Inscription et hache dédiées à la foudre

Trouvailles genevoises

En 1970, une hache (ou herminette) néolithique fut mise au jour sur le site de la villa de Bernex-En-Saule, sur le mur de fondation de la clôture daté de la seconde moitié du IIe siècle, à quelques mètres de la porte. Deux interprétations de la présence de cet objet dans un contexte gallo-romain pouvaient être envisagées: la hache aurait pu être soit réutilisée pour le façonnage de certaines parties de poteries d’un atelier de céramique, soit récupérée en tant que «pierre de foudre» (ou céraunie). Les Anciens croyaient en effet que de telles pierres avaient été créées par l’impact de la foudre sur le sol, à l’instar des fulgurites, blocs solides formés par la vitrification de sols silicieux sous l’effet de l’intense chaleur produite par le courant de foudre. Leur attribuant une valeur prophylactique, ils avaient pour habitude de les suspendre au harnais des bêtes de trait ou de les placer sous un arbre qu’on plantait.

Deux ans plus tard fut dégagé, dans le même secteur, un fragment de pierre portant l’inscription «DIV[um]/FVLG[ur]/C[onditum]», («la divine foudre a été enfouie»). Cette expression désigne la foudre tombée pendant le jour, manifestation de la puissance de Jupiter.

Photo hache par Andreia Gomes dos Santos, inv. 021167

Photo hache par Andreia Gomes dos Santos, inv. 021167

La relation entre ces deux objets ne fait aucun doute. L’inscription se rapporte à un rite – particulièrement répandu en Gaule narbonnaise – d’origine italique (les Romains avaient empruntés leur interprétation aux Étrusques) du culte de la foudre en tant que manifestation de la puissance divine. L’ensevelissement de la foudre à l’endroit où elle avait frappé – qui acquérait alors un caractère sacré – laissées par son passage: objets consumés, débris divers ou encore, comme dans le cas qui nous occupe, «pierres de foudre». On peut également imaginer que la découverte d’une hache ait donné lieu à un tel rite (l’endroit où l’on avait découvert une «pierre de foudre» était alors consacré comme fulguritum), ou encore qu’une «céraunie» ait été enterrée afin de protéger les lieux de la foudre. Autour du petit tertre formé par l’enfouissement, on élevait souvent quatre murs, formant un véritable tombeau de la foudre, ouvert vers le haut; sa ressemblance avec un puits lui a valu le nom de puteal. L’inscription rituelle était généralement disposée sur la margelle ou sur un cippe (pierre dressée).

Cette double découverte, importante pour la connaissance de la vie religieuse de nos campagnes à l’époque romaine, atteste qu’un rite purement romain avait été adopté par les indigènes qui, comme tous les Celtes, étaient impressionnés par les effets de l’éclair et de la foudre; à côté de Taranis, dieu gaulois du tonnerre, Jupiter a rapidement conquis une place de choix, et il est vraisemblable que le dieu celtique et le dieu capitolin se soient peu à peu confondus. Il n’est pas étonnant que les campagnes, soumises plus que les villes aux caprices célestes, aient bien assimilé les rites attachés au culte du maître du ciel. Il faut enfin souligner que le rôle des haches néolithiques dans les croyances populaires a perduré jusqu’à une époque récente.

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