Le colloque Musées du XXIe siècle

Un domaine des possibles et un besoin

Deux jours de colloque, quinze intervenants et, à la clé, une difficulté tenace à identifier: le musée du XXIe siècle. Les projets, les formes, les problématiques, les contextes, les motivations sont d’une telle diversité qu’ils n’offrent l’évidence d’aucun dénominateur commun. Cependant, ces deux journées ont permis de ressentir un mouvement à l’œuvre et de distinguer ses contours.

À la croisée des expertises et des revues de projet, une énergie – un élan – pouvait en effet être perçue. Certains indicateurs propres à la quantifier ont été rappelés, comme cette étude publiée par The Economist, qui révèle qu’à l’échelle de la planète le nombre de musées est passé de 23’000 au début des années 1990 à 55’000 aujourd’hui¹. Ces chiffres ne suffisent cependant pas à décrire la nature d’un mouvement qui répond, à entendre les différents intervenants, à une mutation profonde de nos sociétés.

Le colloque Musées du XXIe siècle au MAH le 1er juin. Photo: B. Jacot-Descombes

Renouveler les modèles

Hélène Bernier, directrice de la programmation des Musées de la Civilisation de Québec, s’est en ce sens référée à l’essai sur la mutation publié par Alessandro Baricco pour évoquer une certaine révolution des rapports aux savoirs². Elle a ainsi décrit le besoin des sociétés modernes de trouver un sens à la surface des phénomènes plutôt que d’accéder à la profondeur des savoirs académiques. Ce faisant, elle a invité les musées à réviser leur discours en regard de ce glissement, sans pour autant abandonner leur mission référentielle. Plus largement, les bouleversements écologiques, économiques et sociaux qui accompagnent cette révolution du sens auraient pu faire planer sur les échanges la menace d’une disparition des musées ou simplement générer une forme de crispation de leur part. Bien au contraire, tout un univers de potentialités a été envisagé.

Le New Munch Museum à Oslo présenté par Jens Richter/estudioHerrero au Pavillon Sicli le 2 juin

Serge Chaumier a ainsi évoqué certains changements de paradigmes passés ou à venir qui concernent tout à la fois les problématiques de gouvernance du musée, de formation de ses professionnels ou encore la place inédite des publics en matière d’élaboration des contenus culturels. Adrien Rovero a quant à lui plaidé en faveur de nouvelles approches scénographiques plus légères et plus sensibles au sens porté par les commissaires. Au nombre des possibles évoqués au cours de ces rencontres, les technologies numériques au sujet desquelles Jan Blanc nous a confirmé qu’elles contribueront à renouveler l’éducation du regard et le développement des savoirs. Ces mêmes technologies étaient à l’œuvre dans l’expérience d’ArtLab décrite par Luc Meier, dont on a pu apprécier la capacité à générer de nouveaux contenus, à offrir des contextualisations plus riches, et à approfondir l’analyse des œuvres.

Besoin de musées

Au-delà des potentialités accessibles et des nécessaires réformes, ces deux journées de rencontres ont témoigné d’un «besoin de musées». Celui-ci était particulièrement perceptible dans le cas des villes, lieux contemporains et futurs de nos sociétés à la fois en quête d’identité et de structure auxquelles les musées semblent en capacité de répondre. On a vu ainsi comment Plateforme 10 et le Musée des Confluences contribuent à transformer les villes de Lausanne et Lyon et à dessiner leurs futurs respectifs. L’aptitude des musées à incarner l’image qu’une communauté se fait d’elle-même, à cristalliser une identité parfois génératrice de vifs débats, a notamment été explorée au travers du cas du nouveau Munch Museum d’Oslo présenté par Jens Richter et du Zeitz MOCAA dessiné par Heatherwick Studio pour la ville du Cap.

Zeitz Museum of Contemporary Art Africa, Cape Town. Heatherwick Studio © Heatherwick Studio

Le colloque a donc évoqué un domaine des possibles, le comburant, et un besoin contemporain, le carburant; reste l’étincelle pour les enflammer. Michel Côté et Daniel Libeskind l’ont, chacun à leur manière, identifiée. Le muséologue a insisté sur la nécessité d’une signature, d’une vision structurante pour le musée et pour les expositions, destinée à donner aux institutions un sens et une pertinence au sein de nos sociétés. L’architecte a quant à lui décrit le «spirit», une sorte d’âme garante de l’adéquation du bâtiment dans son contexte urbain et de sa capacité à recevoir et à générer des activités et de la vie.

Pertinent donc, mais aussi engagé et rigoureux. Voici en substance les trois qualificatifs que, faute de modèle identifié, l’on semble pouvoir attribuer aux musées du XXIe siècle,… institutions d’avenir.

¹ The Economist – 21 décembre 2013 – «Museums, Temples of delight»
² Alessandro Baricco Les barbares, Essai sur la mutation, Gallimard, 2014, 240 p., ISBN 2070131696
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l Catégorie: Blog, Vie du Musée.

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