Les monnaies aquatiques du Liban

L’actuelle exposition Fascination du Liban, à découvrir jusqu’au 31 mars au Musée Rath, offre l’occasion de mettre en lumière certaines facettes des cultures grecques et phéniciennes, à l’instar des monnaies aquatiques.

Il est intéressant de relever que la monnaie et l’écriture sont liées entre elles: elles ont contribué au développement de la société humaine, en particulier à l’essor économique des Grecs et des Phéniciens.

Un double lien s’est noué entre ces deux cultures. Les Grecs ont emprunté l’écriture aux Phéniciens, et ceux-ci, plus tard, ont utilisé les monnaies que les Grecs avaient développées.

La dette des Phéniciens envers les Grecs est confirmée par les trouvailles de monnaies – notamment les fameuses chouettes athéniennes – le long de la côte et sur les lieux fréquentés par les Phéniciens. Elle est aussi démontrée par le choix d’une iconographie qui rappelle la monnaie grecque largement utilisée par les Phéniciens avant qu’ils ne décident de frapper la leur.

Un exemple parmi tant d’autres

La première ville à créer sa propre monnaie, Tyr, choisit pour ses premières pièces des thèmes liés à la mer, tel le dauphin, considéré par les anciens comme le roi des animaux marins. Il était également très aimé des navigateurs, auxquels il tenait compagnie pendant les longues heures de mer calme. On disait de lui qu’il annonçait la venue des tempêtes et on citait de nombreux cas où il avait pris en croupe des naufragés, en les déposant ensuite sains et saufs sur un rivage. Le dauphin symbolisait souvent chez les Grecs – mais pas seulement chez eux – le lien privilégié entretenu par les villes côtières avec l’élément liquide. Sur le shekel de Tyr, l’hippocampe, autre animal marin gigantesque, est transformé en monstre ailé, monté par Melkart, l’équivalent phénicien du héros grec Héraclès.

Si l’influence grecque est décisive dans la création de la monnaie phénicienne, celle-ci n’en possède pas moins des caractéristiques qui la distinguent des autres monnayages. Ainsi, on relève dans de nombreux cas des éléments manifestement égyptiens. En outre, comme on peut le voir sur la monnaie de Sidon (voir ci-dessous), les villes phéniciennes ont remplacé par un navire la divinité qui, en général, figure sur la monnaie grecque. Ce trait montre que la source de leur inspiration et le message qu’elles veulent transmettre aux utilisateurs de la monnaie diffèrent de ceux des Grecs.

Cité de Sidon gouvernée vers 365-352 av. J.-C. par le roi Abdashtart Ier (Straton le Philhellène), double-shekel en argent Avers: chiffre 12. Trière navigant à gauche, montée par des soldats tenant leurs boucliers le long du bastingage; Revers: [Abdashtart] La statue du dieu protecteur de Sidon portée en procession sur un char suivi par le roi, inv. CdN 32579 bis, © MAH, photo: B. Jacot-Descombes

Cité de Sidon gouvernée vers 365-352 av. J.-C. par le roi Abdashtart Ier (Straton le Philhellène), double-shekel en argent
Avers: chiffre 12. Trière navigant à gauche, montée par des soldats tenant leurs boucliers le long du bastingage; Revers: [Abdashtart] La statue du dieu protecteur de Sidon portée en procession sur un char suivi par le roi, inv. CdN 32579 bis, © MAH, photo: B. Jacot-Descombes

Les visiteurs de l’exposition au Musée Rath garderont en mémoire cette spécificité, qui est à n’en pas douter l’une des raisons de la «fascination du Liban».

Texte publié suite à l’Entretien du mercredi du 16 janvier présenté par Matteo Campagnolo

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