La Léda, dite aussi Léda des artistes

Dans le cadre du réaccrochage des salles beaux-arts du Musée d’art et d’histoire, le Cabinet 23 est désormais dédié à la sculpture. Aux côtés de trois œuvres d’Auguste Rodin – dont le Penseur – et d’une œuvre d’Auguste de Niederhausersern, dit Rodo, sept statuettes réalisées par Pradier dans les années 1840 offrent un aperçu du talent de l’artiste.

Au centre de la salle, une huitième statue, la Léda, éclaire de sa blancheur les bronzes qui l’entourent. En effet, seule œuvre réalisée en ivoire répertoriée dans l’œuvre de James Pradier, la Léda épouse, dans sa courbure, la forme de la défense d’éléphant dont elle est tirée. Coiffée de nénuphars, parée de turquoises et de bijoux en or, la femme du roi de Sparte apparaît ici comme une nymphe qui semble n’opposer qu’une résistance timide à la détermination de Jupiter qui a pris la forme d’un cygne pour la séduire. De l’union de Jupiter et de Léda naîtront Castor et Pollux, ainsi que la belle Hélène, héroïne tragique de la Guerre de Troie.

James Pradier, « Léda », dite aussi « Léda des artistes », 1851, © MAH, 1986, acquis par souscription, sous les auspices de la Société des Amis du Musée d’art et d’histoire, photo: Y. Siza, inv. 1986-128

Écho lointain de la célèbre Vénus pudica conservée au Palazzo Massimo de Rome – car elle aussi retient son voile de la main – la Léda de Pradier est formée de six pièces d’ivoire (tête, torse, bras et jambe).

Radiographie du buste de « Léda », dite aussi « Léda des artistes », de James Pradier, © MAH, radiographie: Martine degli Agosti, inv. 1986-128

L’œuvre a sans doute été l’un des défis les plus difficiles à relever pour James Pradier. À la difficulté de la taille et du polissage – à laquelle l’artiste fait référence dans sa correspondance – ainsi qu’à celle de l’assemblage des différentes parties, s’ajoute celle de la composition subtile de l’ensemble.

Le Musée d’art et d’histoire conserve quatre croquis révélant d’autres alternatives auxquelles l’artiste avait pensé. L’une d’elles montre une Léda plus farouche, le bras gauche replié repoussant les avances du dieu.

James Pradier, étude pour la « Léda », dite aussi « Léda des artistes », 1849, © Cabinet d’arts graphiques du MAH, photo: J.-M Aeschiman, inv. 1852-45,

Dans une autre version, plus tendre, le cygne se tient à hauteur de la jeune femme.

James Pradier, étude pour la « Léda », dite aussi « Léda des artistes », 1849, © Cabinet d’arts graphiques du MAH, photo: J.-M. Aeschiman, inv. 1852-44

Figure chryséléphantine, c’est-à-dire faite d’or et d’ivoire, la Léda de Pradier n’est pas sans rappeler que, dans l’Antiquité, ces matériaux précieux ornaient les célèbres et colossales statues d’Athéna du Parthénon et de Zeus à Olympie. Bien loin de l’effet impressionnant qu’elles devaient inspirer, la Léda de Pradier n’en demeure pas moins une œuvre qui invite à la contemplation et donc à la rêverie. Son charme, délicat et sensuel, relève autant de la finesse avec laquelle chaque élément est travaillé, que du contraste entre l’ivoire, la turquoise et l’argent oxydé que Pradier choisit pour réaliser le cygne.

Passé maître dans l’art de l’élégance, Pradier s’affirme ici comme le virtuose du mouvement, de la danse suspendue et des sentiments ambivalents que fait naître le désir amoureux. Conçue pour une loterie en bénéfice des artistes, organisée à Paris sous l’égide du baron Taylor en 1851 – d’où son nom Léda des artistes –, l’œuvre fut acquise en 1986 par souscription, sous les auspices de la Société des Amis du Musée d’art et d’histoire.

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