Immersion dans l’univers créatif de Picasso

Depuis le 30 octobre, un maître de la peinture moderne habite les murs du MAH: Picasso est à l’honneur dans l’exposition Picasso à l’œuvre. Dans l’objectif de David Douglas Duncan  (30 octobre 2012 – 3 février 2013). L’occasion pour les enfants de pénétrer l’intimité d’un artiste essentiel, au cœur de sa démarche de création et de sa vie quotidienne.

Une confrontation d’œuvres de Picasso et de photographies de Duncan

Précisons tout d’abord que cette exposition, axée sur le travail de David Douglas Duncan, célèbre photographe de guerre, n’est pas seulement une exposition de photographies.
C’est d’abord l’histoire de la rencontre, en 1956, entre deux hommes, une histoire d’amitié qui durera jusqu’à la mort de Picasso, en 1973. C’est aussi l’occasion unique de pénétrer chez l’artiste, dans sa formidable villa-atelier La Californie, à Cannes. Ce sont d’ailleurs Picasso et sa femme Jacqueline qui nous accueillent sur le perron de La Californie à l’entrée de l’exposition, comme pour nous mettre dans la peau de David Douglas Duncan lorsque, le 8 février 1956, il pousse pour la première fois la grille de la villa: «Gardant la porte d’entrée, une déesse amazonienne de bronze au regard fixe, et haute de six pieds, se tenait près d’un coq de bataille soudé à l’acéthylène et bizarrement enflé. Yan, le grand chien boxer de Picasso, était étendu sur les marches de marbre, entre deux sculptures.  L’entrée même de la maison ressemblait à une jungle surpeuplée, où l’on distinguait des fleurs tropicales immenses, des coqs, une mère guenon portant tendrement ses petits, des harpies aux yeux protubérants, une femme très enceinte et un nu à la beauté lyrique ayant forme de vase et coulé dans le bronze, comme tout le reste.» (journal intime de D. D. Duncan) Autant d’objets que l’on retrouve dans l’exposition et sur les clichés de Duncan!

La villa-atelier et le mythe de la fécondité de l’artiste

Duncan a suivi pas à pas la vie de Picasso durant 17 années. Le vis-à-vis d’une centaine d’œuvres originales (peintures, sculptures, céramiques, dessins…) et de 150 photographies témoigne de la formidable vitalité artistique du peintre. Duncan participe dans le même temps, au-delà de la constitution d’une documentation formidable sur l’artiste et son travail, à l’alimentation d’une légende, d’un mythe vivant. Picasso a 75 ans lorsqu’il rencontre le photographe qui en a 40. Pourtant, Picasso s’impose, dans les milliers d’images prises par l’Américain, comme l’incarnation du génie créateur infatigable. Un artiste à la jeunesse éternelle et féconde, à l’image de cette Femme enceinte, magnifique bronze (1950-59) exposé dans l’exposition.

Le tableau du Musée d’art et d’histoire, Baigneurs à la Garoupe, 1957

Une série de clichés permet d’observer en particulier l’évolution de la création du tableau Baigneurs à la Garoupe. Elle est saisissante par la maîtrise qui s’en dégage. Le peintre  «attaque» sa toile en haut à gauche pour la terminer, moins de dix minutes plus tard, exactement en bas à droite, sans interruption, sans interrogation, d’un flux unique et régulier. Cette vaste toile, terminée, figure aussi sur plusieurs clichés, composant un rideau de scène au cœur de son atelier devant lequel évoluent les habitants de la maison. Duncan y photographie le peintre qui danse avec Jacqueline mais aussi Claude et Paloma sautant à la corde ou jouant avec le chien.

Des sources d’inspiration inattendues

Ce touche-à-tout de génie intégrait à son art tous les éléments de sa vie. L’un des exemples les plus extraordinaires de cette capacité à inventer à partir de tout fait l’objet d’une suite de photographies qui illustre bien le travail de Picasso. Il s’agit d’un plat en trompe l’œil. À peine terminée la dégustation d’une sole meunière, Picasso en imprime l’arête, entièrement conservée, dans de l’argile humide. Dès que l’empreinte est bien visible dans ce support, il la retire et répète l’opération à plusieurs reprises. Après une pause cigarette devant l’objet encore brut, il enduit le bord et l’intérieur d’un plat d’engobes. Il détache alors au couteau les empreintes de la plaque d’argile et les colle sur la bordure du plat. Le processus ultérieur de cuisson fixe les deux «filets de poisson» au plat, au centre duquel il a ajouté une tranche de citron peinte à l’engobe.

Variété des œuvres et des techniques

C’est précisément la liberté de l’artiste qui nous saisit face aux images de Duncan. Une liberté qui s’exprime aussi à travers ses choix techniques, d’une très grande variété: Musiciens assis dessinés au pastel sur contreplaqué, Tête casquée Boisgeloup en bronze, céramiques de toutes formes – tuiles, tomettes et carreaux de terre, vases, assemblages –, Jacqueline aux fleurs «tout simplement» peinte sur toile, linogravures, dessins…

Les tôles pliées

Quelques œuvres en tôle pliée témoignent plus précisément de la capacité d’invention de Picasso dans le domaine de la sculpture, talent  qui lui est moins reconnu que dans le domaine de la peinture. Développées dès les années 1950, les tôles pliées sont plutôt l’expression d’une recherche de développement de la planéité de ses tableaux dans l’espace. La Femme et enfant ou le Hibou appartiennent à une série d’œuvres en tôle découpée, pliée et peinte datant des années 1961/62; dans l’exposition, elles confrontent leur étonnante tridimensionnalité à la planéité des photographies de Duncan. Mais la plus fascinante est l’imposante Tête de femme (Jacqueline), compagne de Picasso de 1954 à sa mort, figure qui habite l’œuvre de l’artiste et à laquelle l’exposition consacre une salle.

Pour rappel : La médiation culturelle organise des visites spéciales destinées aux enseignants, sur inscription.

 
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l Catégorie: Blog, Pédagogie
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