L’Enfance de Bacchus de Charles Giron

Sorti des réserves et restauré, ce tableau est à découvrir dans Métamorphoses

Centrée sur le célèbre poème antique d’Ovide, la présentation Métamorphoses actuellement à l’étage beaux-arts du MAH inclut un tableau de Charles Giron (1850-1914), L’Enfance de Bacchus. Peinte en 1879, cette toile monumentale a longtemps séjourné dans les réserves du musée.

Le dieu Bacchus dans la mythologie

Dieu des métamorphoses aux mille noms, Bacchus est l’une des divinités du panthéon gréco-romain qui a connu la plus grande longévité. Chaque époque, ou presque, a revisité cette figure mythique aux multiples facettes et aux potentialités d’interprétation diverses. Polymorphe, Bacchus incarne l’exubérance de la nature, sa puissance vitaliste et fertile, l’ivresse et la joie, mais aussi la démesure, la souffrance destructrice, le sentiment irrationnel. Au sein du poème ovidien, ses apparitions suscitent une mutation générale; sa présence fait vaciller le monde dans la métamorphose universelle. Au début du livre IV, Ovide lui consacre un vibrant hommage et célèbre sa part d’inspiration bachique.

Charles Giron (1850-1914), L’Enfance de Bacchus, 1879
Huile sur toile, 295 x 230 cm
© MAH, photo: B. Jacot-Descombes, inv. 1880-0005

Bacchus selon Charles Giron

Au XIXe siècle, la figure de Bacchus connaît une résurgence éclatante. Certains éléments du mythe bachique sont particulièrement réinvestis: la naissance du dieu, sa jeunesse auprès des nymphes du mont Nysa et de Silène, la bacchanale, les jeux amoureux entre satyres et ménades, la figure de la bacchante. Présentée au Salon de 1879, l’œuvre de Charles Giron L’Enfance de Bacchus s’inscrit dans la filiation d’une iconographie classique, mais témoigne également du renouveau de cette inspiration. L’artiste y entremêle références littéraires et plastiques – la composition pyramidale, la posture de la figure centrale évoquent notamment l’œuvre homonyme de Nicolas Poussin (Musée de Condé, Chantilly). Les éléments iconographiques traditionnels sont aisément identifiables: le thiase ou cortège mythique du dieu, composé de satyres, de bacchantes et de faunes s’accompagne des attributs bachiques (lierre, vigne, panthère et thyrse). Cependant, Giron en donne une réinterprétation plastique inédite, imprégnée de sensualité.

Traitement de conservation-restauration

Compte tenu de l’état matériel de cette œuvre, un traitement fondamental de conservation-restauration s’est révélé indispensable avant une présentation au public. Débutée au mois de juillet 2018 et achevée à la fin du mois de janvier 2019, cette campagne a permis d’étudier le processus créatif du peintre, en mettant à jour un important dessin sous-jacent transféré grâce à une mise aux carreaux réalisé à l’encre noire. La couverture partielle radiographique a permis d’identifier des repentirs, notamment au niveau du positionnement des mains et des pieds de certains protagonistes. Des analyses ont identifié les matériaux employés comme pigments et confirmé l’usage de matières bitumeuses dans les arrière-plans sombres. Le traitement s’est concentré sur un nettoyage sélectif et de longue durée des nombreux vernis altérés, d’un fixage ponctuel de la matière picturale fragilisée, d’une remise en tension de la toile sur son châssis d’origine, de la pose de mastics sur les zones lacunaires suivis de leur réintégration. Enfin, le cadre original du tableau est lui aussi sorti des dépôts, afin d’être traité et nettoyé avant d’être enfin réuni à l’œuvre imposante de Charles Giron.

Les auteurs de ce texte sont Ingrid Comina, adjointe de conservation aux Beaux-Arts, et Victor Lopes, responsable de la Conservation-restauration au MAH.

 

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