Le Musée d’art et d’histoire sous l’Avalanche

Il ne cache pas sa joie. Paul Viaccoz le dit et le redit, il est content: sa monumentale Avalanche est sauvée et trône désormais au Musée d’art et d’histoire, dans l’une des salles des beaux-arts consacrées au XXe siècle. Retour sur une belle histoire.

Au départ, une exposition au Fmac

Invité par le Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (Fmac), l’artiste installé à Genève a proposé au printemps dernier l’exposition Le responsable de l’économat est aujourd’hui indisponible. Au cœur de cette présentation, une nouvelle, une maquette et une grande peinture. Sorte de point de départ, la nouvelle raconte une étape de la vie de Damiano, interné dans un hôpital psychiatrique et responsable de son économat: «Dans son économat, Damiano était le centre du monde, en son cœur il savait qu’ici il était protégé par son travail, nourri et logé par l’institution.» Mais, le temps passant, l’homme supporte de moins en moins le poids de l’administration, le directeur, les gens d’Église et les militaires. Il se convainc peu à peu que, mise en danger par la paperasserie et les rouages administratifs, «l’insertion sociale [des patients] ne dépendait que de la possible destruction de l’économat». La solution: faire sauter l’institution. Damiano élabore un important dispositif pour être prêt, le jour où…

Installée au milieu de l’espace d’exposition du Fmac, la maquette est celle du lieu de travail de Damiano. En fond, dressée, monumentale – le tableau étant à l’échelle de la maquette dans un rapport bâtiment/montagne – la peinture l’Avalanche représente un paysage que l’on peut admirer depuis la chambre d’un hôpital psychiatrique, comme celui d’Herisau où fut interné l’écrivain Robert Walser.

Car Damiano, c’est un peu Walser, bien sûr, mais c’est surtout Paul Viaccoz lui-même. Un Paul Viaccoz qui, au terme de sa nouvelle, a choisi de laisser planer le doute: Damiano restera-t-il couché sur son lit ou s’en ira-t-il tout faire sauter? Ce doute, au moment de la conception de l’exposition, n’existait pourtant pas pour l’Avalanche: le tableau devait être détruit.

Cette issue prévue a finalement été contrariée lorsque le Fmac  décide d’acquérir l’œuvre et de la déposer en prêt au Musée d’art d’histoire. Pour l’artiste, cette décision a offert une fin plus harmonieuse à son exposition: «Pour moi, cela change la fin de mon histoire, ouvre de nouvelles perspectives, repousse l’échéance de la fin.»

L'"Avalanche" de Paul Viaccoz, 2012, avec, en premier plan, "Geneva circle one" de Richard Long, © PaulViaccoz

L' »Avalanche » de Paul Viaccoz, 2012, avec, en premier plan, « Geneva circle one » de Richard Long, © PaulViaccoz

La marginalité au centre

Installé sur une terrasse du Bourg-de-Four, Paul Viaccoz raconte volontiers. La création de son Avalanche: «C’était le 2 janvier 2012. Je me sentais presque en symbiose avec Walser. Il faisait froid. Le tableau, je l’avais pensé et repensé, si bien que j’ai pu le réaliser très vite.» Ou son intérêt pour la psychiatrie: «La marginalité m’intéresse. Les hôpitaux psychiatriques aussi, installés dans de beaux cadres mais toujours à la périphérie des villes, souvent près d’une voie ferrée. Je ressens le besoin de parler d’un certain désespoir qui nous entoure et que l’on ne veut pas voir.» Ou encore les écrivains qu’il aime, qui l’accompagnent depuis longtemps: Walser, bien sûr, mais aussi Artaud ou Emmanuel Bove, «des gens libres», dit-il.

Aujourd’hui, placée entre des toiles d’Olivier Mosset et de Sol Lewitt, surplombant le Geneva circle one en granit de Richard Long, l’Avalanche est admirablement mise en valeur. On s’y plonge et on se prend à rêver d’une silhouette frêle, vêtue d’un long pardessus et d’un chapeau, qui passerait lentement, poursuivant l’une de ses célèbres promenades.

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