L’Afrique, le continent le plus spolié

Le dialogue doit prévaloir dans les questions de restitution

Le Bénin Dialogue Group réunit des musées européens conservant les œuvres majeures pillées en 1897 dans la capitale historique du Royaume du Bénin (aujourd’hui Nigeria). Des solutions originales sont aujourd’hui proposées par ce groupe, qui prévoit notamment des accords de prêt de longue durée pour les objets déposés au futur musée National du Nigeria, dont l’inauguration est prévue en 2021.

En France, un rapport a été commandé par le président Emmanuel Macron pour étudier le retour d’œuvres patrimoniales d’intérêt majeur en Afrique. Il sera rendu public le 23 novembre 2018. Depuis quelques mois, de nouvelles procédures sont expérimentées en Europe afin d’obtenir des restitutions.

Rappelons qu’il existe des mécanismes qui s’appuient sur le droit international, à l’exemple de la convention UNIDROIT (1995), sur le retour des biens culturels volés ou illicitement exportés. En ce domaine, la Suisse a montré l’exemple avec la loi sur le Transfert des Biens Culturels (2003), qui permet la mise en oeuvre des principales préconisations d’UNIDROIT. L’application de ce texte conditionne toute action de retour des biens spoliés par l’entreprise coloniale.

Pour réussir ce retour, il est primordial de disposer sur place d’un corps de professionnels du patrimoine bien formés et de conditions de conservation optimales. Ces conditions sont désormais remplies dans certains pays d’Afrique. En revanche, la position des responsables de collections occidentaux est plus difficile. Toute notre culture, notre compétence professionnelle est basée sur la conservation et la transmission intergénérationnelle des collections. Le mot «inaliénabilité» est notre viatique; la finalité de la conservation des œuvres et des objets d’histoire ne peut se concevoir avec des limites temporelles.

Les musées du XXIsiècle doivent s’inscrire dans une perspective nouvelle de développement durable. Cela implique une recomposition de l’usage des collections suivant des paradigmes qu’il reste à inventer. L’inaliénabilité des collections doit être interprétée dans sa dimension universelle: si chaque musée du monde est un refuge, nul n’est propriétaire de la mémoire.

L’Afrique est le continent le plus spolié. On a amputé ses habitants d’outils d’éducation et de culture indispensables à l’harmonie des sociétés de plus en plus multiculturelles. Les objets qui constituent le fondement d’une histoire bouleversée par la colonisation ne peuvent être confisqués, qu’ils soient en mains privées ou en collections publiques.

Le retour ne pourra s’effectuer que sur un terreau favorable. Il faudra du temps, et qu’un consensus soit élaboré entre les protagonistes. La voie est ouverte et seul le dialogue doit prévaloir.

Cette tribune est parue dans la Tribune de Genève, le samedi 17 novembre 2018.
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l Catégorie: Blog, Vie du Musée.

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