Les pratiques funéraires dans le Proche-Orient romain

Les collections romaines se prêtent tout particulièrement à l’évocation du monde proche-oriental, actuellement mis en lumière dans l’exposition Fascination du Liban. Bon nombre de pièces exposées dans la section «funéraire» de la salle romaine du Musée d’art et d’histoire, rénovée en 2010, proviennent en effet de la partie orientale de l’Empire: neuf fermetures de niches sépulcrales de Palmyre (Syrie), un sarcophage en plomb de Tyr (côte phénicienne, Liban) – qui fait actuellement l’objet d’une restauration visant à le débarrasser des concrétions et oxydations qui altéraient la lecture de son décor – et un ossuaire en calcaire de Jérusalem.

Dans une région où se côtoient des cultes divers, ces objets reflètent des traditions funéraires variées, qui reposent cependant sur un principe unique caractérisant le Levant à l’époque romaine impériale: l’incinération – très répandue dans la partie occidentale de l’Empire – n’y est presque jamais pratiquée, et elle est même totalement proscrite par la loi religieuse dans la Palestine judaïque; la tradition de l’inhumation est donc exclusive, peut-être dès l’époque hellénistique, tandis qu’elle ne s’imposera dans le reste de l’Empire qu’à l’aube du IIe siècle.

La plupart des sépultures du Proche-Orient romain portent un décor de type hellénisant, comme celui qui orne les stèles funéraires figurant le défunt dans un cadre architectural. Cependant, les objets exposés attestent aussi l’existence de traditions locales, développées à la faveur de conditions géologiques – qui permettent par exemple de creuser des tombeaux dans des falaises calcaires -, plutôt qu’en fonction de la confession à laquelle pouvait appartenir le défunt.

Un cas à part: les ossuaires provenant des caveaux juifs de Palestine

Ossuaire en calcaire blanc, décor géométrique gravé comprenant deux rosaces – séparées par deux pilastres – inscrites au sein de deux cadres concentriques ornés de baguettes, Jérusalem, Ier ou IIe siècle ap. J.-C., don Gérard et Monique Nordmann, 1990, inv. 27799, © MAH

Le lien entre la variété des traditions funéraires et la multiplicité des cultes présents dans la région n’est pas automatique, comme le démontre par exemple la présence de sarcophages en pierre du même type dans les sépultures païennes ou juives. Un seul type de sépultures fait exception à cette règle: les ossuaires en calcaire, produits entre le Ier siècle av. J.-C. et le début du IIe siècle de notre ère à destination exclusive des caveaux juifs de Judée – et plus précisément de Jérusalem – puis de Galilée, où leur usage perdurera jusqu’au IIIe siècle. Ils sont destinés à recueillir les ossements des défunts selon la pratique de l’inhumation secondaire, tradition instaurée sans doute principalement pour pallier la saturation des caveaux familiaux, sur la base d’une considération exacerbée pour les ossements des défunts constitutive de la tradition juive fondée sur l’Ancien Testament. Ce rite dit de l’ossilegium, conduit par le fils du défunt, consiste à récolter ses ossements au bout d’un an, après désintégration complète des chairs, et à les disposer dans une urne en calcaire, les os longs au fond et le crâne au-dessus.

Des fouilles archéologiques réalisées dans un cimetière de Jérusalem, dont les sépultures les plus anciennes sont datées de l’âge du Fer (dès 2500 av. J.-C.), prouvent l’ancienneté de cette tradition: après décomposition du corps, les ossements sont entassés dans un coin de la chambre funéraire, afin de libérer la place pour un autre défunt. Plus tard, à l’époque du second Temple (dès le VIe siècle av. J.-C.), les ossements sont rassemblés dans une fosse prévue à cet effet (le repositorium) ou dans une niche servant de réceptacle.

Certains auteurs émettent l’hypothèse que ce rituel n’est pas un simple pis-aller destiné à libérer de la place dans les caveaux familiaux, mais qu’il a pu être adopté afin de transférer à Jérusalem les ossements de défunts qui ne seraient pas décédés sur place ou encore ceux de criminels, que la tradition talmudique interdit d’enterrer dans les caveaux familiaux avant la décomposition complète du corps, qui seule peut assurer l’expiation des péchés. Selon d’autres commentateurs encore, une manière différente d’envisager la mort comme étape pour atteindre la purification, une nouvelle vue sur la vie après la mort et la résurrection, ou encore l’expression d’une croyance propre aux Pharisiens, pourraient expliquer la fréquence de l’ossilegium.

Cette pratique a été abandonnée vers la fin du IIIe siècle, peut-être parce que les chrétiens avaient commencé à pratiquer ce rite, mais en lui donnant un nouveau sens, lié à la vénération de leurs martyrs. On peut également penser que cet abandon est une conséquence de la diaspora qui avait commencé, puisque seul le transfert dans la tombe familiale est permis par la loi juive, ce qui n’est plus possible dès lors qu’il n’y a plus de famille sur place pour s’occuper du caveau familial et de l’ossilegium.

Texte publié suite à l’Entretien du mercredi du 6 février présenté par Nathalie Wüthrich

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2 réponses à Les pratiques funéraires dans le Proche-Orient romain

  1. avatar Miky Dan dit :

    Bonjour,

    Est ce que vous avez la literature-i.e. la bibliographie regardant les objets de verre dans cette exposition de Liban?
    Je vous serais reconnaissance de m’informer si il y a.

    Hello
    Do you have bibliography about the glass items that in the current exhibition about Liban-LEbanon?

    I will be looking forward to have your answer.

    With thanks and kind regards,

    Miky Dan

    • avatar communitymah dit :

      Bonjour et merci pour votre intérêt! Vous trouverez une bibliographie exhaustive, liée aux découvertes récentes, dans le catalogue de l’exposition.

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