Détail de "Trois Hiérarques entourés de saints", vers 1637, collection Abou Adal, © Akg-Images. photo: A. Held

La peinture religieuse melkite

Dans l’exposition Fascination du Liban sont présentées de très belles icônes melkites. Peintures qui ont traversé les siècles, elles sont aussi le témoin de la lutte d’une population pour affirmer son identité. Quelques-uns des principaux aspects de cet art, les thèmes qui furent privilégiés ainsi que bon nombre d’artistes qui participèrent à son essor sont présentés dans l’exposition.

L’adjectif melkite a été choisi pour désigner la peinture réalisée par les chrétiens de rite byzantin. Une partie d’entre eux se séparèrent de l’Église orthodoxe en 1724, s’unissant à l’Église de Rome; ils sont connus aujourd’hui comme Grecs melkites catholiques.

On sait les efforts déployés depuis la fin du XVIe siècle par les melkites, au même titre d’ailleurs que d’autres populations chrétiennes de la turcocratie, pour affirmer leur identité spirituelle et culturelle, pour démontrer leur appartenance aux traditions byzantines et étayer sur cette particularité leur droit à un statut spécial, notamment par rapport aux musulmans.

Comme les autres chrétiens dans l’Empire ottoman, les melkites affirment donc leur identité, en particulier par l’ancrage dans la tradition de leurs textes hagiographiques. Les liens avec les autres communautés orthodoxes sont renforcés. C’est dans ce contexte que naissent, à la fin du XVIe siècle, les icônes melkites. Ce mouvement artistique qui eut la force de se perpétuer jusqu’à la fin du XIXe siècle fut animé par une succession de peintres souvent éduqués en milieu hellénophone ou formés sur place par des maîtres grecs de passage, prêtres, moines, simples laïcs, évêques et aussi patriarches. Ils travaillaient dans les ateliers urbains, au sein des monastères, autour des évêchés, à Alep, à Damas, à Tripoli, à Sidon, au monastère de Saint-Jean-Baptiste de Suwaïr au Liban, peut-être au monastère de Notre-Dame-de-Balamand près de Tripoli. Ce dernier, s’il n’eut pas à côté de son scriptorium un atelier de peinture avec ses traditions propres, fut un centre qui favorisa les échanges et fournit aux artistes itinérants les conditions nécessaires pour élaborer sur place leurs créations.

« Passion de saint Georges », Ne‘meh al-Musawwir, 1666, Tempera sur bois, collection Abou Adal, © Akg-Images,           photo: A. Held

Des années de recherche et différentes expositions ont amplement démontré l’intérêt des icônes melkites. Solidement ancrées dans la tradition grecque qui allait les nourrir jusqu’à la fin du XIXe siècle, elles demeurèrent au départ au plus près des icônes grecques qui leur servaient de modèles. Elles acquirent peu à peu des traits plus personnels lorsque les peintres réinterprétèrent les modèles byzantins ou post-byzantins d’un style localisé au niveau des physionomies, lorsqu’ils les intégrèrent dans une ornementation ciselée de goût oriental ou lorsqu’ils transformèrent en calligraphie décorative l’écriture arabe des signatures et des dédicaces.

Certains peintres melkites ont aussi calligraphié et enluminé des manuscrits, dont deux exemples sont présents dans l’exposition. Ces artistes rendent compte, au moins pour ce qui concerne deux d’entre eux, Yusuf al-Musawwir et Ne`meh al-Musawwir, de leur capacité dans le domaine de la miniature.

Texte établi d’après l’article de Sylvia Agémian, « Aspects de la peinture melkite » paru dans le catalogue Fascination du Liban. Soixante siècles d’art et d’archéologie, Éditeur Skira, 2012

Texte publié suite au Midi de l’expo du 29 janvier présenté par Marielle Martiniani-Reber

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Une réponse à La peinture religieuse melkite

  1. avatar tableau dit :

    J’adore voir que des oeuvres datant d’autant d’années sont aussi bien conservées et toujours aussi enigmatiques pour nous. Merci pour cet article enrichissant.

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