La réalité augmentée au service de la sculpture antique

Fascinés par les sculptures grecques d’époque classique et hellénistique, les Romains en ont réalisé un grand nombre de copies, en particulier à l’époque impériale. Grâce à l’existence de différentes répliques des mêmes originaux, les archéologues ont pu, dès le XVIIe siècle, reconstituer des archétypes. La réalité augmentée prend aujourd’hui le relai, permettant un nouveau type de reconstitution. C’est le cas pour le groupe d’Achille et Penthésilée, réalisé à Pergame à l’époque hellénistique, vraisemblablement dans les années 180-170 avant J.-C. Le Musée d’art et d’histoire en conserve deux fragments provenant de deux copies différentes: le buste d’Achille et la tête qui lui est associée, qui figurent assurément parmi les fleurons de nos collections.

Grâce à la réalité augmentée, le visiteur peut dorénavant, via un outil numérique, superposer à sa perception de la réalité une modélisation en trois dimensions de cette impressionnante sculpture dans son état d’origine. En d’autre termes, la réalité augmentée donne à voir virtuellement le modèle complet, sans que celui-ci soit concrètement présent.

Le moulage d’Achille et Penthésilée de Bâle

Afin de mener à bien cette entreprise, il a tout d’abord fallu scanner en très haute résolution la reconstitution en plâtre du groupe d’Achille et Penthésilée, abritée à la Skulpturhalle de Bâle qui conserve plus de 2000 moulages. Vu la taille du modèle en plâtre – près de 2,5 mètres de haut –, il a fallu procéder par parties. Pas moins de 32 scans, correspondant chacun à une zone du moulage, ont ainsi été réalisés. Ils ont ensuite été rassemblés pour procéder à la modélisation en 3D du groupe. Le résultat aujourd’hui? La découverte de cette sculpture à la taille originale via un Ipad, devant un panneau de salle consacré au projet. À découvrir absolument!

Scannage à haute résolution de la reconstruction en plâtre du groupe d’Achille et Penthésilée, photo: D. Matthey

Le modèle de Bâle a été reconstitué à partir des différentes répliques: le torse et la tête du Musée d’art et d’histoire, mais également deux torses de Penthésilée, l’un du Musée des Thermes, à Rome, l’autre du Palais Borghèse; la tête de l’Amazone provient du J. Paul Getty de Malibu, le torse d’Achille du Palais des Conservateurs de Rome ou encore la tête du Héros conservée au Musée du Prado.

Achille, tueur amoureux

S’il impressionne par sa monumentalité et sa construction pyramidale imposante, ce groupe donne pourtant à voir tout le pathétique de la scène représentée. Achille, qu’il faut imaginer au cœur du champ de bataille faisant rage devant la Citadelle de Troie, vient d’asséner le coup fatal à Penthésilée, reine des Amazones et alliée des Troyens. Subjugué par sa divine beauté, il en tombe immédiatement amoureux. Le groupe sculpté montre l’invulnérable guerrier soutenant l’Amazone effondrée. Achille n’a pas les yeux posés sur celle qu’il vient de tuer, mais regarde au loin, comme s’il cherchait une aide auprès de ses compagnons d’armes. Quintus de Smyrne, auteur grec du IIIe ou IVe siècle de notre ère, raconte l’épisode dans ses Posthomerica, au chant I:

« (…) le fils de Pelée retire sa lance du corps de l’Amazone et des flancs de son coursier, palpitants encore l’un et l’autre sous le fer qui les avait percés. Il détache son casque aussi brillant que la clarté des cieux ou les rayons de l’astre du jour. La poussière et le sang n’avaient point défiguré les traits de cette reine guerrière, et, malgré ses yeux éteints, on remarquait encore les grâces de son visage. Les Grecs qui l’environnent, étonnés de sa beauté, croient voir une déesse: étendue avec ses armes, elle ressemblait à l’intrépide Diane, qui, lassée d’une course où elle a terrassé les lions, goûte à l’ombre d’un bois touffu les douceurs du sommeil. Cypris, pour exciter de vifs regrets dans l’âme du vainqueur, avait conservé à Penthésilée, même après son trépas, tous les charmes qui l’avaient fait admirer pendant sa vie. Plusieurs Grecs souhaitaient de jouir dans leur patrie des chastes embrassements d’une épouse aussi belle. Achille lui-même se reprocha de lui avoir donné le coup mortel, et de s’être privé du bonheur de posséder dans les riches contrées de la Phthie, cette reine fameuse que sa taille et ses attraits rendaient égale aux immortelles.(…) Tandis que les Grecs dépouillent les morts de leurs armes couvertes de sang, Achille désolé ne peut éloigner ses regards de celle qu’il vient de priver de la vie; un mortel chagrin le dévore, et il parait aussi touché de sa perte, qu’il l’avait été de celle de son fidèle Patrocle.»

La première étape d’une série?

Cette expérience innovante dans les salles du Musée d’art et d’histoire n’est qu’un prémisse… D’autres œuvres des collections pourraient en effet bénéficier de cette même approche, à commencer par plusieurs statues des collections antiques, connues grâce à plusieurs répliques romaines et dont des reconstitutions en plâtre de l’archétype ont déjà été réalisées.

La réalité augmentée pourrait aussi, en privilégiant une approche différente, remettre telle ou telle œuvre des collections dans son contexte d’origine. Imaginez par exemple le retable de Konrad Witz replacé virtuellement dans la cathédrale Saint-Pierre…

Mais ceci est une autre histoire…

NB. L’application de réalité augmentée est disponible dans Corps et Esprits. Regards croisés sur la Méditerranée jusqu’au 28 avril, date de fermeture de l’exposition. Elle sera ensuite déployée en salle permanente, dès le retour du torse et de la tête d’Achille dans les antiquités grecques.

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Une réponse à La réalité augmentée au service de la sculpture antique

  1. avatar Evénement VR dit :

    Salutations bravo pour les recherches de votre vision. Nous souhaiterions vous faire découvrir notre nouveau projet de réalité virtuelle. En vous remerciant.

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