détail du "Portrait de Felicita Sartori en costume turc" de Rosalba Carriera, dépôt de la Fondation Jean-Louis Prevost, 2004 © MAH, photo: B. Jacot-Descombes, inv. BA 2004-0003/D

Le pastel, entre séduction et exigence

Outre 375’000 estampes, dessins, multiples et livres d’artistes, le Cabinet d’arts graphiques conserve l’un des fonds exceptionnels du Musée d’art et d’histoire. Sa collection de pastels, qui compte quelque 300 pièces des XVIIIe, XIXe et XXe siècles, est en effet d’une ampleur unique en Suisse, et remarquable en comparaison internationale.

Trente-sept pastels de Jean-Étienne Liotard (1702-1789) dominent cet ensemble, aux côtés de six œuvres de Maurice Quentin de La Tour (1704-1788) et d’un vaporeux portrait de la Vénitienne Rosalba Carriera(1675-1757). Ils témoignent du premier «âge d’or» de la technique, tandis que plusieurs pièces du tournant du siècle suivant – Edgar Degas (1834-1917), Berthe Morisot (1841-1895),  Édouard Vuillard (1868-1940)… – révèlent le regain d’intérêt porté alors par les artistes à ce médium aussi séduisant qu’exigeant.

 

Jean-Étienne Liotard, Autoportrait, dit « à la longue barbe », 1751 – 1752,
legs de l’artiste à la BGE, 1789; acquis par échange en 1848, © MAH, photo: B. Jacot-Descombes, inv. 1843-5

Connu dès la fin du XVe siècle, le pastel gagne en intérêt en même temps que l’art du portrait prend de l’importance au siècle des Lumières. Sa simplicité d’emploi, la rapidité avec laquelle il permet de saisir une expression ou une attitude en font le médium privilégié de ce genre. Sa maîtrise requiert pourtant une grande expertise, tant dans le fondu des teintes que dans la précision de la touche, les repentirs étant difficiles à masquer. L’admission, en 1701, du premier «peintre en pastel» à l’Académie royale de peinture et de sculpture, consacre le médium, tout en inaugurant une confusion récurrente dans le domaine des techniques artistiques.

En effet, le pastel n’est pas une technique de peinture, par définition humide, mais une technique graphique sèche (d’un usage très différent mais toujours à sec, le pastel gras sera inventé au XXe siècle). Les bâtonnets de pastel sont composés de pigments broyés, d’une charge (souvent une terre argileuse blanche, le kaolin) et d’un liant (colle, gomme arabique, lait, miel…). L’utilisation d’un support rugueux – papier grainé, carton, parchemin, toile – est nécessaire pour que la matière colorée puisse s’y déposer par usure. En résulte un aspect velouté et chatoyant incomparable, particulièrement adapté au rendu des carnations et des étoffes.

Exempte de vernis, l’œuvre au pastel échappe au jaunissement inéluctable de la peinture à l’huile. Mais la persistance de son éclat n’est garantie que par un soin extrême apporté à sa conservation. Ce médium pulvérulent redoute les vibrations et les frottements, et sa fixation a de tous temps été problématique. En outre, la fragilité du support papier impose un contrôle strict de la lumière, de l’humidité relative et de température auxquelles il est soumis.

Edgar Degas, « Femme à la toilette », 1905 – 1907, dépôt de la Fondation Jean-Louis Prevost, 1985, © MAH; photo: J.-M. Yersin, inv. 1985-38

Le renouvellement, en juin dernier, de la présentation de la salle des pastels du Musée n’a donc pas comme unique raison l’agrément du visiteur. Il est aussi nécessaire à la préservation d’œuvres dont la beauté n’a d’égale que leur délicatesse.

Texte en lien avec l’Entretien du mercredi du 16 octobre à 12h30, Liotard: nouvel accrochage, par Caroline Guignard

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