La justice à Genève (2/2)

Quatre siècles d’histoire pénale retracés par les collections de la Maison Tavel

Les collections historiques des Musées d’art et d’histoire, dont une partie est exposée à la Maison Tavel, permettent d’aborder des événements marquants et des thèmes majeurs de l’histoire de Genève. On peut y découvrir des objets de la vie urbaine et quotidienne mis en contexte, ou observer le décryptage d’œuvres emblématiques d’un thème ou d’une période passée.

La justice est une institution bien connue des historiens genevois: son exercice est en effet l’un des plus grands producteurs d’archives. Celles-ci, en grande partie conservées aux Archives d’État de Genève (dans l’ancien grenier de blé, puis Arsenal de la ville), en face de l’Hôtel de Ville et de la Maison Tavel, constituent un véritable eldorado pour les chercheurs et continuent de nourrir de nombreux travaux d’étudiants, historiens et doctorants.

Si les objets exposés dans les collections des Musées d’art et d’histoire ne permettent pas une approche linéaire ou exhaustive de l’exercice de la justice dans la cité, leur lecture permet de comprendre les enjeux et les applications du système pénal de l’Ancien Régime, l’arrivée d’une nouvelle économie pénale nourrie par les théories des philosophes du Siècle des Lumières puis la naissance de l’État moderne au XIXe siècle.

 Une guillotine à la Maison Tavel

À la Maison Tavel, deux objets attestent des transformations de l’économie pénale. Toujours au rez-de-chaussée, dans la salle consacrée au pouvoir et à la justice, une guillotine témoigne de la volonté d’équité en matière d’exécution des peines. Durant l’Ancien Régime, les modes de mises à mort varient en fonction des délits, mais aussi de la position sociale des individus. Depuis la Révolution française et surtout l’adoption d’un nouveau Code pénale en 1791, la France généralise la guillotine.

Guillotine, 1799 ©MAH, photo: Y. Siza, inv. mob 0226

En 1798, quand Genève devient française à la suite de l’invasion napoléonienne, la ville se dote de son propre outillage judiciaire en vigueur. Cette guillotine provient donc de l’ancienne prison de l’Évêché. Construite par Jean-François Nicolas Boiteux, charpentier genevois, elle est dressée pour chaque exécution place de Neuve sur un échafaud de six mètres, puis démontée et remisée. 1813 sonne le glas de la mainmise française à Genève et la guillotine ne sera dressée que six fois jusqu’en 1871, date où Genève, pionnière, abolit la peine de mort.

Les prisons de Genève

Sous les combles, se trouve l’objet phare de la Maison Tavel, le Relief Magnin. Cet imposant plan-relief est l’œuvre de l’architecte Auguste Magnin (1842-1903) et a été réalisé entre 1878 et 1896. Il matérialise à échelle réduite une vue d’ensemble de Genève autour de 1850, alors que la ville est encore entourée de ses fortifications.

Sur cette maquette, trois prisons sont visibles: la prison de l’Evêché, en fonction dès le départ du dernier évêque en 1535 et tout juste reconstruite en 1840; la prison Saint-Antoine, maison de discipline de l’Hôpital général avant de devenir établissement de détention préventive de 1866 à 1977; et la prison modèle de la Tour-Maîtresse construite entre 1822-1825 sur le modèle panoptique théorisé par l’anglais Jeremy Bentham et en fonction jusque 1862. La présence dans la première moitié du XIXe siècle de trois prisons à Genève traduit l’évolution de la justice vers une économie pénale qui se veut préventive, utilitaire et corrective. La souffrance de l’âme succède à la souffrance du corps, avec des peines non pas infamantes, mais répressives. Le prévenu n’est plus condamné à être éliminé mais puni et corrigé, dans le but de se racheter.

 

Les objets exposés à la Maison Tavel permettent une lecture de l’histoire qui s’arrête à la destruction des fortifications autour de 1850. Démolie en 1862, la prison de la Tour-Maîtresse n’y survivra pas et l’École secondaire de jeunes Filles, actuel Collège de Candolle, sera érigée à son emplacement en 1875. La prison de l’Evêché sera quant à elle en place jusqu’en 1914, et détiendra entre ses murs l’assassin de Sissi, Luigi Lucheni, qui sera retrouvé pendu dans un de ses cachots en 1910.

Aujourd’hui encore, l’incarcération semble être la réponse pénale privilégiée et les centres de détention sont nombreux sur le territoire genevois, même si l’on constate un déplacement de leur situation géographique à l’extérieur des villes, à l’écart des populations, comme c’est le cas pour la prison de Champ-Dollon ouverte en 1977 sur la commune de Thônex…

À quand la prochaine réforme?

 

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