Jean Dunand, maître de la laque (2/2)

La technique de la coquille d’œuf

La technique de la laque traditionnelle japonaise connaît un âge d’or en Europe durant l’entre-deux-guerres, au cours de la période Art Déco, grâce au talent de l’artiste Jean Dunand (1877-1942). Celui-ci multiplie les expériences sur les supports les plus divers et recherche des effets décoratifs originaux. Il emploie notamment régulièrement la technique de la laque coquille d’œuf.

Minaudière ayant appartenu à Mme Dunand, Jean Dunand, Paris, 1925, legs Elizabeth Lafitte, ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. AA 2016-0069

Minaudière ayant appartenu à Mme Dunand, Jean Dunand, Paris, 1925, legs Elizabeth Lafitte
©MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. AA 2016-0069

La laque peut être colorée à l’aide de différents pigments, mais le blanc est impossible à obtenir: la laque coquille d’œuf a été élaborée pour le remplacer. Cette technique, qui demande un travail méticuleux, est utilisée par les laqueurs asiatiques pour décorer de petits objets: toutes les particules de coquille d’œuf écrasée sont placées une à une avec une pince dans la couche de laque fraîche, bord à bord à la façon d’une mosaïque.

Table basse (détail), Jean Dunand, Paris, vers 1925, legs Elizabeth Lafitte ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes,  inv. AA 2016-0064

Table basse (détail), Jean Dunand, Paris, vers 1925, legs Elizabeth Lafitte
©MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. AA 2016-0064

Jean Dunand produit ainsi toute une série de petits objets de toilette, boîtes, étuis… ne se cantonnant pas seulement à couvrir la surface laquée de manière uniforme, mais jouant sur la répartition des éclats clairs sur des fonds unis. Il présente, par exemple, en 1926 au Salon des Tuileries des étuis à cigarettes constellés de poussière de coquille disposée pour ressembler à des cartes du ciel nocturne.

Etui à cigarettes, Jean Dunand, Paris, 1925, legs Elizabeth Lafitte ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. AA 2016-0071

Etui à cigarettes, Jean Dunand, Paris, 1925, legs Elizabeth Lafitte ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. AA 2016-0071

Nécessaire de toilette ayant appartenu à Mme Dunand, Jean Dunand, Paris, 1925, legs Elizabeth Lafitte, ©MAH, photo : F. Bevilacqua, inv. AA 2016-67

Nécessaire de toilette ayant appartenu à Mme Dunand, Jean Dunand, Paris, 1925, legs Elizabeth Lafitte
©MAH, photo : F. Bevilacqua, inv. AA 2016-67

Une originalité couronnée de succès

La laque coquille d’œuf devient l’une des spécialités des ateliers de Jean Dunand. Le succès est tel que, pour subvenir à ses besoins de matière première, il doit élever des poules lui donnant les coquilles les plus blanches. Ces dernières sont lavées, débarrassées des peaux internes, puis écrasées et tamisées afin de trier les fragments inégaux par taille. Selon l’effet souhaité, la coquille est placée du côté convexe ou concave. Dans le premier cas, une fois la couche de laque polie, les coquilles apparaissent blanches. Dans le second, après polissage, les cavités sont remplies et serties par la couche suivante de laque, et apparaissent donc légèrement teintées, ce qui permet d’animer la surface.

Vase cache-pot, Jean Dunand, Paris, 1925, legs Elizabeth Lafitte, ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. AA 2016-0065

Vase cache-pot, Jean Dunand, Paris, 1925, legs Elizabeth Lafitte
©MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. AA 2016-0065

Pour obtenir différentes nuances, Jean Dunand n’hésite pas à jouer avec les espèces, utilisant parfois des œufs de canard, de perdrix ou d’oiseaux exotiques. Les coquilles peuvent aussi être recouvertes de laque colorée translucide.

Plateau, Jean Dunand, Paris, vers 1925, ©MAH, photo : M. Aeschimann, inv. AD 3938

Plateau, Jean Dunand, Paris, vers 1925 ©MAH, photo : M. Aeschimann, inv. AD 3938

Jean Dunand va toujours plus loin et se fait une spécialité de couvrir, de manière inattendue compte-tenu du travail nécessaire, de larges surface en laque coquille d’œuf, et notamment du mobilier, ce qui relève du tour de force. Il avait coutume de dire que ses meubles laqués étaient réalisés deux fois: une première fois par l’ébéniste qui les réalisait avec un soin extrême, pour ne laisser aucune aspérité et masquer toutes les jointures afin d’obtenir une surface unie pour l’application de la laque, et une seconde fois par le laqueur qui travaillait plus longuement encore, en particulier car les panneaux de bois nécessitent d’être laqués des deux côtés afin de ne pas vriller sous la contrainte imposée par la laque.

Table basse (détail), Jean Dunand, Paris, vers 1925, legs Elizabeth Lafitte ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes,  inv. AA 2016-0064

Table basse (détail), Jean Dunand, Paris, vers 1925, legs Elizabeth Lafitte ©MAH, photo : B. Jacot-Descombes, inv. AA 2016-0064

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