L’Enfant à l’Oie

Regard sur une œuvre

Entre Achille, Aphrodite et Apollon, au beau milieu de la salle grecque, un petit bambin nu et à l’air espiègle tient entre ses bras potelés une pauvre oie blanche. Certains diront qu’il l’étrangle, d’autres qu’il l’étreint. En cette veille de la Saint-François d’Assise, décrétée Journée mondiale des animaux, cet article vous propose un éclairage sur ce célèbre groupe sculpté, présent tant à l’intérieur du Musée d’art et d’histoire qu’ailleurs dans Genève.

À la mode hellénistique

C’est à Boéthos, sculpteur né à Chalcédoine en Asie mineure et actif au cours du 2ème siècle avant J.-C. que l’on doit l’Enfant à l’Oie, une œuvre originale en bronze suffisamment réputée pour mériter d’être citée par Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle : « Boéthos, quoique ayant mieux réussi dans la ciselure en argent, a fait un très bel enfant qui étrangle une oie » (34, 19).
Aujourd’hui disparu, ce groupe nous est parvenu, à l’instar d’un bon nombre d’œuvres de statuaire présentées dans les collections grecques du monde, par le biais des copies romaines en marbre réalisées essentiellement aux 1er et 2ème siècles après J.-C. Ainsi doté du don d’ubiquité, l’Enfant à l’Oie peut donc être admiré notamment au Louvre – grâce à un exemplaire découvert en 1792 dans la Villa des Quintili, le long de la Via Appia, à Rome –, à la Glyptothèque de Munich, au Vatican et au Musée d’art et d’histoire de Genève dont l’exemplaire provient, lui, des travaux de tranchées du chemin de fer reliant Rome à Frascati, dans le sud du Latium.

L’enfant à l’oie
Boéthos de Chalcédoine, d’après, Auteur modèle
1er s.; 2e s. N° d’inventaire 008944. Photo: Flora Bevilacqua

 

Une scène de genre ou un combat épique ?

Typique des thèmes hellénistiques – en ce sens que le sujet choisi laisse transparaitre une certaine vraisemblance et met en scène un animal et un enfant –, le groupe de l’Enfant à l’oie ne se contente pourtant pas de représenter uniquement le combat entre un bébé déséquilibré mais déterminé et un volatile récalcitrant luttant pour se libérer. Il faut en effet peut-être voir ici une adaptation du combat qui opposa Asclépios, dieu de la médecine, à une oie qui l’attaquait lorsqu’il était encore enfant. À ce propos, plusieurs sources rappellent ainsi que son sanctuaire à Cos était peuplé d’oies et que Boéthos lui-même avait réalisé une statue d’Asclépios enfant qui s’y trouvait également.
D’autres hypothèses vont dans le sens d’une évocation d’une lutte contre les maladies infantiles, les épidémies ou les fièvres que l’oie incarne ici.

Enfant à l’oie, sculpture en bronze, parc Mon Repos. Photo: Jean-Quentin Haefliger.

Des fontaines aux timbres postes

Déjà réputé durant l’Antiquité et apprécié des Romains, l’Enfant à l’oie connaît aujourd’hui une vie hors des musées et des collections d’antiquités : un peu partout dans les grandes villes, l’œuvre de Boéthos sert notamment de modèle à des fontaines. Ces outings un peu particuliers et permanents sont visibles à Genève, à la rue du Môle, dans le quartier des Pâquis, ou encore dans le parc Mon Repos, sur la rive droite, non loin du lac. Là, un Enfant à l’oie plus élancé que celui du Musée d’art et d’histoire et à l’intimité pudiquement recouverte d’une feuille de vigne veille sur la pataugeoire et la place de jeux toutes proches. Sur la base, l’œuvre en bronze est signée De la Rive.

Enfant à l’oie, fontaine, rue du Môle. Photo: Jean-Quentin Haefliger.

Enfin, dans un tout autre registre, le tour d’horizon ne serait pas complet s’il n’était pas fait mention ici d’un timbre-poste émis en 1955 au profit de la Croix-Rouge française et figurant une gravure de l’Enfant à l’oie par Jules Piel.

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