Le clavecin de Jacob Stirnemann  ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes

Les Concerts-pliants du MAH

Des récitals de clavecin à l’heure du sandwich

Depuis l’automne 2014, la Fondation de la Ménestrandie et le Musée d’art et d’histoire invitent les mélomanes, dans l’un des salons historiques, à voyager dans le temps grâce à la musique. Un jeudi par mois – hors été –, au milieu du mobilier XVIIIe, a en effet lieu un concert-pliant, nommé d’après les sièges sur lesquels les auditeurs sont installés autour d’un clavecin. Seul un musée peut proposer une telle expérience recréant les conditions d’écoute de l’époque où les salles de concert n’existaient pas!

Un instrument exceptionnel

La vedette de ces rendez-vous musicaux est bien sûr l’instrument: un clavecin français de Jacob Stirnemann, daté de 1777, soit l’époque du chant du cygne pour cet instrument roi des salons. S’il est à l’apogée de ses possibilités harmoniques, le clavecin est en effet chahuté par le succès grandissant du pianoforte et par une nouvelle esthétique où l’expressivité permise par les nuances joue un rôle central. À la Révolution française, l’instrument est victime de son image aristocratique et l’on brûle alors autant de clavecins que l’on décapite de marquis. Pour la petite histoire, on raconte même que l’on utilisa plus tard les quelques survivants que possédait le mal nommé Conservatoire de Paris, pour chauffer les salles de cours en hiver… Le clavecin de la Fondation de la Ménestrandie est donc un miraculé!

Le clavecin de Jacob Stirnemann reprend vie dans les salles du MAH ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes

Le clavecin de Jacob Stirnemann reprend vie dans les salles du MAH ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes

Répertoires et interprètes de tous horizons

Depuis deux ans, le Musée d’art et d’histoire a ainsi eu la chance d’accueillir de grands interprètes, tous plus heureux les uns que les autres de pouvoir toucher un tel instrument: Aline Zylberajch, Martin Gester, Marinette Extermann, Kenneth WeissNicole Hostettler, Dorota Cybulska ou encore Béatrice Martin. Si au niveau du répertoire, la musique française a bien sûr été mise à l’honneur avec Jean-Philippe Rameau, François Couperin ou Armand-Louis Couperin, la famille Bach au grand complet n’a pas été oubliée, pas plus qu’Haendel, Scarlatti ou Haydn. Tant de compositeurs régulièrement joués et enregistrés sur des pianos modernes, alors même que leurs œuvres sont totalement ou partiellement écrites pour clavecin. Mais les concerts-pliant sont aussi l’occasion de faire des découvertes comme Pancrace Royer (1705-1755), qui fût le professeur des filles de Louis XV, ou Jacques Dulphy (1715-1789) qui, après de grands succès parisiens comme compositeur, interprète et pédagogue, mourut oublié la veille de la prise de la Bastille.

Louis Guersan, Viola pomposa, vers 1755 ©MAH, photo : E. Marconi

Louis Guersan, Viola pomposa, vers 1755 ©MAH, photo : E. Marconi, inv. IM 0055

 Au menu de l’automne

Le 15 septembre sonne la rentrée du clavecin au musée avec Philippe Despont, qui jouera quelques-unes des plus belles pages de L’Art de la fugue de Johann Sebastian Bach. Le 20 octobre, Brice Pauset consacrera également son récital à Bach mais cette fois à ses chorals, tandis que le 15 décembre, nous accueillerons Jovanka Marville. Le 10 novembre, le pianiste Pierre Goy et la violoniste Liana Mosca proposeront des sonates d’Armand-Louis Couperin (1727-1789): une magnifique occasion d’entendre un autre instrument de la collection de la Ménestrandie, un violon de Louis Guersan (vers 1755), facteur parisien dont le MAH conserve par ailleurs deux pardessus de viole et une rare viola pomposa.
(viola pomposa, Louis Guersan, vers 1755)

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l Catégorie: Blog, Vie du Musée.

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