tavel a rassemblé plus de cinquante tableaux provenant des fonds du Musée d’art et d’histoire et de collections privées pour illustrer l’empreinte de l’artiste sur la peinture genevoise.

Les liens rattachant Ferdinand Hodler à Genève sont multiples et son oeuvre continue d’exercer une influence sur nombre d’artistes à la carrière reconnue sur le plan local, mais aussi plus largement. Ainsi, l’exposition s’interroge sur la nature de cet héritage hodlérien et sur la manière dont il se manifeste dans les travaux de ceux qui s’en réclament ou s’y réfèrent inconsciemment. Par un accrochage thématique reprenant des motifs chers à Hodler – les paysages avec les lacs, les montagnes et les arbres; la figure humaine avec les portraits; les oeuvres à connotations mystiques propres à son symbolisme –, L’esprit de Hodler dans la peinture genevoise se propose de souligner ce qui unit certaines de leurs créations à celles du maître. Le rapport peut se faire littéral comme détourné – dans la composition, le sujet ou encore la touche.

Femme en bleu

Albert Schmidt (1883-1970) Femme en bleu, bras étendus, 1919
(copie du Chant lointain de Ferdinand Hodler)
Huile-fresque sur toile, déposée sur Pavatex, 141 x 121 cm. Dépôt Berthe Hodler-Jacques
© MAH, photo B. Jacot-Descombes, inv. 1993-0032

Commandée par sa veuve Berthe Hodler une année après la mort de Hodler, cette copie du Chant lointain orne la tombe de l’artiste, édifiée par René Allard au cimetière Saint-Georges, à Genève. Albert Schmidt connaissait fort bien ce thème car son père, qui était l’un des premiers collectionneurs de Hodler, en avait acquis une autre version accrochée dans son salon. Schmidt, qui entretient des liens presque familiaux avec les Hodler, s’inspire ici de la première version de ce thème, datant de 1906 et acquise la même année par le Kunstmuseum Saint-Gall. Berthe Hodler en avait sans doute fait la demande, car elle avait servi de modèle à cette première version, ou par goût pour l’ornementation plus travaillée de fleurs bleues parsemant le pré, et de petits arbres ronds scandant la colline en arrière-plan. Cette copie, dégradée après plusieurs décennies passées en extérieur, a été déposée du tombeau en 1962.

Mémoire de paysage

Michel Grillet (né en 1956), Mémoire de paysage, 2009
Gouache sur six pastilles de gouache, 47,5 x 37,5 cm (l’ensemble)
Collection Michel et Raffaella Grillet © photo : Georg Rehsteiner

Depuis ses premiers paysages de 1976, Michel Grillet n’a cessé de s’intéresser aux mêmes motifs: le dialogue entre la montagne et le ciel, entre le ciel et l’eau, les ciels nocturnes couvrant toute la surface du tableau. Il peint les montagnes de mémoire. Le souvenir motive et intériorise son art. Il s’associe à la représentation du flux ininterrompu du temps, précisément exprimé par la succession de motifs semblables, des années durant. La lente création et la contemplation deviennent un exercice spirituel, une méditation pour laquelle Grillet élimine de notre champ visuel tout élément accessoire. Le lien avec Ferdinand Hodler semble évident, l’eau réfléchissant l’architecture des montagnes, le ciel, les nuages, telle une immuable rengaine.

Un pommier

Hans Berger (1882 – 1977), Un pommier, 1908
Huile sur toile, 55 x 46 cm. Dépôt de la Fondation Gottfried Keller
©MAH, photo : Y. Siza, inv. 1984-117

Lors de ses années d’études en architecture et en peinture à Genève, qui furent suivies de voyages à Paris et en Bretagne, le Soleurois Hans Berger est confronté à l’oeuvre de Ferdinand Hodler dont la renommée est déjà bien établie au bout du lac. Un pommier, vraisemblablement réalisé en Bretagne où Berger séjourne en 1908, suggère l’influence de l’école de Pont-Aven, de Vincent Van Gogh et de Paul Gauguin. Mais si Berger y traduit ses impressions de manière brutale, par des couleurs fortes et des empâtements, le sujet aborde le thème de l’arbre, cher à Hodler. Toutefois, il s’en distancie en ignorant le précepte de Hodler de peindre l’arbre seul, sans aucune présence pour en détourner l’attention, comme pour en dresser le portrait. En 1915, Berger fréquente le groupe du Falot, dont les membres cherchent une alternative à l’art hodlérien, se dressant en opposition au peintre dont la haute stature les dominait jusque-là. Au caractère symboliste, idéaliste et un peu trop patriotique à leur goût, ils préfèrent une expression plus libre et réaliste et renouent avec la tradition française

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