Les coulisses du chantier des collections (1/2)

Entretien avec Dominik Remondino, conservateur en charge de cette vaste opération

Début 2015, les équipes des Musées d’art et d’histoire se sont lancées dans leur premier chantier des collections. Début 2018, les objets traités en priorité (à ce jour, environ 410’000 sur les 650’000 que compte la collection) rejoindront les réserves patrimoniales sises dans un nouveau bâtiment de l’Écoquartier Jonction. Conservateur chargé de ce projet titanesque, Dominik Remondino livre les détails de cette opération.

Pouvez-vous expliquer le concept d’un chantier des collections?

Le concept a été lancé par le musée du Quai Branly-Jacques Chirac (2006) sur le modèle d’opérations menées par des bibliothèques. Il s’agit d’un vaste bilan d’une collection, que les différentes activités d’un musée (expositions, prêts, acquisitions…) ne permettent pas de mener au quotidien. C’est un chantier qui demande une grande préparation en amont, d’importants moyens humains et financiers, une bonne organisation et du savoir-faire. Par définition, ce travail est exceptionnel et demande plusieurs années de mobilisation et il n’a jamais été mené au MAH.

Quelles en sont les différentes étapes?

Cette vaste opération logistique qui implique le traitement de dizaines de milliers d’objets se déroule en plusieurs étapes dont la première est le recollement en consultant les inventaires: on regarde ce que l’on a et on le compare à ce que l’on devrait avoir. Chaque objet est par la suite étudié, nettoyé, doté d’un numéro d’inventaire s’il n’en avait pas, photographié, stabilisé pour pouvoir être transporté, et conditionné de manière à être entreposé et conservé de manière pérenne.

Une photographe en action ©MAH, photo: B. Jacot-Descombes

Qui sont les professionnels concernés par cette opération?

Ce chantier de très grande envergure mobilisera pendant plusieurs années la quasi totalité des métiers représentés au sein de l’institution. Les conservateurs et leurs équipes joueront un rôle important tout au long des opérations mais je tiens à rendre hommage tout particulier aux « travailleurs de l’ombre » de notre musée qui seront cette fois-ci en première ligne: les chargés d’inventaires, les conservateurs-restaurateurs, les photographes et les transporteurs.

Le chantier a-t-il été lancé à l’occasion de la création de ces nouvelles réserves ou est-ce un projet indépendant?

Fondamentalement, une institution se lance dans un chantier des collections lors de la création de nouvelles réserves, d’une nouvelle aile, à l’occasion d’un déménagement dans un autre bâtiment, d’un réaménagement… À l’origine, le MAH devait être vidé de façon temporaire pour faire place au projet de rénovation et d’agrandissement. Parallèlement aux premiers préparatifs, la Ville de Genève a répondu aux différentes demandes des musées municipaux en manque d’espaces adaptés en créant des dépôts patrimoniaux à l’Ecoquartier Jonction – où les collections des MAH seront entreposées. Les réserves modernes sont, en tant que telles, un élément récent car les standards de conservation ont énormément évolué au cours des dernières décennies. Un peu partout s’est fait sentir le besoin de construire des locaux qui permettent de respecter ces standards. Le temps où les musées laissaient leurs objets prendre la poussière dans les greniers est révolu!

Un conservateur-restaurateur à l’oeuvre ©MAH, photo: B. Jacot-Descombes

Où les objets étaient-ils stockés jusqu’ici?

Les collections sont actuellement disséminées in situ et dans trois différentes réserves à travers la ville, une situation loin d’être pratique pour les œuvres ni pour les équipes.

Quelle est la surface allouée aux MAH?

D’un total de 5’000 mètres carrés dotés d’une très grande hauteur sous plafond, cette surface permettra de rassembler sur trois niveaux toutes les œuvres du MAH et d’en accueillir beaucoup d’autres à l’avenir.

Et quels seront les espaces libérés dans le bâtiment historique du musée?

Il s’agit de lieux de stockage conçus à la construction du musée au début du XXe siècle. Comme ils ne sont plus appropriés à la conservation des œuvres, ils garderont leur vocation d’espaces de rangement. Le véritable bénéfice de ce vaste déménagement est en définitive une meilleure conservation et une meilleure gestion des collections réunies sous un seul et même toit. Ceci représentera un gain de temps considérable pour les équipes (conservateurs, conservateurs-restaurateurs, chargés d’inventaire, transporteurs) et permettra aussi de réaliser d’importantes économies car les baux des réserves extérieures louées par la Ville seront résiliés.

Les nouvelles réserves patrimoniales de l’Ecoquartier Jonction, photo: D. Jordan

 Combien de temps ce chantier et ce déménagement auront-ils nécessité?

Les préparatifs (recollement, études, organisation) remontent au début de l’année 2015. La mise en pratique (inventaire, photographie, marquage au code-barres…) a commencé début 2016, pour un déménagement qui va démarrer début 2018. Tandis que les premières pièces gagneront les nouvelles réserves, le chantier se poursuivra. Il est difficile à ce stade de prévoir avec précision la date d’aboutissement du chantier et du déménagement… disons 2023?

Comment les réserves seront-elles organisées?

L’idéal sera de trouver un bon compromis pour ne pas disséminer les collections et conserver les objets au mieux, car l’organisation d’une réserve se fait selon trois axes: le regroupement typologique, le regroupement par matière et l’exploitation maximale de l’espace. Si la tendance est vers une organisation par matériau, car chaque matière (papier, métal, bois..) demande des conditions climatiques particulières (hygrométrie, température), les collections devraient rester classées par typologie (beaux-arts, arts graphiques, objets d’art…).

Quel bénéfice pour les objets?

Un objet conservé dans des conditions climatiques idéales pourra traverser les siècles. Moins il est manipulé, plus il est préservé. L’entreposer dans une réserve centralisée évite tout transport inutile et donc de le malmener.

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