Le cadeau de Saint-Ours à sa bien-aimée

Deux accessoires peints de sa propre main

De ravissants accessoires du costume peints de la propre main du peintre d’histoire Jean-Pierre Saint-Ours ? Ces deux objets exceptionnels s’inscrivent assurément dans la production de l’artiste genevois néoclassique. Ce dernier les offrit en guise de cadeau de fiançailles à Madeleine-Hélène Bois de Chêne (1769-1836), peu avant leur union célébrée en 1793.

Jean-Pierre Saint-Ours, La Lecture de la fable, portrait de la femme de l’artiste, née Madeleine-Hélène Bois de Chêne (1769-1836) et de ses neveux, 1796

L’éventail et le ruban, qui se porte à cette date sous les bras et se noue dans le dos pour marquer la taille haute des robes, sont tous deux rehaussés d’ornements reflétant le goût antique qui fait alors fureur. Ainsi la danseuse inscrite dans le médaillon peint au centre de l’éventail est-elle inspirée d’un motif mural mis au jour à Pompéi. Connue par le biais de la monumentale publication Antichita di Ercolano Esposte, éditée par l’imprimerie royale de Naples entre 1757 et 1792, cette figure flottante connaît une immense fortune et inspire quantité d’imitations, en toutes matières.
Quant aux « grotesques » couvrant la feuille – source d’inspiration constante pour les artistes depuis la Renaissance –, ils trouvent leur origine dans les dessins qui décoraient à Rome la Domus Aurea, ce palais impérial de Néron découvert enseveli à la fin du XVe siècle.

Jean-Pierre Saint-Ours, éventail et ruban, papier peint à la gouache, ivoire gravé et repercé, application de filés argentés et dorés, clinquants, paillons, pierres serties
Genève, vers 1793

Enfin, le décor finement peint au revers montre trois papillons cernés chacun d’une couronne de fleurs enrubannées, qui renvoient au mythe de Flore, déesse du printemps. Le thème de la Vie naissante est ainsi délicatement suggéré, et celui de l’amour et du mariage évoqué sur le ruban par cet autel de l’hymen où brûle le feu sacré, motif associé à la vertu.

Ces deux accessoires du costume, dont le raffinement d’exécution et la symbolique des motifs traduisent la profondeur des sentiments de Saint-Ours à l’endroit de sa fiancée, sont longtemps demeurés aux mains des descendants de l’artiste, précieusement conservés.

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