Les «Héros antiques» se refont une beauté à Malines

Une équipe du MAH composée des commissaires Marielle Martiniani-Reber et Matteo Campagnolo, et de la restauratrice de textiles anciens Tu-Khanh Tran Nguyen s’est rendue au cœur des Flandres, haut-lieu de la tapisserie traditionnelle. But du voyage: examiner l’avancement des travaux de restauration des tapisseries du XVIIe siècle qui formeront le noyau de Héros antiques. La tapisserie flamande face à l’archéologie, l’exposition d’hiver au Rath. Celles-ci, parmi lesquelles figure une série unique au monde de sept pièces sur l’histoire de Constantin, n’ont pas été montrées au public depuis 1949.

Les tapisseries sont des créations d’une subtilité insoupçonnable pour les non-initiés. Elles nécessitent un traitement de conservation-restauration hautement spécialisé en raison de leurs matières mais aussi des problématiques liées aux produits tinctoriaux et à leur technique de tissage. Ces traitements requièrent également des installations très sophistiquées.

Installation de surveillance des opérations de lavage et de rinçage des tapisseries. © MAH, photo: Tu-Khanh Tran Nguyen

Une manufacture réputée

La Manufacture royale De Wit à Malines est réputée pour avoir assuré le nettoyage et la restauration des pièces les plus précieuses encore existantes au monde – du Royaume-Uni à Malte, de la France aux USA. Elle a ainsi assuré le nettoyage du cycle complet de La Dame à la licorne du Musée du Moyen Âge et des thermes de Cluny à Paris. La manufacture est située dans ce qui fut une dépendance de l’abbaye de Tongerlo, un édifice médiéval en briques rouges et au toit à la magnifique charpente. Yvan Maes-De Wit dirige la maison de main de maître. Pilote, préférerions-nous dire, car cet atelier navigue entre la technologie moderne du nettoyage et l’alchimie traditionnelle de la fabrication des couleurs. De toutes les nuances imaginables, elles servent à teindre les fils de soie, de laine et de coton. Maniés par d’habiles restauratrices, ces fils disparaissent ensuite avec une grande discrétion dans la trame usée d’une tapisserie qui reprend vie comme par enchantement. À souligner que les méthodes de restauration mises au point par la Manufacture De Wit en assurent la réversibilité, selon l’éthique de la conservation-restauration moderne.

Restauratrices à la manufacture De Wit à l’œuvre. ©MAH, photo: Tu-Khanh Tran Nguyen

Décider des options de restaurations

Durant deux jours bien remplis, sous la conduite experte d’Yvan Maes, l’équipe a pu juger les options de restauration, pour prendre en commun des décisions quant à la suite des travaux, notamment sur la réintégration de fils colorés autour des chaînes, afin de rendre les lacunes moins visibles. Cependant, grâce aux documents rapportés de Belgique, les équipes techniques et de médiation culturelle du MAH devraient pouvoir confectionner quelques visuels à l’intention du public genevois, sevré de tapisseries depuis plus de soixante ans. Ainsi, ce dernier pourra savourer pleinement un art dans son expression la plus majestueuse.

La lumière est le grand ennemi des fils de soie qui permettent de créer les parties les plus claires et les plus fines des tapisseries. D’abord elle fait disparaître les couleurs, puis elle ronge les fibres. La chaîne flotte alors et le dessin devient flou. Il faut redonner de la consistance au tout, éviter que, sous l’effet de son propre poids, la tapisserie ne se déforme et ne se décompose irrémédiablement. Dans le temps, on retissait les parties lésées, avec plus ou moins de bonheur. Cette pratique s’est perpétuée jusqu’au XXe siècle où, remise à l’honneur par des courants artistiques de la fin du XIXe siècle, la tapisserie a retrouvé ses amateurs.

Détail du renforcement de l’une des tapisseries du MAH visible sur l’envers. On notera la fraîcheur des couleurs de cette œuvre appartenant à la série de Constantin. © MAH, photo: Tu-Khanh Tran Nguyen

Aujourd’hui, cela n’est plus possible: ni le coût de la main d’œuvre, ni le savoir-faire qui a disparu ne le permettent. En outre, la déontologie actuelle des conservateurs ne l’admet plus: on consolide… Et c’est aussi un art; ceux qui rentrent de Malines en sont convaincus.

Et quand les tapisseries sont, au départ, de très bonne qualité – comme dans le cas de la série sur Constantin qui est la plus complète au monde –, on ne se saurait trop s’en féliciter.

Texte rédigé en collaboration avec Marielle Martiniani-Reber

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