Renouveau du MAH_JYM

Le renouveau d’un musée pluridisciplinaire

Un musée encyclopédique pour le XXIe  siècle

Il existe une affinité profonde entre le projet encyclopédique et le musée: une encyclopédie est un rassemblement symbolique d’objets présentés selon un ordre systématique qui vise à en révéler la logique. Le musée, comme un chapitre de l’encyclopédie, montre, explique et partage.

Le Musée d’art et d’histoire a dès sa conception la vocation explicite de regrouper les collections patrimoniales de la Ville, réunies depuis la création de l’Académie par Jean Calvin en 1559 et jusqu’alors dispersées dans divers musées et bâtiments officiels. Cette vocation spécifique, qui vise à rapprocher des collections de natures différentes et à valoriser l’objet grâce à un environnement approprié, s’inscrit dans l’esprit des musées européens du XIXe siècle, hérité des Lumières. À Genève, le postulat d’un lien fort et d’une coexistence spatiale pertinente entre beaux-arts et vestiges du passé prend corps à partir de l’Exposition nationale de 1896. Il s’agit de confronter l’objet d’art (objet esthétique) et l’objet d’histoire (objet de mémoire) pour mieux les faire parler, et de rassembler des connaissances éparses pour en «exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons et (…) les transmettre aux hommes qui viendront après nous (…).» Diderot, 1751.

La notion d’encyclopédie qui sous-tend la conception originelle, mais aussi actuelle, du MAH est la pierre angulaire du futur musée qui se propose de conserver les valeurs philosophiques défendues par Diderot tout en renouvelant le concept hérité du XVIIIe siècle, intrinsèquement porteur d’un modernisme innovant. En effet, ce rassemblement de connaissances éparses ouvre des pistes innombrables; il permet tout à la fois de confronter cloisonnement et foisonnement, d’accompagner la rencontre intime avec l’objet qui traverse les disciplines et les époques, d’éclairer les visiteurs sur leur environnement culturel et sur le monde contemporain, de mettre en regard production artistique et mode de vie. Cette richesse de lecture et d’interprétation, doit caractériser le MAH de demain.

Penser le musée dans un monde en mutation

À l’heure où tout un chacun s’approprie les savoirs, se fait rédacteur sur la toile, le musée se révèle plus que jamais un repère essentiel. En tant que lieu de recherche et de connaissance, il invite le visiteur à appréhender les discours associés aux différents domaines. Contrairement au monde virtuel, il encourage la relation à l’objet matériel, privilégiant ainsi une démarche sensible et cognitive. L’affirmation d’un nouvel encyclopédisme, c’est-à-dire d’un encyclopédisme qui répond aux nouveaux modes de «circulation des idées» propres au XXIe siècle tout en conservant l’ambition d’un projet social arrimé à une meilleure compréhension du monde dans lequel nous vivons, incite le musée à se faire l’initiateur d’explorations multiples.

Le nouvel encyclopédisme emprunte les différentes plateformes propres au XXIe siècle. Le Musée d’art et d’histoire répertorie, diffuse, confronte, lie et questionne les témoins du passé et du présent dans une perspective d’échange avec les visiteurs. Visant une démarche collective, il réunit plusieurs points de vue qui viennent enrichir tour à tour les savoirs. Ce nouvel encyclopédisme contribue ainsi à ouvrir une réflexion critique sur le monde, à mieux comprendre les enjeux de société, à éclairer le visiteur d’ici et d’ailleurs sur ce qui façonne la Genève contemporaine.

Le «Musée des musées», lieu de croisement de disciplines

Le concept de «Musée des musées», qui a animé la réflexion autour de la transformation architecturale actuelle, prend en compte à la fois l’aspect pluridisciplinaire des collections et la nécessité de proposer aux visiteurs un parcours qui incite à explorer plusieurs «mondes» au gré des envies.

Il s’agit de résoudre cette difficile équation: protéger l’esprit du lieu en conservant l’identité des collections et satisfaire un public contemporain en créant une expérience de visite stimulante. Ainsi, les collections de beaux-arts, d’archéologie, d’arts appliqués et d’horlogeries, circonscrites dans l’espace telles des «musées dans le musée», permettent néanmoins des regards croisés entre les domaines de savoir en favorisant ponctuellement des rapprochements. Assurer la lisibilité des collections, et créer des lieux de rencontre et de réflexion entre les grands ensembles constituent les lignes maîtresses d’une démarche qui permettra d’atteindre ce but qui concilie héritage patrimonial et modernité. Assurer la lisibilité des collections, et créer des lieux de rencontre et de réflexion entre les grands ensembles constituent les lignes maîtresses d’une démarche qui concilie héritage patrimonial et modernité.

©MAH, photo : Rémy Gindroz

Multiplier les regards

Dans le cadre du projet de rénovation et d’agrandissement, le programme muséographique s’inscrit dans une démarche évolutive. Il sera finalisé le moment venu avec le concours d’un scénographe, afin de bénéficier des dernières évolutions numériques et techniques. La longue durée des futurs travaux du MAH implique un accompagnement du processus muséographique pour éviter le risque d’un musée techniquement dépassé lors de son ouverture. Néanmoins, les besoins et exigences de ce programme, qui constituent le fondement du discours autour d’un encyclopédisme moderne, sont largement définis dans une constante recherche de cohérence entre contenant et contenu, architecture et muséographie.

Cette vocation est liée au regard toujours en évolution que la société porte sur elle-même et sur son environnement. Le MAH, dans ses expositions permanentes, propose une lecture à deux niveaux: d’une part à travers les œuvres qui révèlent, en plus de leur valeur intrinsèque, l’histoire des arts et des courants de pensée et, d’autre part, par leur interprétation qui se révise naturellement au gré de l’évolution de la société.

La matérialité des transformations du musée de 1910 en un musée des années 2020 implique une relecture du bâtiment et de la collection originelle. Les volontés parfois exprimées de parier, à la réouverture du musée, sur un cheminement transversal à travers des collections unifiées, se sont toutefois confrontées à la réalité du bâtiment de Camoletti, qui dicte sa logique muséographique avec des espaces clairement définis pour accueillir tableaux, sculptures, objets d’arts ou objets archéologiques.

En parcourant le musée, le public ne contemple pas que les œuvres surgies du passé ou d’autres sociétés: il regarde également sa propre culture qui transparaît dans les analogies ou les mises en perspective entre les œuvres et les disciplines, dans les références faites aux donateurs qui se sont succédé.

Le programme muséographique doit permettre au MAH de s’impliquer davantage dans l’interprétation des collections et le développement d’expositions de référence, car c’est là que réside l’essentiel de sa mission en matière d’éducation artistique et de connaissance historique locale et internationale. Ce sont là les principes qui régissent notre projet scientifique et culturel destiné à donner un souffle nouveau à ce beau et grand musée qu’est le MAH.

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l Catégorie: Blog, Futur MAH.

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