La nudité dans l’art antique

Un esprit sain dans un corps sain

La nudité est une composante essentielle de l’art antique. Cette statue d’Apollon, restaurée dans sa partie supérieure au XIXe siècle, compte parmi ces innombrables représentations d’hommes nus de l’époque. Légèrement déhanché, le dieu au corps juvénile s’appuie nonchalamment contre un tronc d’arbre. Ici comme ailleurs, la nudité possède une valeur symbolique. Les arts célèbrent ainsi les physiques équilibrés voire idéalisés, athlétiques et même entraînés à l’extrême. Pour les Anciens, la perfection du corps reflète celle de l’âme (mens sana in corpore sano / un esprit sain dans un corps sain).

Chez les super-héros, pas de nudité, même partielle, à quelques exceptions près. Ils portent des combinaisons intégrales, souvent assorties d’un masque dissimulant leur visage. Ces costumes sont-ils à l’opposé de la nudité classique? Bien au contraire, ces panoplies moulantes ou cuirassées valorisent tout autant, si ce n’est davantage, les corps musclés. Les aptitudes physiques exceptionnelles des personnages sont ainsi soulignées, parfois jusqu’à l’exagération. En effet, il n’est pas rare de remarquer des muscles qui ne sont répertoriés nulle part dans l’anatomie humaine!

D’après Praxitèle, Apollon sauroctone, 1er quart du IIe siècle.
Marbre du Pentélique (Attique, Grèce), H. 110 cm (partie antique)
©MAH, photo: A. Longchamp, inv. MF 1316

Il y a 2000 ans, les statues antiques n’avaient rien à envier aux super-héros en matière de couleurs ou de brillance Pour rehausser leur apparence, les Anciens les paraient d’ornements, les recouvraient de couleurs et d’huiles précieuses, les faisant étinceler de mille feux De la même manière, les comic books sont dès l’origine imprimés en quatre couleurs élémentaires (rouge, jaune, bleu et noir), qui donnent aux super-héros un attrait indéniable aux yeux des lecteurs habitués au noir et blanc Par la suite, ces tenues aux couleurs vives, voire criardes, se font toujours plus brillantes et luisantes.

L’art grec et l’imagerie des super-héros se font donc écho dans la mise en évidence des corps, par leurs formes et leurs couleurs La plastique des super-héros, comme celle des dieux et des héros antiques, est celle d’êtres hors du commun qui personnifient chacun une certaine forme d’excellence ou, du moins, une forme d’extrême, d’absolu.

 

Ce texte est tiré de l’ouvrage Super-Héros signé David Matthey, paru dans la série « Promenades » éditée par le Musée d’art et d’histoire de Genève, en janvier 2019. En vente au MAH.

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