Satyre

Le satyre caché

Gros plan sur un jeune satyre en marbre au Musée d’art et d’histoire

Des trésors dorment bien à l’abri dans les réserves du musée, à l’image de cette tête juvénile aux mèches indisciplinées. Elle représente un jeune satyre à la mine enjouée. Une guirlande de feuilles de lierre et de baies, que retient un large ruban noué sur la nuque, et surtout les oreilles pointues, bien apparentes, assurent cette identification. Cette œuvre, en marbre de Carrare, est vraisemblablement une copie romaine d’un original grec du IIe siècle avant J.-C.; elle provient sans doute d’Italie.

Des êtres sauvages, compagnons de Dionysos

Les satyres sont des démons de la nature. Ils font partie, comme leur pendant féminin, les ménades, du cortège qui entoure Dionysos, le dieu de la vigne et du vin. Sans géniteurs mythiques, les satyres sont aussi sans filiation. Ils forment une collectivité au sein de laquelle peu d’individualités se distinguent. À part Silène, sage et vieux satyre qui éleva Dionysos, et Marsyas, inventeur de la flûte double qui, pour son malheur, défia Apollon, aucun satyre n’a de nom qui le rattache à un mythe précis.

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Dionysos tenant un thyrse et une clochette entouré de ménades et de satyres. Cratère à volutes à figures rouges, vers 380/370 av. J.-C. ©MAH, photo: B.Jacot-Descombes, inv. 15036

Le corps hors norme des satyres

L’iconographie du satyre, être hybride au corps mi-homme mi-cheval, n’est pas arrêtée et connaît de nombreuses variations selon les époques, le lieu de production et le type de représentation. Les satyres se distinguent par une queue de cheval et des oreilles pointues mais aussi parfois par des sabots, un corps velu, un sexe en érection, un crâne dégarni, un nez camus… Ces caractéristiques, cumulées ou non, soulignent leur caractère sauvage et marginal. Le corps des satyres, mais également leurs postures grotesques ou parfois lubriques s’opposent au corps idéal du beau et noble citoyen (kalos kagathos). Les satyres de la céramique attique au début du VIe siècle sont tous des adultes. Ce n’est qu’à partir du Ve siècle qu’enfants satyres, adolescents et vieillards viennent enrichir le répertoire iconographique.

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Satyre chauve et barbu, à longue queue chevaline, tenant dans chaque main des crotales, sorte de castagnettes utilisées pour rythmer la danse. Coupe, cercle du peintre de Nikosthénès, vers 510-500 av. J.-C. ©MAH, photo: F. Bevilacqua, inv. MF 239

L’univers des satyres

Figure de l’altérité, le satyre se distingue par un comportement bestial, débridé, souvent comique. Il transgresse allégrement les normes de la cité et donne libre cours à ses appétits, nombreux et toujours inassouvis. Les satyres apparaissent souvent dans des scènes de consommation du vin. Mais alors qu’au sein de la cité le vin se consomme en groupe et coupé d’eau, ce qui implique l’usage d’une vaisselle de banquet spécifique, le satyre fait tout à l’envers; délaissant la coupe, il n’hésite pas à boire le vin pur, tout seul, en plongeant tête la première dans une jarre. Sa queue chevaline suffit à l’identifier. Le satyre constitue donc un contre-modèle du citoyen et alimente de ce fait une réflexion sur les pratiques quotidiennes de la cité.

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Coupe à figures rouges, peintre du Pithos, vers 490 av. J.-C. Dionysos et les satyres apparaissent également en contexte funéraire, sur des stèles, sarcophages ou des vases qui constituent le trousseau funéraire du défunt; ils forment un cortège joyeux qui symbolise la promesse d’une vie heureuse dans l’au-delà pour les initiés aux mystères. ©MAH, photo: B.Jacot-Descombes, inv. 16908

 

Réinterprétations

Au Moyen Âge, les satyres sont généralement considérés comme des êtres diaboliques. Certains érudits et théologiens débattent pour démontrer que ces créatures hybrides ne peuvent être des hommes, n’ont pas été créées à l’image de Dieu et donc ne sont pas promises à la résurrection.

 

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